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 La trilogie noire 3: La proie du Déodande

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Marhalt
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PostSubject: épisode 26   Tue 8 May 2012 - 12:42

Samson jette rageusement le bras d'armure. La pièce est trop petite, il n'arrive même pas à fixer les sangles. Dongal qui déballe le reste de l'armure devant lui, ne s'en étonne pas.
- Je t'avais prévenu que nous n'avions pas ta taille. Si tu en veux une qui te convienne, il faudra faire appel à un artisan.
Samson se laisse choir sur une caisse, abattu.
- Un artisan? Ça va couter les yeux de la tête! Je me suis déjà ruiné pour ce tas de ferraille!De l'argent et du temps, tout ce dont je manque! Le tournoi est demain!
Dongal jauge l'armure qu'il a donné au demi-ogre. Des sangles plus longues, quelques coups de maillet pour redresser les plaques un peu trop incurvées pour un tel gabarit, pourraient suffire à la rendre portable. Samson suit les pensées du highlander. Il ramasse le bras d'armure et essaye de redresser à la main la plaque métallique. Il l'applique ensuite sur son biceps, et ne peut pas éviter un constat amère.
- C'est moitié moins couvrant! Ce ne sera pas une armure! Mais une passoire!
Dongal regarde la pièce normalement flottante, serrée sur le bras de Samson.
- C'est moitié moins couvrant parce que tu es deux fois plus gros que n'importe quel highlander.
- Un gars pas trop maladroit me saignera comme un cochon dans ce truc!
- Et un gars maladroit te saignera comme une andouille sans!
Samson se lève lentement, le doigt menaçant.
- Attention toi, ce n'est pas parce qu'on fait affaire ensemble que tu peux te montrer insultant! Je pensais que, de toi au moins, je n'entendrais pas de préjugés stupides.
Dongal fait front en posant les poings sur ses hanches.
- Je ne me montre pas insultant, j'essaye de t'ouvrir les yeux ! C'est comme ce stupide tournoi! Tu ne pourras pas t'y inscrire nom d'un chien! Tu vas au devant de graves désillusions!
Samson baisse le doigt, surpris de la véhémence du jeune homme. Dongal est le seul qui ait accepté de lui fournir des armes, en échange des menus services qu'un contact en dehors du camp peut rendre. Les autres ont peur de lui sans doute, et ne lui ont offert qu'une vieille cote de maille et un bouclier a moitié défoncé. Samson compare ses propres armes, une épée bâtarde et une hache à deux mains, avec la propre arme rouillée de Dongal. Alors qu'il lui a fourni des armes de bonne qualité, pourquoi ne s'équipe-t-il pas mieux? Samson se rassoit et essaye d'ajuster une autre pièce d'armure à sa carrure hors norme.
- Tu ne peux pas comprendre, ce seras sans doute la seule occasion de faire mes preuves, de me faire remarquer. Le roy Bruce MacMaelchon réunit son ost, ici, à Caer Eden, tous les clans, ou presque sont là, tous les chefs de clan et même Bors, qui dirige la blackwatch. Si je me distingue dans la lice, je pourrais être remarqué, et peut-être qu'un seigneur me donnera ma chance.
Dongal détache une sangle décorative du harnais de sa monture. Il ôte la vieille sangle de la pièce déjà travaillée par le demi-ogre et la remplace par la nouvelle. Sans faire arrêter de travailler le demi-ogre, il vérifie l'ajustement de la sangle. Trop longue, il griffe le cuir, pour se rappeler ou il devra couper, et percer de nouveaux trous pour la boucle. Dongal ne comprend que trop bien Samson, pour lui aussi le tournoi est important. Son père y sera, peut-être que le temps de la réconciliation est venu, peut-être sera-t-il sensible aux efforts qu'il fait. Dongal est maintenant sergent dans la blackwatch, ce n'est plus le jeune écervelé d' il y a quelques années. Il a appris, à se battre, à obéir, et à fermer sa gueule. Il a appris la honte et la fierté, il n'est pas encore totalement en paix, mais souhaite bien le devenir. Dongal soupire et extirpe sa dernière acquisition d'un sac pour la montrer au demi-ogre. Samson ouvre de grands yeux de surprise, puis largement sceptiques.
- Ne t'imagines pas une seule seconde que....
Dongal foudroie Samson.
- C'est toi maintenant qui fait montre de préjugés stupide. Personne n'acceptera ton inscription a aucune épreuve du tournoi! Mais il existe une épreuve qui te conviendra parfaitement, et à laquelle personne n'osera te contester le droit de participer.
Samson regarde Dongal de travers.
- Une épreuve pour les pouilleux?

L'immense Lice de terre battue, est cernée d'estrades de bois, et bordées de mats arborant les couleurs des différents clans du royaume. La foule se masse bruyante pour applaudir et encourager ses champions. Le peuple des hautes terres est sorti de ses quartiers d'hiver pour fêter le printemps et les victoires à venir, promises par le roy Bruce. Jamais l'ost n'a était si important, il n'y a aucune défection, les chefs de clans ont fait profil bas devant la menace bretonne. Il n'y a pas de chamaillerie pour le futur partage du butin, et chacun reconnaît le droit au roy de diriger lui même la bataille. Chacun espère apercevoir, dans la loge aux côtés du roy, tel ou tel chef de clan, mais surtout cette terrible magicienne, dont on attend des miracles pour contrer Merlin et ses enchanteurs.
Le concours de tir à l'arc met en bouche les spectateurs, mais ce n'est pas l'épreuve qui déclenche le plus de ferveur. La mêlée des Highlands est la reine du tournoi, des groupes de huit combattants vont s'opposer sur terre battue, comme à la guerre, devant une foule en pâmoison. Cette année, il y a énormément de groupes en lice, plusieurs pour chaque clans. Il faut faire de savantes acrobaties diplomatiques, pour désigner les groupes prestigieux qualifiés d'office. Il serait inconvenant de ne pas voir les grands clans représentés en phase finale. Toutes les petites formations assemblées à la va-vite, inexpérimentée, ou justes méconnues, sont contraintes d'en passer par des phases qualificatives de combat à quatre groupes.
Le groupe de Dongal est de ceux là, ils ne représentent pas officiellement la blackwatch qui aligne déjà deux groupes. Mais on ne leur a pas interdit de participer, s'ils payaient leur inscription de leurs deniers et ne portaient pas leurs couleurs. Ils ont décidés de peindre une croix de saint André blanche sur leurs boucliers, parce qu'ils sont highlander, mais aussi chrétiens en majorité. C'est le seul groupe qui étale sans complexe cette particularité, et c'est peut-être aussi pourquoi ses membres n'ont pas été sélectionnés dans les deux groupes officiels. Très peu de groupes disposent de magiciens à l'exception de ceux de grande réputation. Les groupes moins chanceux, comptent sur la force brutale pour faire la différence. Les chrétiens de la blackwatch comptent dans leur rang, un clerc, un moine, et un ménestrel en plus des combattants lourds habituels. Cette composition ne cesse de faire jaser et d'alimenter les débats entre spécialistes. Ils sont fous ces chrétiens, des prêcheurs et un chanteur!

Dongal a été désigné chef de groupe, ce n'est qu'en entrant dans la lice qu'il se rend compte de son assimilation à la faction chrétienne. Son père n'appréciera pas, il baisse la visière de son heaume.
Les autres groupes sont apparentés aux Douglas, Urquhart, et aux MacAvoy. les Douglas sont bien équipés de matériel neuf, trop neuf. Les Urquhart sont à moitiés couverts de fourrure, et le visage mangé par la barbe. Les MacAvoy, goguenards considèrent les chrétiens comme une proie facile et décident de fondre sur eux, dans la plus pure tradition barbare. Ils veulent en finir vite d'une formation qu'ils jugent, manquant d'impact et de biceps, pour pouvoir garder du jus contre le vainqueur de l'autre combat.
Quelle n'est pas leur surprise de voir les chrétiens leur échapper. En bon ordre et à une vitesse inquiétante, ils ont traversé la lice pour esquiver la charge des guerriers MacAvoy. Les rires fusent du public. A qui sont-ils adressés? Aux fuyards chrétiens? Ou aux attaquants frustrés? Nul ne le sait. Mais la plaisanterie n'est pas du goût des fougueux MacAvoy. Déjà désorganisés par leur charge, la colère achève d'étirer leurs lignes. Les plus pressés d'entre eux continuent à courir sus à l'adversaire, tandis que les plus prudents trainent la patte, soupçonnant un sale coup.
La volte-face des chrétiens est spectaculaire, d'un bloc ils ont contre-chargé les MacAvoy. Les plus proches ont succombé sous le nombre, les plus éloignés ont été empêchés de secourir leurs parents par des mesmérismes audacieuses du ménestrel. Les MacAvoy sont éliminés un par un et sans grande difficulté, par le groupe chrétien, uni et solidaire.
Les Douglas sont à leur tour vidés par les Urquhart, qui cèdent devant les chrétiens. Le groupe de Dongal se qualifie pour la phase suivante.


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Marhalt
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PostSubject: épisode 27   Tue 8 May 2012 - 12:52

La nuit de Caer Eden résonne des festivités enfiévrées. Braseros et torchères, dispensent lumière et ombre dans les rues tortueuses. Les danseurs se bousculent dans une gigue endiablée. Les chopes se vident et se remplissent. Les éclats de rire se répondent d'une auberge à l'autre. La taverne du chardon est devenue le fief de la blackwatch, les toasts se succèdent en l'honneur des groupes qui ont brillé plus tôt dans l'après-midi.
Samson, un large sourire aux lèvres, s'attable avec les jeunes gens. Entré discrètement, seuls ceux qui le connaissent, ont remarqué qu'il porte un kilt. C'est la première fois que le demi-ogre se sent observé pour autre chose que la taille et la carrure spécifique à sa race. Il adresse un sourire de connivence à Dongal.
- Tu avais raison, ils ont accepté ma candidature.
Dongal se contente d'acquiescer du regard.
Evan Fraser se lève, solennellement vacillant. Il remplit sa chope et la lève haut dessus la tête.
- Buvons aux vrais hommes! Ceux qui portent des kilts!
La tablée se lève, mal assurée.
- Aux vrais hommes!
Les chopes se vident, autant sur les vêtements, que dans les gosiers. Les culs s'écrasent lourdement sur les bancs et les tabourets. Une telle déclaration mérite bien une minute de calme. Minute mise à profit pour se constituer une physionomie non bovine. Une expression de curiosité insatisfaite, éclaire la face de Brendan Dougall, le plus jeune des conscrits de la blackwatch. Tous sont suspendus à ses lèvres, sorti de la plus profonde des campagnes, il n'a pas son pareil pour s'étonner d'un rien, à en faire rire ses camarades.
- Mais?! Un demi-homme, pour être un vrai demi-homme, ne doit-il pas porter un demi-kilt?
Des rires étouffés, et des chopes renversées accueillent cette question aux relents de bière pas chère. Samson lance un regard noir au jeune garçon. Evan Fraser pose la main sur l'épaule du demi-ogre, lui intimant ainsi le fait qu'il se charge de répondre.
- Si fait mon ami! Trois écoles s'opposent à ce sujet. Les druides prétendent que cacher les fesses, et montrer le dard, favorise la fécondité.
Une vague de rire secoue la taverne, Brendan Dougall sent que l'on se moque de lui, mais ne peut s'empêcher de rire. Evan, ravit de son effet, poursuit sur sa lancée.
- Les curés prétendent que cacher le dard, et montrer le cul, incite à un grand courage au combat. Qui voudrait monter son petit cul de lapin blanc à un vil breton!
De la bière sort par les trous de nez de Dongal. Samson ne sait quelle attitude adopter. De grandes tapes dans le dos, et une chope bien remplie le rassurent quelque peu. Evan saute sur la table et se trousse le kilt bien au dessus du genou.
- Enfin, pour l'avoir testé moi même, nos chères dames avouent que le mini-kilt est achtement sexy!
Le ménestrel plaque quelques accords sur sa harpe, en prenant des poses qu'il souhaiterait sensuelles, déclenchant une nouvelle vague de rire..
Dongal se lève à son tour.
- Mais la vérité est toute autre, pour un kilt ordinaire le maître tailleur demande trente coudées de tissus. Pour le kilt de l'ami Samson, il m'a demandé soixante coudées de bon tissus de la blackwatch. Pour un demi-homme il faut donc un double kilt !
Jamais Samson n'aurait imaginé que ce simple accessoire vestimentaire eu put lui attirer autant de sympathie. Par pur réflexe, il ajoute quelques bûches dans l'âtre, où est suspendu une grande marmite. Le jeune garçon qui aurait du s'en occuper, lui sourit timidement. Bors est en ville, il n'a pas pu lui parler aujourd'hui, mais demain, il fera tout son possible pour le faire.

Le heaume ouvert, Dongal et son groupe attendent leur tour de combattre. Ils regardent en connaisseurs les différents concurrents rivaliser d'audace sur la lice. Aujourd'hui le roy est présent dans la tribune avec son héritier, le jeune prince Robert. Ils sont entourés de dames rieuses, l'une d'entre elle doit-être Daeia, la mystérieuse magicienne, peut-être la grande avec sa capuche baissée. Dongal baisse son heaume, son père est arrivé, suivit de Angus. La colère empourpre le jeune homme. Le bâtard est dans la tribune, comme un héritier. Le jeune homme tient toujours Angus Fitzgérald pour le responsable de ses déboires. Il le juge fielleux et traître, il a mis tout en œuvre pour le décrédibiliser aux yeux de son père. Il ne peut détacher le regard de son demi-frère. Angus salue avec déférence les personnes présentes, et vient s'assoir derrière son père en grande discussion avec le roy. Voilà, où aurait dut-être la place de Dongal, juste derrière leur père et le roy, à côté du prince Robert.
Ses coéquipiers sentent la nervosité de Dongal, mais l'attribuent à tout autre chose. Evan sifflote un air rassurant.
- T'en fait pas gros, on va leur mettre une tôlée.
Caché sous son heaume, Dongal sourit pauvrement. Ses amis, si peu le connaissent vraiment. Quand cessera-t-il d'avoir honte? Quand osera-t-il affronter à nouveau son père au grand jour?
Pas aujourd'hui...
Angus se lève, et fait un grand signe vers une tribune populaire. A qui fait-il signe? Dongal se hisse sur la pointe des pieds, mais ne reconnaît personne, il est mal placé, la tribune est en enfilade. Il se promet d'en avoir le cœur net, il jure avoir vu une main délicate répondre au salut de son demi-frère.
Une fille? Une amoureuse? Y aurait-il moyen de tirer vengeance de ce renseignement? Un bâtard ne peut rien espérer de mieux qu'une roturière. Mais un héritier qui se vautre dans la roture, n'y a-t-il pas matière à lui rendre la monnaie de sa pièce? La sonnerie d'appel vient interrompre la tempête sous le crâne du jeune homme.
Les redoutables Egan entrent en lice sous les vivats. Ce sont leurs adversaires du jour, un barde accompagne les porteurs d'épée. Les deux groupes s'alignent au milieu de la lice, pour se saluer puis saluer la tribune royale. Pris d'une inspiration subite, Dongal fait volte-face et marche vers la tribune populaire. Cette rupture du protocole provoque un lourd silence, Dongal devient l'objet de l'attention générale.
Dongal se fige à dix pas devant la foule silencieuse et tente de reconnaître la fille, à qui son frère faisait signe. Elles sont si nombreuses et souriantes, laquelle pourrait-ce être? Dongal réalise qu'il lui est impossible de le savoir. Son intention était de lui demander ses couleurs, peut-être pour rendre son demi-frère jaloux, quel idiot! Il est planté là, et n'est pas plus avancé, il essaye de les dévisager toutes, derrière son heaume.
Leurs regards se croisent, le cœur de Dongal se brise en mille morceaux. Ces cheveux! Ces yeux! Ô ces yeux, jamais il n'a pu les oublier. Hélène, la jeune fille qu'il à outragée. Non ce n'est pas possible, ce n'est pas elle qui à répondu au salut de son frère!?
La foule attend quelque chose, une rumeur étouffée se lève. Dongal est figé, englué dans le regard d'Hélène. Les voisins de la jeune fille, saisissent que c'est elle qu'il regarde. La fille sourit, curieuse et intriguée, que lui veut ce guerrier tremblotant, la gêne du jeune garçon est visible par chacun.
Dongal ne peut plus faire marche arrière. Se faisant violence, il plante son épée de joute et un genou en terre. Puis d'une voix forte mais peu sûre, il s'adresse à la jeune fille.
- Ma dame, me feriez-vous l'honneur de m'accorder vos couleurs pour cette joute?
La tension se relâche sous une vague d'applaudissements. Un jeune audacieux ose venir réclamer les couleurs d'une roturière? Cela ne s'est jamais fait, cela plaît à la masse assemblée. Dongal se sent ragaillardi et ferme les yeux dans l'attente de la réponse de la jeune fille. Soucieuse de ménager son effet, Hélène attend que le silence soit revenu pour dire haut et clair.
- Messire dont je ne connais, ni le visage, ni le nom. Il ne m' agrée pas de donner mes couleurs à qui avance masqué.
Les rires frappent plus cruellement encore Dongal, que cette répartie pleine de bon sens. Comment a-t-il pu se mettre dans une situation aussi terrible. Si Hélène ne reconnaît pas son visage elle reconnaitra son nom. A l'évidence la jeune fille, ainsi que la foule, attendent qu'il relève son heaume et se présente de façon courtoise. S'il leur offre cette satisfaction, il deviendra devant son père et son roy, devant son peuple, Dongal Campbell, celui à qui, même une roturière refuse ses couleurs. Fustigé par celle là même, qu'il a déshonoré honteusement il y a quelques années. Ce ne serait que justice, mais Dongal, n'est pas prêt à payer ce prix là.
Dongal rouvre les yeux, il croise à nouveau le regard intrigué et fier d'Hélène. Il ne se relève pas.
- Ma dame, si j'avance masqué, c'est que ce n'est point en mon nom que je vous réclame vos couleurs. Je réclame vos couleurs au nom des miens. Nous les chrétiens de la blackwatch, souhaitons porter les couleurs de la plus belle dame chrétienne de la lice.
Dongal baisse la tête en signe d'humilité. Les sifflets et les vivats panachent les applaudissements quelques secondes, avant un silence de cathédrale. La lice est suspendue aux lèvres de Hélène.
La jeune fille dénoue une longue faveur de ses cheveux.
- Approchez jeune homme, je vous confie ce ruban, que je vous noue au bras d'arme. Que ni sang ni terre, ne viennent à le souiller!
Dongal, regagne sa formation éberluée, sous les applaudissements de la foule.
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Marhalt
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PostSubject: épisode 28   Tue 8 May 2012 - 13:02

Les juges de lice, vexés de ce manque de considération, et lassés d'attendre que l'on s'intéresse à eux, donnent le signal du début du combat sans ostentation. Si leur dessein était de punir les chrétiens, ils ont atteint leur but. Les Egan leur foncent dessus comme la misère sur le monde. Ce sont de rudes combattants, aguerris par les années de guerre, ils obéissent au doigt et à l'œil à leur chef. Pour un groupe ne disposant pas d'un équipier capable de leur donner magiquement de la vitesse, la lice est immense, mais ce n'est le cas pour aucune des formations. La lice est toute petite, les chrétiens ne peuvent plus compter sur l'avantage que leur procurait le ménestrel dans les combats précédents. Les Egan les talonnent sans relâche. D'une cohésion sans faille aucun d'entre eux n'est distancé par les autres. Dongal en vient à penser qu'ils affrontent un groupe miroir, même avantages, et même faiblesses. La tension monte au sein du groupe, le jeune Brendan Dougall, marmonne entre ses lèvres un cantique récité à la messe. Mis à part les bardes ou les ménestrels, jamais aucun guerrier n'avait chanté en combat jusqu'alors. Ces chants qui les réconfortent lors des messes, jamais ils n'avaient été entendu sur une lice.
Dongal ne sait comment réagir, doit-il faire preuve d'autorité et faire taire le jeune garçon? Ou au contraire le laisser s'exprimer, tant qu'il tient sa place dans le groupe de combat. Il n'a pas le temps d'en décider, les Egan les ont coincés dans un angle de la lice. Dongal a juste le temps de réaligner son dispositif avant qu'ils ne se fassent percuter et traverser. Trois des leurs ont été séparés lors de l'impact d'une grande violence, les Egan s'acharnent sur eux tout en empêchant leur jonction avec les autres. Evan Fraser est leur cible privilégiée, ils ont compris l'importance du ménestrel dans la tactique des chrétiens. Les coups s'abattent sur le jeune homme, qui cherchant à se soustraire à la furie Egan, ne fait qu'accentuer la distance avec les siens. Dongal voit le danger, il ressoude son embryon de groupe et bouscule ses adversaires en direction d'Evan. Il y a deux combats qui se déroulent simultanément dans la lice, la poursuite d'un côté, et une mêlée informe de l'autre.
Evan et ses deux compagnons chutent lourdement au sol, ils sont déclarés éliminés comme les deux Egan qui ont réussi à ralentir Dongal. Une courte phase de réorganisation et d'observation s'amorce.
Les chrétiens de la blackwatch n'ont plus de ménestrel, les Egan virevoltent aux quatre coins de la lice. Une nouvelle poursuite se dessine. Brendan chantonne, loin d'être essoufflé comme il devrait. Dongal éprouve la même sensation, comme s'il était revigoré par le chant du jeune garçon? Le silence se fait sur la lice. Le public tend l'oreille, curieux de comprendre le chant du jeune combattant. Dongal apostrophe son équipier.
- Plus fort Brendan! Plus fort!
La voix claire du jeune garçon fait résonner la lice de liturgie de l'église romaine. Dongal lance son groupe au pas de course contre les Egan. Ceux-ci forts de la vitesse que leur confère leur barde, esquivent la charge. Ils vont laisser les chrétiens se fatiguer et les écraser, ils ne s'en cachent pas, ils temporisent, ils sont en position de force.
Une charge, puis deux, puis trois, à chaque fois les Egan se dérobent, mais jamais les chrétiens ne défaillent ou ne se désunissent, ils sont infatigables. Le public se lasse et les quolibets pleuvent sur les fuyards qui renoncent à combattre à six contre cinq. La pression change de côté, les Egan sont houspillés et se désunissent, certains voudraient en finir vite, ça gronde dans le rang. La quatrième charge est la bonne, les Egan n'ont pas tous esquivé l'impact. Leur chef est furieux devant cette désobéissance caractérisée. Une terrible mêlée s'engage, les spectateurs tendent le cou, pour y voir dans la poussière. Les juges éliminent les combattants un par un. Le calme revient, la poussière retombe, trois jouteurs demeurent en lice. Deux guerriers Egan, et le porteur de la faveur jaune.
Des applaudissements timides saluent l'évacuation des éliminés.
Brendan serre la main de son chef avant de partir.
- Chante Dongal, chante.
Dongal peu convaincu, sourit au jeune garçon.
- Je n'ai pas ton talent.
- Le talent c'est pour Evan! Nous, c'est la foi qui déplace les montagnes!
Le jeune garçon tire sur la faveur jaune nouée autour du bras de Dongal.
- Pas de terre et pas de sang!
Dongal cherche des yeux Hélène, elle occupe toujours la même place, de son épée il la salue, soulevant par là même une vague d'encouragements. Peut-être la dernière songe-t-il avant de voir les Egan fondre sur lui. C'est à son tour de rompre le combat, il les esquive autant qu'il peut. Il a les jambes lourdes, il ne pourra pas tenir longtemps, le chant de messe lui revient en mémoire, puis aux lèvres. D'abords comme un ruisseau, il jaillit comme un fleuve trop longtemps retenu de sa cage thoracique. Les jambes lui semblent légères, la fatigue oubliée, le moral au plus haut.
Le jeune guerrier semble briller de milles flammes, en regard des Egan essoufflés et trébuchants.
Faisant volte-face, il élimine d'un coup de bouclier son plus proche poursuivant. Le dernier cesse les dépenses d'énergie inutiles, et se campe sur ses pieds pour recevoir l'assaut. Dongal ne tergiverse pas, le choc retentit dans toute la lice, la foule retient son souffle. Les boucliers lancent des éclairs, les chocs répondent aux rugissements hargneux des jouteurs.
S'imaginant lutter contre son frère, Dongal trouve la ressource de faucher son adversaire, emportant la victoire et faisant se lever une foule en liesse.
Ses coéquipiers envahissent la lice et l'emportent en triomphe sur leurs épaules.

Sous la tente qu'ils occupent prés de la lice, les jeunes gens laissent exploser leur joie. Toute la blackwatch semble s'être donnée rendez-vous pour fêter leurs héros, le dernier groupe encore en lice. De nombreux autres jouteurs d'autres clans viennent les féliciter, surtout des chrétiens. Les mystérieux chants de guerre sont au centre des discussions. Brendan affirme que c'était pour empêcher qu'on entende ses dents s'entrechoquer, qu'il s'est mis à chanter. Ce qui fait beaucoup rire ceux qui ne connaissent pas son manque de malice. Evan peste d'avoir été éliminé le premier.
- C'est parce que t'es le plus dangereux!
Le rassure-t-on.
Le père Johannes écarte un pan de toile de l'entrée et entre dans la tente. La joie ambiante lui met le sourire aux lèvres. Il se recompose une attitude autoritaire et lance.
- Jeunes gens, une jeune lady va venir incessamment, veuillez immédiatement redevenir des gentilshommes.
- Une jeune lady mon père?
- Lady Hélène, la jeune dame à qui vous avez effrontément demandé ses couleurs. La pupille du père Custanius.
Le père fait sortir les gens qui ne sont pas membres du groupe, et vérifie que ceux qui restent sont présentables.
- Ne bougez pas, je vais la chercher, elle voudra sans doute vous féliciter.
Evan lance un coup de coude à un Dongal décomposé.
- Alors joli-cœur, ta petite chérie vient te voir?
Une lame de fond nauséeuse s'empare du jeune homme. Sa forfaiture le poursuivra jusqu'en enfer. Si ses amis chrétiens apprenaient sa conduite passée, il ne s'en remettrait pas. Dongal rabat son heaume sur son visage, mais son regard tombe sur la faveur jaune. Rapidement, il la dénoue et s'approche de Brendan. S'adressant à ses camarades.
- Les gars, ne me demandez pas pourquoi, mais je ne veux pas rencontrer cette fille, ni même qu'elle connaisse mon nom.
La détresse du ton de Dongal, impose le silence à tous. Ils le regardent nouer la faveur au bras de Brendan. Nul ne pose de question.
- Soyez chic, ne soyez pas curieux et gardez mon secret.
Dongal est déjà loin quand Hélène pénètre sous la tente.
- C'est bizarre, je vous croyais huit, vous êtes gaucher vous? J'aurais juré du contraire quand je vous ai noué ce ruban.

Dongal se fond dans la foule venue assister à une remise de trophée. De loin il reconnaît Samson gravissant les marches de la tribune royale.
Le champion du lancer de tronc d'arbre est honoré d'une couronne de lauriers, et d'une bourse bien remplie. Un genou en terre devant le roy, il semble lui adresser la parole. Dongal apprendra plus tard ce qui s'est dit.
- Sire mon roy, veuillez accéder à la demande de votre humble serviteur.
- Aujourd'hui est ton jour fils, je connais la valeur des gens de ton peuple, dame Daeia, la grande magicienne est là pour en attester.
- Sire autorisez moi à entrer dans votre blackwatch pour que je puisse vous servir dans la bataille.
Le roy Bruce rit.
- Que voilà un homme fort et courageux, je ne doute pas que tu fasses des merveilles une arme à la main à la place d'un tronc d'arbre.
Dame Daeia ôte sa capuche pour découvrir son visage de demi-ogresse souriante.
- Sire, je me croyais seule représentante de ma race sur vos terres. Je n'ai jamais vu de gens du demi-peuple si loin dans le nord, et ainsi vêtus. comment te nommes-tu?
- Il se nomme Samson MacBones.
Croit bon de préciser un juge de lice. Samson tique et corrige.
- Samson Bones, mylady et messire.
- Est-ce ton nom de baptême? Tu n'en portes pas d'autre?
- Non mylady!
La demi-ogresse semble rayonner.
- Sire mon roy, vous n'allez pas me séparer si vite de mon compatriote? Vous avez déjà tant et tant de soldats. Je ne vous en demande qu'un, celui-là, pour ma garde personnelle.
Samson ne sait si c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle. Servir dans la blackwatch? Ou servir une puissante magicienne?
- Samson Bones, tu serviras ton roy en servant cette dame!




Last edited by Marhalt on Thu 7 Jun 2012 - 11:18; edited 2 times in total
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Marhalt
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PostSubject: épisode 29   Tue 8 May 2012 - 13:12

De merveilleuses odeurs de grillades, s'échappent de l'âtre de la cheminée, du relais de la forêt de Campacorentin. Un marmiton sauce un sanglier, qu'un second fait tourner à la broche. Le patron remplit à la chaine des chopes d'une bière fraiche et pétillante. Schuut franchit la porte mais demeure sur le seuil, bloquant le passage aux compagnons qui le suivent. L'éclaireur hume avec délice les effluves tentatrices.
- J'ai faim!
Ronchon, Cerusi le bouscule et l'entraîne avec lui.
- Bouges-toi sinon il ne va plus rien rester.
Un groupe de cinq forestiers affamés, fait résonner la poignée de leur dague sur la table de bois autour de laquelle ils ont pris place. Une serveuse rieuse, louvoie entre les tables bondées, et dépose cinq chopes d'une main, et un pain de cinq livres de l'autre aux joyeux compaings. Esquivant les mains baladeuses, le sourire imperturbable, la nymphe du zinc, file à sa besogne, comme immunisée aux salacités ambiantes.
- La belle gueuse m'a fait un sourire!
Archie prend les autres à témoin. Ombruste, le remet gentiment à sa place.
- A moins qu'elle n'ait vu ton petit oiseau, s'envoler par tes braies ouvertes!
Le regard d' Archie plonge sous la table, sous les rires moqueurs de ses camarades. L'éclaireur se rajuste, et se découpe une tranche de pain.
- Si elle l'avait vu s'envoler, elle l'aurait suivi pour le mettre en cage! Je suis un homme libre moi!
Les compagnons archers de la forêt de Campacorentin, se glissent dans la file pour recevoir leur pitance. C'est bien là, la seule preuve de discipline qu'on leur trouve jamais. Le marmiton troque sa louche à saucer, contre un couteau à découper. Il distribue des morceaux de viande grésillant, sur les tranchoirs de pain que lui présentent les clients. Belouis s'est introduit dans la file, entre les éclaireurs bavards.
- Mais c'est ce brave cap'taine Belouis! Il va bien venir secouer une chope avec nous?
Belouis acquiesce et salue les éclaireurs, coureurs de frontière renommés.
- Comment qu'elle va votre grand-mère? Elle fait la meilleure soupe à l'ail de tout Camelot!
Assure Schuut, la bouche déjà pleine.
Belouis s'assoit à leur table et dégaine une lame fine et effilée pour découper sa viande. Le petit Ben qui n'avait pas moufté jusqu'ici, s'étonne de la beauté du couteau.
- Mazette cap'taine! Ct'une vraie lame d'égorgeur que v'zavez là!
Sont-ce les bouches pleines, ou la remarque du jeune garçon qui plongent la tablée dans le silence? Belouis se découpe tranquillement des morceaux de pain et de viande, qu'il fait glisser dans son gosier avec une lampée de bière fraiche. La lame tranche et pique. Le petit ben l'observe toujours.
- Me rappelle avoir vu ses jumelles à la ceinture d'un sicaire y a pas un mois!
Belouis déglutit tranquillement une bouchée, et regarde le petit Ben.
- Ces lames vont rarement seules, il est vrai, mais je sais ou trouver la seconde.
L'ambiance s'est nettement refroidie. La gêne est lisible sur les visages. Schuut donne une bourrade au petit Ben.
- Parle pas la bouche pleine toi. Cap'taine, faudrait voir à pas nous mêler à vos salades. Jamais un sicaire vivant ne vous aurait donné son outil de travail. Alors si vous continuez à agiter votre canif sous le nez de tous les furtifs du pays, faudra pas vous étonner qu'on aille chercher votre grand-mère pour reconnaître ce qui restera de votre carcasse.
- C'est une menace?
- Un éclaireur ne menace pas. Il vous colle une flèche dans le dos, quand vous êtes en train de pisser. Et je vous raconte pas les méthodes des sicaires! Considérez ça comme un conseil amical et rangez votre coupe chou.
Belouis renonce à en savoir plus, les compagnons l'ont suffisamment renseigné sans le savoir. Il ne veut pas leur causer plus de tort, en leur posant des questions auxquelles il ne répondront pas de toute façon. Il y a moins d'un mois, des sicaires sont passés par Caer Ulfwych. Les sicaires sont de la vermine de cité, ils venaient de Camelot. Quels renseignements peut-on obtenir en sortant cette lame dans les bas-fond de la capitale?

Belouis réveille Kal aux premières lueurs l'aube. Le jeune garçon se lève difficilement, les yeux encroûtés de sommeil. Chouinot gémit, lové dans les bras du jeune chamane. Rôdeur, au pied du lit, ne semble pas avoir cessé sa vigilance. Kal fait sortir les chiens pendant que Belouis aide le commis à préparer un petit-déjeuner. Pain tout juste sorti du fournil, omelette, bacon et une bonne soupe chaude, sont parfaits pour démarrer la journée. Belouis ne sait pas encore s'ils vont partir, il n'est pas sûr que leur poursuivant ait abandonné. Rôdeur grogne à intervalles réguliers.
Aux écuries les chevaux sont calmes. Le palefrenier ne veut pas leur en louer, ils sont tous réservés.
La brume dense de la forêt, rend le sous-bois encore plus impénétrable et inquiétant. Pas décidé à perdre une journée de plus à Caer Ulfwych, Belouis charge Rôdeur sur ses épaules et lance le mouvement.
Chouinot gambade joyeusement en tête des marcheurs. Rôdeur semble récupérer de sa nuit de veille. Kal questionne Belouis sur ce qu'il a fait le soir précédent. Belouis ne veut pas le mêler aux intrigues, et crimes qui le préoccupent. Il répond évasivement, pensant noyer le poisson. Mais le garçon est tenace.
- C'est quoi cette dague? Pourquoi tes amis t'ont-ils menacés?
Belouis ne montre pas sa surprise.
- Ça ne te regarde pas, je croyais que tu dormais. Tu m'as désobéi?
Belouis lui avait dit de se coucher et de ne pas sortir. Kal baisse les yeux.
- Non, mais Chouinot devait pisser, je l'ai sorti et en revenant je vous ai entendus.
- Mêle-toi de ce qui te regarde s'il te plaît. Tu sais, j'ai une vie en dehors de te servir de nounou.
- Et plus vite tu te seras débarrassé de moi, plus vite tu la reprendras. N'est-ce pas?
Belouis sent un profond ressentiment dans les propos de Kal. Le jeune garçon semble mal supporter qu'aucune tribu ne veuille l'accueillir. Belouis tente de l'apaiser.
- Moi aussi je suis orphelin, c'est ma grand-mère qui m'a élevé, et pas dans une tribu. En son temps aussi les gens étaient très frileux pour accueillir des étrangers. La mort de Yodalaï, puis celle de Kang, font peur. Quand nous aurons tout éclairci, tu trouveras un maître, et plus tard, tu retourneras à Cardiff.
Kal hausse les épaules, et donne un coup de pied dans une pierre moussue sur le chemin.
- A moins que ce ne soit lui qui me trouve.
- Lui qui?
- Le déodande, celui qui nous suit. Chouinot l'a senti, Rôdeur aussi, et même toi, j'en suis sûr!
- Le déodande, une fable pour enfants!
- Ne me ment pas! Je ne suis plus un enfant!
Kal semble furieux, Belouis ne l'est pas moins. Le maître d'arme a d'autres chats à fouetter que de dorloter un gamin trop curieux.
- Tu sais pourquoi les gens ne t'aiment pas? Tu sais? Parce que tu te crois trop malin! Tu dis des choses, tu inventes des trucs, comme cette histoire de déodande! Tu es le seul à en avoir parlé! Les gens n'aiment pas les oiseaux de mauvaise augure! Ils ne t'aiment pas parce que tu noirci tout! Tu te mêles de tout! Je ne suis pas loin de penser que tu portes la poisse! Le déodande...! Tais toi et marche!
- Je te déteste!
- Déteste moi en silence.
Rôdeur gronde. Belouis lui passe une main dans le cou pour le rassurer. Rien n'y fait, le chien se tortille et réussit à sauter au sol. Chouinot aussi, semble avoir repéré quelque chose de suspect. Les deux demi-ogres observent la nervosité des chiens, avec une grande inquiétude. Rôdeur aboie, et se tourne vers Kal, et Belouis. Le chien se lance en courant sur la route, puis se retourne et aboie a nouveau. Chouinot a compris, et le suit ventre à terre. La forêt s'éveille, des craquements et des bruissements évoquant un monstre en marche, alertent Belouis.
- Fonce Kal, fonce!
Les demi-ogres filent comme des dératés sur la route qui traversent le forêt de Campacorentin. Ils suivent les chiens qui les distancent sans peine. Le martèlement de leurs pas est souligné comme en écho par des roulements étranges. Des tambours rythment la poursuite.
- Alors tu y crois maintenant? Au déodande?
- Tais-toi et cours idiot! Ce n'est pas le déodande! C'est le Daul Ogre, les tambours de guerre!
De la forêt jaillissent des guerriers ogres. Le torse bardé d'amulettes d'os et de plumes, le visage peint. Ils sont des dizaines à courser les fuyards.
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PostSubject: épisode 30   Tue 8 May 2012 - 13:21

Belouis maintient Kal devant lui, il n'a pas besoin de le pousser. Le gamin court comme si le diable lui brulait les chausses. Les guerriers gardent leurs distances, comme des rabatteurs, ils sont chez eux, ils connaissent le terrain mieux qu'aucun forestier. Les chiens ne sont plus visibles, Belouis espère qu'ils échapperont au traquenard. Il prie pour tomber sur une patrouille, les ogres n'oseront peut-être pas les attaquer, ils ne l'ont jamais fait jusqu'à présent. Aucune patrouille ne se montre. Le poids de l'armure de plaque du maître d'arme commence à se faire sentir. Les guerriers ogres presque nus n'ont pas ce handicap. Il ne faut pas continuer sur la route, c'est ce que veulent les ogres. Il ne fait aucun doute dans l'esprit du demi-ogre qu'un comité d'accueil les attend. Mais quitter le route, c'est s'enfoncer en terrain inconnu, la route, c'est la sécurité, la forêt, le danger. Le dilemme est terrible, Belouis décide cependant de déjouer les plans des poursuivants et ordonne à Kal de rentrer dans le sous-bois à droite. L'apprenti chamane refuse, dans le bois, bondissant par dessus les ronces, des guerriers les ont débordés et les flanquent. Des visages peints les regardent comme une proie que l'on mène tranquillement à l'abattoir. La fuite est inutile. Belouis hurle.
- Stop, c'est ici que l'on se bat! Ça ne sert a rien de courir, gardons notre énergie pour combattre.
Belouis jette son sac au sol et fait siffler la lame de sa rompoya autour de lui. Kal balbutie les quelques bénédictions qu'il connait. Rapidement les poursuivants les encerclent, les lances et les flèches pointées vers eux. Belouis fait respecter un large périmètre autour de Kal, en faisant volter son arme. Les ogres ne bronchent pas, les tambours font résonner la forêt. Belouis ne remarque aucun signe distinctif qui pourrait désigner un chef, cependant il prend la parole.
- Pourquoi ce Daul? Pourquoi cette guerre? Je n'ai pas foulé votre sol.
Un ogre plus hargneux, ou plus audacieux, rompt les rangs et tente d'agresser le maître d'arme. Belouis esquive l'attaque, et fauche son adversaire. Des lances se précipitent pour couvrir la retraite piteuse de l'impulsif. Belouis garde un pied sur la lance perdue.
Un bruit de course sur la route fait tourner les têtes. Une patrouille? Non, c'est le comité d'accueil qui arrive. Le chef est là, couturé de cicatrices, le visage peint mi-blanc mi-noir, il donne ses ordres à la pointe de la rompoya. Le cercle se rompt pour le laisser passer. Il se campe devant Belouis et tend la main. Il ne veut pas serrer la sienne, mais exige son arme. En un regard tout est dit. Vous pouvez mourir maintenant, ou vous avoués vaincu et vivre. Belouis estime ses chances, le chef pourrait trépasser d'un revers de sa rompoya, mais ni lui, ni Kal n'y survivraient. Le calme et la morgue du chef ogre font bouillir le maître d'arme. Tout est joué. Belouis jette sa rompoya aux pieds de l'inconnu. Ses yeux tombent sur la lance abandonnée. Un court dialogue, voit l'impulsif recevoir une taloche en public. Le chef brise sa lance, et lui ordonne de ramasser la rompoya de Belouis. Une stricte discipline règne ici.
Des sifflets d'alerte remettent tout le monde en route, Belouis et Kal ont les mains entravées et sont dirigés à la pointe de la lance. Ils ont à peine fait une centaine de mètres dans le sous-bois, qu'on les jette au sol. La horde se fond dans le paysage. Belouis ne voit plus rien de la route, mais il reconnaît les voix tranquilles de gardes forestiers qui patrouillent. Crénom! S'il s'était défendu une minute de plus. Le chef applique la lame de sa rompoya sur la gorge de Kal, d'un air explicite. Belouis oublie toute idée folle.

La nuit tombe quand ils sont enchainés à des pieux au milieu d'un village. Les habitants viennent les observer et les insulter. Les guerriers sont fêtés. Tard dans la nuit, l'impulsif vient leur donner un bol de viande et de racines bouillies. Il s'assoit à l'écart et les regarde manger, le sourire aux lèvres.
Kal vide son écuelle presque sans respirer, ils n'ont rien mangé depuis le matin. Belouis reconstitue ses forces en ne lâchant pas des yeux leur hôte. Kal ne reconnaît pas la viande, et interroge Belouis. C'est l'impulsif qui lui répond.
- C'est ton chien. Le petit chien pour le petit chamane, et le vieux chien pour le guerrier. C'est bon non?
Kal éclate en sanglots, Belouis lance son écuelle à la tête de l'impulsif goguenard.
- J'aurais du te tuer!
- C'est toi qui mourra demain, San te tuera! Et ta tête viendra s'ajouter à sa collection sur les pieux.
L'impulsif pointe du doigt le sommet des pieux, ou ils sont attachés. Des têtes décapitées de demi-ogres y sont clouées.
- Demain matin, il y aura encore du bon chien à manger pour votre dernier repas.

Ce sont les tambours qui les réveillent. L'impulsif est là, pour leur servir leur ragout de chien. Écœuré, Kal dédaigne ce repas. Belouis se force à tout avaler, il veut se donner toutes les chances possibles s'il doit se battre. Il songe aux deux chiens, et au parallèle qu'a fait l'impulsif. Le jeune chiot un peu fou, et le vieil estropié. Ça leur ressemble un peu. Vont-ils eux aussi finir en ragout? On dit que le peuple est anthropophage.
Un ogre coiffé d'un crâne d'ours et couvert de multiples colifichets vient s'accroupir devant eux. Il vide leurs sacs, et dévisage Kal.
- Toi tu es apprenti chamane, tu portes la marque du blanc, que fais-tu avec ce barbare sans racines?
Surpris qu'on lui adresse la parole, et qu'on l'ai aussi vite percé, Kal ne répond pas de suite. L'ataman hausse la voix.
- Parle! Tu es sourd ou simple d'esprit?
- Ni l'un ni l'autre Ataman. Le capitaine Belouis est mon protecteur. Il m'accompagne auprès d'un maître chamane.
- Ton capitaine est un sans-foi, comme ceux qui ont massacré nos frères dans l'ouest. Ils sont venus bardés de fer pour venger la mort du blanc et de son successeur!
Belouis imagine parfaitement Tarkan jouant un rôle dans cette affaire. Les fous, ils croient que le déodande est un ogre, ils ont déclenché une guerre. Une magnifique occasion de précipiter l'élection d'un chef, une manœuvre digne de Toloméo. Il faut un chef pour diriger une guerre défensive contre les ogres. Sans le savoir, le conseiller demi-ogre a fait d'un pierre deux coups. Aux mains des ogres, Belouis ne pourra pas s'opposer à lui. Belouis est désespéré, il doit absolument convaincre les ogres de cesser leur guerre.
- Ataman, je ne suis pas un sans-foi, j'ai reçu la communion des mains même du blanc demi-ogre.
- C'est vrai Ataman, il porte le fer, mais aussi un nom secret.
L'ataman l'observe incrédule, puis s'approche de lui et semble le sonder. Une nette surprise illumine sa face.
- C'est vrai, tu portes la marque du blanc, mais du noir aussi. Tu es si équilibré que l'on pourrait te croire sans-foi.
L'ataman plonge son regard dans celui de Belouis.
- Tu es celui qui marches avec les esprits?
- Oui ataman! Libère nous! Cette guerre est une absurdité!
L'ataman s'affaisse.
- Toute guerre est vaine, toute lutte est absurde! Tu appartiens à San, il te tuera ce matin. Même Goukou ne pourrais pas vous sauver.
- Qui est Goukou?
- Il est le dogri de notre peuple. Notre chef.
- Alors je tuerais San, et je parlerais au dogri.
L'ataman soupire.
- Si tu tues le fils du dogri, il ne t'écoutera pas.


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PostSubject: épisode 31   Tue 8 May 2012 - 13:31

Le village de hutte se réveille. Les femmes vont à la rivière chercher de l'eau. Les enfants réaniment les feux. Les mouches tournent autour des têtes coupées. Un vieillard chenu s'assoit prés d'un tronc d'arbre creux, et se met à taper dessus tout doucement. Il dévisage Belouis tout en cadençant les activités des villageois. D'autres batteurs viennent se joindre à lui, et apporter leur nuance au rythme tribal. Belouis se rappelle sa communion, et comprend combien le demi-peuple à emprunté au peuple. Pourtant il est ici un ennemi, que l'on va tuer sans regret. Quand ce sera fait, on lui tranchera la tête et on la clouera sur un pieu. Qu'arrivera-t-il à Kal? Ce n'est pas un combattant, respecteront-ils son statut de chamane?
Les guerriers en arme précédent l'arrivée de San, ils forment un cercle autour de la place du village. Une hutte plus grande que les autres et décorée de crânes de bêtes, loge le dogri. San y pénètre et en ressort quelques minutes plus tard, suivi du plus grand ogre que Belouis ait jamais vu.
Harnaché de lanières de cuir clouté, les yeux rouges, gris de poil, sa démarche chaloupée et mesurée dénote un combattant aguerri. Le déodande, pense immédiatement Belouis. Les ogres à ses cotés semblent soudainement atteints de nanisme. San peut-il vraiment être le fils de ce phénomène?
Tarkan et Toloméo auraient-ils raison? Se pourrait-il que ce soit lui, le déodande qui aurait assassiné Yodalaï et Kang? Cette guerre serait-elle justifiée? Pourtant Belouis est presque certain que la mort de Yodalaï n'a rien à voir avec le déodande. Quel intérêt pour un chef de tribu ogre de tuer le blanc du demi-peuple? Quel intérêt de tuer Kang leur nouveau chef?
Usutu l'ataman, vient prendre place auprès du dogri, il se penche vers lui et pointe Belouis du doigt.
La sympathie de l'ataman lui semble acquise, saura-t-il faire comprendre les enjeux au dogri? Ou tout est-il faussé? Un déodande peut-il être un dogri sans que cela ne se remarque? S'il le dénonçait?
Si Aedyth pouvait-être là pour dénouer cet écheveau de possibilités! C'est beaucoup trop pour le petit crâne obtus d'un maître d'arme, fut-il capitaine. Belouis bande ses muscles, au moins eux, ne disent pas de bêtises.
San fait venir l'impulsif et brandit la rompoya devant son père. Rares sont les demi-ogres tribaux à sortir des marais. C'est peut-être la première fois qu'ils voient une telle arme en possession du demi-peuple. Les rédempteurs ne portent que de l'acier avalonien. San jauge l'équilibre de la longue lame courbe. Elle semble lui plaire.
Belouis et Kal sont libérés, et trainés au milieu du large cercle de guerriers. Les ricanements et les quolibets fusent de la part des jeunes ogres torse-nu. Belouis garde la tête haute. Il rend regard pour regard, certains baissent les yeux.
Kal est écarté, emmené parmi les femmes et les enfants. Un bon signe, pense Belouis, le jeune garçon n'est pas considéré comme dangereux.
San rejoint Belouis et lui tend une lance, gardant la rompoya du maître d'arme pour lui même. Belouis rugit de colère.
- Qui es-tu pour me déposséder de mon arme?
San garde son sang-froid et tient tête.
- Un vrai ogre mourrait plutôt que de perdre son arme. Tu n'es plus digne de la porter.
Belouis prend la lance et la soupèse. Il se tourne vers Goukou. Il néglige délibérément le jeune guerrier.
- Goukou nhi dogri! Je suis Belouis, le capitaine du demi peuple de Cardiff. Je ne me laisserais pas insulter dans ton village sans me faire justice. Rappelles ton chiot, je ne viens pas en guerre.
San rougit sous l'affront, ses guerriers grondent. Il doit contourner le maître d'arme pour lui faire face.
- N'adresse pas la parole au dogri! Tu es ma proie! Je lui offre le spectacle de ta mort!
Belouis, écarte vigoureusement San, comme un insecte importun.
- Je n'appartiens à personne! Surtout pas au chef d'une bande de gamins qui portent la lance! Ils n'ont pas fait leur communion!
San fou-furieux lève sa rompoya, mais il est trop prés du maître d'arme. Belouis le fauche impitoyablement, la colère est mauvaise conseillère. San, une pointe de lance sur la gorge, ne peut se relever. La stupeur impose son silence au village, San est battu, il a sous estimé son adversaire.
Belouis tient son destin à la pointe de sa lance, jusqu'où peut-il aller?
- Goukou nhi dogri! Si j'étais animé de mauvaises intentions, je laverais dans le sang les insultes qu'on m'a faites!
Le dogri devient la cible de tous les regards, toutes les attentes. Il se lève sans arme, et franchit en quelques pas, la distance qui le sépare du maître d'arme. Belouis respire, il croit avoir emporté la partie en triomphant de San. Le regard du dogri ne laisse rien deviner de ses intentions.
D'un revers de main, Belouis est désarmé. Quatre cent livres de muscles le jettent au sol, le dogri a refermé l'étau de ses bras sur le demi-ogre. Le maître d'arme essaye de se dégager en ruant, et se cabrant de toutes ses forces. Rien n'y fait, le dogri le maitrise et arrache une a une les sangles de son armure. Belouis est pelé comme un oignon. Les coups de pieds, de poings, de coudes, de genoux qu'il donne, ne tirent même pas un soupire du monstrueux combattant. Les pièces d'armures gisent autour de la mêlée. A plat ventre, Belouis sent le bras de l'ogre enserrer son cou, un genou lui clouer les reins au sol. Le maître d'arme n'a plus aucune prise valable, plus aucun point d'appui. Le dogri exerce une pression destinée à lui briser la colonne vertébrale. Un voile rouge assombrit le regard de Belouis, il sent ses os craquer.

Les gifles de Kal font reprendre conscience au maître d'arme. Il est allongé sur le dos, une plaie, mais vivant. Le cercle est rompu, les tambours ont cessé. La gorge de Belouis est enflée et l'empêche de parler.
- N'essaye pas de bouger, calme-toi! Tout va bien, Usutu m'a expliqué que nous étions saufs. Je n'ai pas compris pourquoi. Alors que Goukou allait t'achever, la forêt a poussé un grondement. Ils ont tous pris peur.
Le jeune apprenti lui dispense les bribes de son savoir chamanique.
- Ce n'est rien, tu seras vite sur pied. J'ai bien cru qu'il allait te plier en deux!
Usutu fait transporter le demi-ogre dans sa hutte, il observe Kal agir. Il dispose des pots d'onguents, et des fioles diverses, que renifle avec suspicion le jeune apprenti. Il en utilise certains et en négligent d'autres. L'ataman ne contredit pas ses choix. Kal fait boire une potion à son patient.
- C'est bien, dors maintenant!
Un voile noire enveloppe le capitaine.

Le soir est tombé quand Belouis ouvre les yeux. Courbatu comme il ne l'a jamais été, il arrive à claudiquer jusque la porte. Les ogres mangent, Kal est assis entre Usutu et Goukou. L'apparition du maître d'arme ne jette aucun trouble, vêtu d'un pagne ogre, il dépare très peu. San vient à sa rencontre pour le saluer, et lui rendre humblement sa rompoya. Encore trop faible pour discuter, il se laisse conduire à côté de Goukou. San lui sert lui même une écuelle de ragout. Le même repas que la veille. Kal ne semble pas s'en offusquer.
- C'est pas du chien! C'est du hérisson! C'est Goukou qui me l'a dit.
Un pieu mensonge pour réconforter le gamin? Belouis ne sait que penser de ce renversement de situation sidérant. Il demeure sur le qui vive. Le repas fini, vient le temps des paroles.
Belouis apprend que des raids violents perpétrés par des demi-ogres dans l'ouest sont à l'origine de la colère des jeunes guerriers ogres. Une trêve informelle précaire à été brisée. Goukou nhi dogri a dépêché des messagers aux tribus Ceorl et Thrawn de l'île aux pommes, pour convoquer un vaste conseil de guerre. Les ogres préparent une riposte massive et dévastatrice. Mais les jeunes, dirigés par San, n'ont pas eu de patience et ont commencés à chasser les têtes sur leur territoire. Les têtes de demi-ogre. Belouis tente de convaincre Goukou de différer la guerre, de laisser une chance à la paix.
- Goukou nhi dogri, entend ma parole, je ne mentais pas en te disant venir en paix. Ne commet rien qui ne soit irréparable. Je te promet que les coupables seront punis.
L'ogre gigantesque se tourne vers le maître d'arme. Sa voix de basse emplit l'air.
- Baisse les yeux quand tu me regarde!
Écarlate, Belouis baisse le regard. Il a oublié cette marque de politesse élémentaire chez le peuple. Il les insulte rien qu'en les dévisageant. C'est ainsi qu'ils marquent leur déférence et leur soumission.
Le maître d'arme fait ostensiblement sa soumission au puissant dogri.
- Je ne hais pas le demi-peuple. J'ai moi même eu une nourrice du demi-peuple étant enfant. C'est son lait qui a fait de moi ce que je suis. Le mal sévit parmi ton peuple, il sera bientôt temps de châtier les coupables. D'ici une lunaison les Ceorl et les Thrawn nous auront rejoins. Je te laisse tout ce temps pour prouver ta bonne foi
- Je ne te ferais pas défaut Goukou nhi dogri. Tu as eu raison de m'épargner. Je ne provoquerais pas ta colère.
- Le jour ou la terre tremblera, et que le feu sortira de ses entrailles. Ce jour là, tu connaitras ma colère. Je ne peux épargner ce qui ne m'appartient pas. Tu es la proie du déodande.


Last edited by Marhalt on Wed 15 Aug 2012 - 8:44; edited 1 time in total
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PostSubject: épisode 32   Tue 8 May 2012 - 13:39

Les chants tribaux ogres résonnent dans la nuit. Les ombres des danseurs se découpent sur la canopée frémissante. Belouis fixe les flammes mouvantes du foyer incandescent. Le demi-ogre est plongé dans ses pensées. Ses cervicales lui rappellent douloureusement l'étreinte du dogri. Les images de Kang, et de la dépouille du sicaire, s'imposent à lui. Il a échappé par miracle à la même mort. Pourquoi le dogri a-t-il suspendu son acte? Rien n'était plus facile à ce moment que de lui briser les vertèbres, le dogri en a la force. Des pensées contradictoires se bousculent sous le crâne du maître d'arme. Celui qui incarne parfaitement, à ses yeux, le déodande, invoque ce même déodande pour ne pas l'achever.
Le premier enseignement et non le moindre, est la validation de l'existence du déodande. Curieusement, c'est comme si un voile de brume se déchirait. Le fait d'avoir frôlé la mort, et entendu prononcé ce mot de déodande, de la bouche même du dogri, donne une substance à ce qu'il considérait comme un mythe. Certes, il ne doutait pas de l'existence d'une créature dangereuse, mais la théorie du déodande, n'était qu'une hypothèse pittoresque parmi d'autres.
Les ogres, le dogri tout au moins, reconnaissent son existence, et ses droits. Le déodande aurait fait valoir ses droits sur la vie du demi-ogre. Il aurait revendiqué ses droits, et le dogri s'est effacé. L'ogre le plus monstrueux qu'il ait jamais vu, s'est incliné devant la volonté du déodande.
Pourquoi? Comment? Pourquoi le déodande le considère-t-il comme sa proie? Comment le dogri reconnait-il ce droit?
Un cri dans la forêt, c'est le moyen que le déodande à utilisé pour revendiquer sa proie.
Ça veut tout dire, et ça ne veut rien dire. Le dogri l'a interprété à sa façon. Obligé de voler au secours de son fils, il tenait la vie de Belouis entre ses mains. Qu'aurait-il gagné à le tuer? Rien à vrai dire. Mais en épargnant la vie du maître d'arme, il en fait un allié potentiel. Belouis se sent redevable.
Ou alors... le dogri est suffisamment intime avec le déodande pour interpréter ses grognements. Aussi stupide que paraisse cette idée, elle ne semble pas totalement dénuée de fondement. Le dogri lui même, sa stature, sa façon de se battre, la reconnaissance du déodande. Tout cela est fort étrange.
Usutu l'ataman du clan s'assied à coté de Belouis. Le vieil ogre, coiffé de son crâne d'ours l'observe depuis un moment déjà. Il a pris le maître d'arme et sa cause en sympathie.
- Je sens la tourmente en toi.
- Je me sens comme un nourrisson, je revis, alors que j'étais aux portes de la mort.
- Ce n'est pas la première fois n'est ce pas?
Belouis dévisage Usutu, le vieil ataman le perce à jour encore une fois. A ses traits se superposent ceux de Yodalaï, le chamane blanc de Cardiff, et de Eirsten, le général nain, de vieux sages de leur peuple. Qu'aurait-il donné pour qu'ils soient encore en vie, et leur faire partager un repas, les entendre disserter et rire, nul doute que ces trois là se serraient entendu comme larrons en foire.
- C'est vrai, ce n'est pas la première fois, mais des amies ont rappelé mon âme des limbes.
- Depuis ce temps tu marches avec les esprits.
Belouis se redresse, il ne cesse de s'étonner de la clairvoyance de l'ataman. Une question lui revient en mémoire, ce matin une réflexion de l'ataman, l'avait intrigué.
- Tu sais beaucoup de choses sur moi ataman. Tu lis en moi, pourtant tu as dit que je portais la marque du blanc, mais aussi celle du noir. Il n'y a pas de noir dans notre peuple, je ne peux pas porter la marque du noir.
- Il y a toujours un noir, comme il y a toujours un blanc.
- Le noir du peuple alors?
Usutu éclate de rire.
- Le noir du peuple, et le blanc du demi-peuple! Non, ce n'est pas comme cela Belouis. Depuis que le peuple existe, il y a un blanc et un noir. Depuis que le demi-peuple a hérité de nos coutumes, il y a un blanc et un noir du demi-peuple. Tu portes la marque du noir du demi-peuple.
Belouis rougit de son manque de tact, il baisse les yeux.
- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire ataman. Je n'ai jamais beaucoup fréquenté ni le peuple, ni le demi-peuple. J'ai toujours vécu avec ma grand-mère, je ne sais pas comment le noir aurait pu me marquer. Je connaissais le blanc de notre demi-peuple, c'est à lui que je dois sa marque, je suppose. Mais je ne connais pas le noir. Mon voyage aux portes de la mort aurait-il pu me marquer?
- Oui, il t'a marqué, mais ce n'est pas la marque du noir.
- Et le déodande? Goukou dit que je suis sa proie, m'aurait-il marqué? Comment Goukou sait-il cela?
- Je ne sais pas, mais Goukou ne ment pas. S'il dit que tu es la proie du déodande, alors c'est vrai. Il est le dogri de notre peuple. Il te ressemble, il est équilibré.
- Il ne ment pas, mais il se trompe peut-être?!
- Peut-être.
- Il est équilibré? Il porte la marque du blanc et du noir?
- Oui, il est le dogri de notre peuple.
- Il marche avec les esprits?
- Non, il n'a pas voyagé jusqu'aux portes de la mort.
- Il connait le déodande?
- Sûrement.
Belouis soupire, il ne sait que penser de tout cela. Si Goukou connait le déodande, sont-ils complices? Les rédempteurs ont-ils raison de mener ces raids de représailles? Il persiste à penser que le déodande n'est pas responsable de la mort de Yodalaï, et qu'il n'a fait que se défendre d'un groupe de sicaires, et d'une meute de chasseurs. Pourtant l'implication du déodande est indéniable, mais quel rôle joue-t-il?
- Usutu? Qu'est-ce que le déodande?
- Un démon au cœur noir.
- Un demi-ogre?
- Il n'a plus rien, ni d'un ogre, ni d'un demi-ogre.
- Je dois le rencontrer, il est peut-être au cœur de la guerre qui se prépare.
- Tu es sa proie, il saura bien te trouver.
- Je ne crois pas être sa proie, je crois que Goukou se trompe. Je n'ai rien à voir avec le déodande. Je crois plutôt que Kal est sa proie, et que Goukou a mal interprété le cri du déodande. Kal est l'héritier du blanc demi-ogre.
Usutu ne cache pas son scepticisme.
- Si tu le dis. Tu comptes aller voir le déodande accompagné de sa proie? Un cadeau de bienvenue?
- Hmm, peut-être pas non. Je vais d'abord aller mettre Kal à l'abri chez ma grand-mère à Camelot.
- Goukou t'a laissé une lunaison.
- Je ferais aussi vite que possible. Je n'ai pas fini de te poser des questions, mais ce n'est pas le moment.
- Marcher avec les esprits est un lourd fardeau.
L'ataman lit en Belouis comme dans un livre ouvert.

Le soleil ne pénètre pas si profondément sous les frondaisons de Campacorentin. Pourtant le jour est levé, et la canopée se nimbe d'or. Kal et Belouis font leurs adieux au clan de la forêt. Le maître d'arme emmène son armure aux sangles arrachées dans un grand sac. Le dogri les salue sous les poteaux aux tristes trophées, comme un rappel de leur promesse. San les escorte jusqu'à la lisière de la grande forêt, il est presque midi quand ils débouchent sur les plaines de Salisbury. Un jappement joyeux les accueille. Chouinot leur fait la fête, Kal bondit de joie. Rôdeur, après avoir grogné devant San, se couche aux pieds de Belouis, le maître d'arme le charge sur ses épaules.


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PostSubject: épisode 33   Tue 8 May 2012 - 13:48

Éliminés, les chrétiens de la blackwatch, ont achevés leur parcours dans la lice. Les Campbell les ont sorti, une formation très expérimentée et rompue à toutes les situations. Dongal et les siens ont eu beau chanter à pleins poumons, ils sont tombés avec les honneurs. Ils ont acquis le soutien du public, qui ne leur a pas ménagé ses encouragements.
Dongal sent sur lui le regard d'Hélène, il rougit sous son heaume. La jeune fille l'a repéré. Comment faire autrement, il est le chef du groupe. Pourtant c'est Brendan Dougall, qui cette fois-ci lui a réclamé sa faveur. Contre l'avis de Dongal, le jeune garçon a voulu l'imiter, sous les applaudissements du public.
La jeune femme quitte sa place dans la populace, elle se dirige vers le père Johannes. Dongal redoute qu'elle ne les visite à nouveau, il s'empresse de revêtir une tenue civile et de tenter de s'esquiver.
Evan Fraser remarque sa trogne et l'attrape par l'épaule.
- Allons Dongal, tu ne pensais quand même pas que nous gagnerions le tournoi?
Evan se méprend et ce n'est pas un mal.
Nous avons presque accompli un exploit, des compétiteurs si jeunes, arrivés si loin dans le classement!
- Je sais Evan, j'ai juste besoin de souffler.
- Le tournoi est fini pour nous, maintenant c'est la fête! Ce soir permission spéciale, le commandant nous offre une prime, on va la dépenser en ville.
- Je vous y rejoindrais sans doute, ou vous retrouver?
- Nous serons chez Flavinia.
Dongal est choqué.
- Mais c'est un lupanar!
- Les romains n'ont pas laissé que de mauvais souvenirs!
- Brendan est un gamin!
- Il sera bientôt un homme.
Le jeune Dougall se joint à la conversation.
- Vous parlez de moi?
- Ouais, ce prude de Dongal pense que tu es trop jeune pour aller chez Flavinia. Je doute même qu'il nous rejoigne ce soir.
Brendan rougit jusqu'à la racine de ses cheveux.
- Ou peut-être que Dongal est amoureux, et qu'il veut se préserver pour sa belle?!
Dongal ne peut en supporter plus, la honte le submerge, il tourne les talons devant ses amis médusés. Brendan se sent fautif et impuissant.
- J'ai dis quelque chose qu'il ne fallait pas?
Evan lui donne une bourrade qui se veut rassurante.
- Non, les filles ça monte à la tête, c'est tout.
Tu crois qu'il m'en veut? J'ai demandé son ruban à lady Hélène. Nous avons perdu, elle doit-être furieuse, et Dong aussi.
- T'en fais pas va. C'est si on lui avait pas demandé qu'elle aurait été furieuse.

Dongal contemple la mousse de sa chope, assis dans un coin de la taverne du chardon. Petit noyau de tristesse au sein de la joie ambiante. La mousse tremble en cercles concentriques, quand une ombre massive s'assied en face de lui. Samson, se débat avec son plaid, il n'est pas encore habitué à la mode vestimentaire des Highlands. Le demi-ogre souriant, choque sa chope contre celle de Dongal.
- Beau parcours, Dongal, vous avez été parfaits.
- Merci Samson, si tu avais été des nôtres peut-être que...
- Peut-être, ou peut-être pas, je ne sais pas travailler en équipe, ni chanter.
- Ça s'apprend.
- Nous ne saurons jamais si j'aurais pu faire un bon équipier. Je n'appartiendrais jamais à la blackwatch.
- Sur le champ de bataille, nous aurons surement à coopérer.
- Certainement, dame Daeia, n'en sera pas absente. Je te remercie de ton aide et de tes conseils. Grâce à toi, j'ai trouvé un maître à servir. Une maitresse en fait. Je ne travaillerais plus jamais dans une taverne, à servir des avaloniens arrogants.
- Pourtant je sens comme un regret dans tes paroles.
- Je pense à ma mère. Quand la guerre sera finie, je la ferais venir, elle a assez trimé la pauvre. Il est temps que je prenne soin d'elle. Mais toi? Tu n'es pas aussi joyeux que tu es en droit de l'être. Un souci?
- Je pense à ma mère aussi, ça fait longtemps que je ne l'ai pas vue.
- Elle peut-être fière de toi.
Dongal aurait aimé en dire autant de son père. Le demi-ogre respecte le silence du jeune highlander.

Les deux amis se promènent dans les rues festives. Chants et musiques rythment la mastication des mangeurs, et buveurs. La rue grouille de vie, au moindre carrefour, une attraction attire l'attention et provoque des ralentissements. Les marchands ambulants font de la retape, les pièces de monnaie changent de mains. Samson goute une popularité toute nouvelle, dominant la foule d'une ou deux têtes, il est reconnu par beaucoup et rend sourire pour sourire. Sa bonhommie et sa politesse d'ancien garçon de taverne, le rendent accessible, attentif, mais surtout patient avec tous ces inconnus qui lui offrent chopes, et brin de conversation. Le champion du lancer de tronc d'arbre de cette année est ému de l'accueil du peuple des hautes terres.
Dongal délaisse son ami, sûr de le retrouver facilement, tant il est repérable dans la foule. Une troupe de cracheurs de feu illuminent la place de l'église. Ils tirent des ho et des ha des spectateurs. Des pères hissent leur progéniture sur leurs épaules. Dongal achète une saucisse chaude à un cuisinier débordé. Il mord dans la chair craquante, faisant gicler de la graisse chaude sur son menton. Sa langue brûlée, le fait souffler comme un perdu. Il maudit sa précipitation.
Dongal croise le regard d'Hélène. La jeune fille est figée de terreur ou de dégout, de l'autre côté de la placette. Toute une palette d'émotions défile sur ses traits. Aucune n'est rassurante pour Dongal, qui en recrache son bout de saucisse à demi mâché.
Hélène tire sur le bras de la personne qui l'accompagne. Angus Fitzgerald reconnaît Dongal, il n'affiche ni colère, ni honte, juste une apparente pitié. Hélène tourne les talons précipitamment, entrainant Angus, qui pointe son doigt vers Dongal avant de disparaître dans la foule. Sans réfléchir, Dongal traverse la placette en courant. Il baisse la tête pour éviter un jet de flamme sous les rires des spectateurs. Jouant des coudes il débouche sur le parvis de l'église en bois. La double porte se referme, Angus lui fait face, il n'est pas entré. Son demi-frère s'approche de lui, les mains écartées.
- Dongal, il faut que je te parle.
- Je n'ai rien à te dire.
- Ce sont des choses importantes à propos d'Hélène.
Dongal vibre d'une colère contenue, entendre le nom de la jeune fille qu'il aime dans la bouche de ce traitre, le bouleverse.
- Ne t'approche pas d'elle, elle mérite mieux qu'un bâtard!
Le visage de son demi-frère se ferme. Son attitude se raidi sous l'insulte.
- Je la respecte plus que tu ne l'a jamais fais.
La duplicité du bâtard le révolte, il meurt d'envie de sortir son épée et de le châtier sur place. Il n'a que sa dague à lui pointer sous le nez. Angus fait un pas en arrière et pose la main sur le pommeau de son épée. La colère de Dongal fait trembler la courte lame, il monte lentement les degrés de l'escalier vers son demi-frère.

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PostSubject: épisode 34   Tue 8 May 2012 - 13:58

La double porte de l'église s'ouvre brutalement, Hélène en sort comme une furie. Elle s'interpose entre les deux hommes. Dongal se décompose, la jeune femme vole au secours d'Angus. Aurait-elle pour lui quelque sentiment?
- Allez vous-en! Allez vous-en! Ne ferez-vous donc jamais que détruire tout ce qui est bel et bon?
Toute colère envolée, le souffle coupé, Dongal bat en retraite sous la véhémence de la jeune femme.
- Allez vous en! Retournez dans vos enfers, maudit démon! Cessez de hanter mes cauchemars!
Le regard halluciné, les joues creusées de larmes, un pauvre rictus découvrant ses blanches dents, Hélène offre un spectacle qui tétanise Dongal.
Une lourde main s'abat sur son épaule. Samson tente de désamorcer la situation.
- Tu ne vas pas te battre ici? Sur le parvis d'une église? Quels qu'ils soient, ce n'est pas une façon de régler tes problèmes.
Angus, hautain, ne bronche pas d'un pouce. Hélène éclate en sanglots. Samson ne lâche pas l'épaule de son ami. Dongal se résigne. Samson l'entraîne dans les rues populeuses, il n'a pas recouvré entièrement ses esprits
- Tu as raison Samson, rejoignons les autres chez Flavinia.

Angus Fitzgérald, accueille dans ses bras une boule sanglotante.
- Quel monstre il est! Comment pouvez-vous être frères?
- Notre père est un homme dur, qui nous a élevé durement.
- Il est si mauvais! Vous êtes si bon!
- Je suis un bâtard, il n'y a pas d'avenir pour les bâtards. Vous n'auriez pas du vous interposer.
- Il vous a attaqué!
- Me croyez-vous incapable de me défendre?
- Je ne veux pas que deux hommes se battent pour moi!
- Il vaut mieux parfois crever l'abcès, et vider sa colère une fois pour toute. Après on peut parler.
- S'il on est en vie.

Les deux amis cheminent dans Caer Eden. Le pas lent, ils vident une chope à tous les comptoirs qui se présentent. La notoriété de Samson leur évite de délier les cordons de leur bourse. C'est le pas moins assuré, qu'ils tanguent d'auberges en tavernes, et que leur langue se délie à propos de l'incident. La tête qui tourne, les incite à s'assoir sur la margelle de la fontaine en face de chez Flavinia, leur ultime étape.
Comme il l'avait déjà fait avec le père Johannes, Dongal constate que verbaliser ses ennuis avec une oreille attentive, le soulage. L'excès d'alcool n'est pas étranger à cet épanchement. Sa sympathie pour le demi-ogre, ainsi que sa neutralité, et sa bienveillance effacent des années d'inhibition.
Le récit sans fard, tire une réflexion à Samson.
- Tu étais un sacré boulet...
Désabusé, Dongal accepte le jugement de son compagnon.
- Un sacré petit con, correspond mieux.
- Si tu le sais, tu peux t'améliorer.
- Je m'y suis efforcé.
Une ombre de bure s'arrache aux ténèbres de la maison de plaisir. Un prêtre se campe devant les ivrognes médusés.
- Alors comme ça, tu t' es efforcé de t'améliorer?
- Père Custanius?
- Parrain?
- Je te quitte avec une gueule de bois, et ayant commis le plus noir des forfaits. Je te retrouve titubant, ivre mort, prêt à entrer dans le temple de la luxure.
Les balbutiements honteux des deux compères ne détrompent pas le moine.
- Je viens à peine de mettre dehors tes coéquipiers. Si je m'attendais à te trouver... toi l'homme à la faveur jaune. Quelle odieuse plaisanterie, en vérité. Pauvre lady Hélène, quelle horreur pour elle, quand elle apprendra que son héros est aussi son tortionnaire.
Dongal se dresse rouge de colère et de honte.
- Ce n'était pas une plaisanterie, je vous défend de lui dire qui je suis!
- Pour que tu puisses encore lui faire du mal? A quel jeu joues-tu?
Samson prend la défense de son ami.
- Parrain, je suis Samson ton filleul! Dongal regrette sincèrement ce qu'il a fait. Il n'a pas de mauvaises intentions.
- Je sais qui tu es! Ta mère est morte d'inquiétude! Crois-tu qu'elle sera rassurée quand je lui dirais ou je t'ai trouvé, dans quel état tu es, et ce que tu t'apprêtes à faire? Elle a élevé seule un fils digne, pas un débauché qui se vautre dans le vice.
Les deux garçons sont désarçonnés par la virulence de Custanius. Samson s'en étonne ouvertement.
- Mais vous êtes Chrétien! Que faites-vous du pardon? De tendre l'autre joue?
Custanius lève haut la main.
- Tu la veux celle là?! Passez devant, direction le camp de la blackwatch!
Les deux s'exécutent pitoyablement, Dongal implore le prêtre.
- Je ne veux pas de mal à Hélène. J'ai si honte de moi, et de ce que je lui ai fait, mon père. Gardez mon secret, je vous en supplie! Nous partons à la guerre bientôt, je ne reviendrais peut-être pas. Ne gâchez pas le seul souvenir positif qu'elle peut avoir de moi, même si j'étais masqué. J'étais sincère en lui demandant ses couleurs. Je cherche juste à me faire pardonner. Croyez-moi!
- Avance canaille! Si je ne lui dis rien, ce ne sera pas pour préserver ton amour-propre! Cette pauvrette en a assez bavé, c'est inutile d'en rajouter pour le moment. Ne t'avises plus de t'approcher d'elle! Revenez vivant de cette guerre, et nous verrons ce qu'il convient de faire pour votre pénitence!
- Mais parrain, je ne suis pas chrétien moi!
Un coup de pied au cul remet Samson sur le droit chemin.

Le campement est en ébullition. Le seigneur Bors est venu saluer ses garçons, qui ont porté haut les couleurs de la blackwatch. Tous les permissionnaires ont été rappelés en urgence. Custanius mène Dongal penaud auprès de ses équipiers. Tout le groupe est conduit dans la grande tente de commandement. Ils sont présentés un par un au seigneur lui même, avec un commentaire du commandant. Les cadets sont plus impressionnés que de voir le roi en personne. Le seigneur Bors est grand et dégage une aura sympathique de puissance maitrisée. Chacun connait ses faits d'armes, et la justice dont il fait preuve. La cohésion de la blackwatch lui doit beaucoup, fils bâtards de petits hobereaux ou cadets de grandes familles, tous sont logés à la même enseigne. La sueur a la même odeur, le sang, la même couleur.
Samson voit son rêve s'accomplir, il fait devant le seigneur Bors une démonstration des gestes appris quelques années plus tôt. Le chef de la blackwatch apprécie en connaisseur, il reconnaît dans le géant, le jeune garçon qui avait portait son arme. Il lui demande des nouvelles de sa mère et de la veuve Brulin.
Dongal et les siens prennent place autour d'une table dressée sur des tréteaux. Evan Fraser fait signe à un page timide de leur apporter de la bière et des chopes. Custanius n'est plus en vue, il ne faut pas longtemps pour que la gaité reprenne ses droits.
- Nom d'un chien! j'avais déjà les chausses sur les talons quand ce moine du diable m'a tiré par les pieds!
- Plains toi!? Tu aurais voulu entendre dire au seigneur Bors, que le jeune Fraser chargeait la gueuse à la lance courtoise?
- Bah, dix minutes de retard! J'en demandais pas plus, pour achever mon affaire.
- Dix minutes?! Vantard! Vu les yeux ronds que tu faisais et la langue que tu tirais, j'aurais pas parié sur plus d'une minute.
Le page rempli les chopes au milieu des éclats de rire.
- Assieds toi, ptit gars, et buvons tous à la santé du seigneur Bors et du roi Bruce MacMaelchon!
Le garçon s'exécute, les toasts sont portés, les chopes vidées.
- Comment que tu t'appelles?
- Robert, Robert MacMaelchon.
La tablée se fige, les rires cessent. Comme un seul homme, ils se lèvent, piteux.
Le prince Robert!


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PostSubject: épisode 35   Tue 8 May 2012 - 14:06

L'ost des Highlands se met en marche. Le temps des festivités est révolu. Son souvenir accompagne les combattants, qui cheminent haut le pied et le sourire aux lèvres. L'armée de kilts serpente sur des routes boueuses qu'aucun soldat romain n'a jamais foulé. Ce n'est que dans les royaumes bretons que les pavages rectilignes mènent à Rome. La blackwatch va à pied, seuls leurs officiers et les estafettes sont montés. Ils forment l'arrière-garde, derrière même les bagages, ce qui les relègue à plusieurs lieues de la tête de colonne. Les règles de préséances des clans prévalent sur la tactique militaire. La blackwatch n'est pas un clan, ils ne peuvent être vexé d'être en queue de file. Politiquement, cela soulage un petit clan d'une vexation. Bors n'en a cure, l'avant garde, comme l'arrière garde sont des postes stratégiques, qu'il vaut mieux confier à des troupes fiables. Ce qui n'est pas toujours le cas, quand on se soucie trop du clan de son voisin et de ses querelles personnelles.
Le prince Robert s'est pris de sympathie pour les gars de la blackwatch. A peine plus âgés que lui, il les rejoint souvent, et démonte pour les accompagner. D'abords honteux de leur bévue initiale, les cadets ont rivalisé d'obséquiosités pour se faire pardonner. Peu adroits dans ce genre d'exercice, ils se sont attiré l'hilarité du jeune garçon, qui leur a confirmé la justesse de leur placement dans la colonne. Perplexes sur la nature de cette remarque, ils en ont finalement déduit que l'entourage du roi n'était fait que de courtisans aguerris, peu appréciés du prince. Robert sait qu'aucun importun ne le suivra si loin du rayonnement de son père. Il partage le repas et les soucis des cadets, avant qu'une estafette ne le rappelle auprès de son père, à la nuit tombée.

Le mur d'Hadrien projette l'ombre de ses ruines, et de la grandeur passée de Rome, sur la lande. Nombre de constructions basses, aux toits de chaumes, dans les villages proches, lui doivent leurs murs de pierre. C'est ici que sera établi le bivouac pour la nuit, demain la troupe entrera en terre bretonne. C'est demain que commencera la vraie campagne militaire, le plan de bataille du roi sera révélé ce soir au conseil.
C'est Dongal qui escorte le prince Robert, il est bon cavalier, ce qui ne va pas de soi dans la blackwatch. Robert ne l'est pas moins, et a de surcroit l'avantage de connaître très bien sa monture, un robuste poney des hautes terres. Les deux garçons lâchent la bride à leur bête, pour gagner le site du bivouac du roi. La cavalcade effrénée n'est pas sans terroriser plus d'un paysan, se ruant in extrémis à l'abri du talus. Robert met un terme a la course en retenant son poney au sommet d'une colline. Dongal le rejoint au trot. Il n'a jamais été seul avec le prince, celui ci est toujours bien entouré. Ces trajets journaliers lui permettent d'échapper un peu à la pression de son entourage. Robert tire une rasade d'eau de son outre de peau et la tend à Dongal.
- Tu es bon cavalier, je me demande si tu as des défauts.
- Des défauts, j'en ai sire, mais ne comptez pas sur moi pour vous les révéler.
- Tu es bien mystérieux, mais je t'ai percé à jour.
- Une pointe d'angoisse étreint fugitivement Dongal.
- Percé à jour sire? Je ne pensais pas mériter autant d'attention.
- Lady Hélène a raison, ce ne peut-être Brendan Dougall qui lui a réclamé ses couleurs.
Le prince connait Hélène?
- Ce n'est pas non plus Evan Fraser, ni aucun des autres membres de ton groupe. Ce ne peut-être que toi, j'ai eu le temps de t'observer. Tu es bon combattant, bon compagnon, et un bon chef.
- Même si j'ai effectivement demandé ses couleurs à cette lady, c'est au nom du groupe.
- Elle est belle n'est-ce pas?
- Je lui trouve un certain charme.
Le prince éclate de rire.
- Enfin un défaut!
Dongal ne comprend pas.
- Un défaut sire?
- S'il y a une chose que je pratique et connait depuis des années, c'est bien la rouerie et la vilénie d'une cour royale. La fréquentation de la blackwatch m'est un rafraichissement quotidien. Je sais flairer un mensonge, ou une flatterie à une lieue à la ronde. C'est reposant d'être parmi vous.
Dongal sceptique ne voit pas ou veut en venir le prince.
- Vous nous trouvez naïf?
- Je vous trouve frais, et pas encore corrompus.
Dongal n'ose pas imaginer ce que penserait son prince, s'il savait le forfait dont il s'est rendu coupable. Robert contrefait la voix de Dongal.
- Je lui trouve un certain charme.
Le prince éclate de rire sous les yeux médusés de Dongal.
- La vérité mon bon, c'est que tu es éperdument amoureux de cette fille!
Dongal rougit.
- Amoureux, pour une fille entrevue en tournoi, c'est peut-être un peu fort.
- Ne te défend pas, comme je te l'ai dit, tu es très mauvais menteur.
Se faire traiter de la sorte par son prince n'est pas une expérience très agréable. Dongal se raidit, Robert s'en aperçoit, et souhaite tempérer son attitude.
- Je te présente mes excuses pour cette franchise qui peut être blessante. Il n'y a pas de mal à être amoureux d'un si joli brin de fille. Tu as toute ma sympathie, mais tu vas droit au devant d'une désillusion. Je ne voudrais pas que tu en souffres inutilement.
Dongal se tourne vers Robert, tout ce qui touche à Hélène, l'intéresse. Il est manifeste que le prince la connait. Sa position vis à vis de la jeune fille ne pourrait-être pire, mais il est avide d'en savoir plus sur celle qui peuple ses nuits.
- Elle est déjà promise?
- Pas que je sache, sûrement pas en fait. C'est bien là le hic, elle est perdue de réputation.
Dongal blêmit, Robert se méprend sur cette réaction.
- Je suis navré de t'apprendre cela comme cela, d'autant que la pauvre n'y est pour rien. Elle ne trouvera aucun honnête homme pour l'épouser, hormis...
- … hormis un bâtard.
- Oui, hormis une personne qui ne peut espérer faire un meilleur mariage. Qui acceptera aussi le fait de ne pas être le premier homme à l'avoir possédée.
- Une personne qui l'aimerait comme elle le mérite...
- Tu sais comme moi que le mariage n'est pas une affaire d'amour. Si ça l'était je pourrais choisir mon épouse. C'est mon père qui la choisira, pour le bien du royaume. Comme ton père choisira pour toi, Dongal Campbell. C'est le lot de tous les héritiers.
Dongal se renfrogne devant les perspectives qu'évoquent cette déclaration. Le prince sait qui il est, il sait qui est son père, il connait Hélène. Sa petite tranquillité acquise au sein de la blackwatch lui semble remise en question.
- Mon père sait ce que vous savez?
- S'il le sait, ce n'est pas par moi.
Il pose la question qui lui brûle les lèvres.
- Lady Hélène sait-elle que c'est Dongal Campbell qui lui a demandé ses couleurs?
- Non, pourtant je pensais lui apprendre dès que je la reverrais. Je ne le ferais pas. J'ai compris pourquoi tu étais si discret, et je respecterai ton secret.
Dongal manque glisser au bas de sa selle.
- Vous connaissez mon secret?
- Oui, ce n'est pas facile d'être amoureux de la fille que courtise son demi-frère bâtard.
Dongal ne sait s'il doit rire ou pleurer. Dans la même phrase le prince le rassure, car il ne connait pas son véritable secret, mais aussi, il le poignarde en lui confirmant ses pires craintes. Angus Fitzgérald courtise la fille de son cœur. La haine qu'il éprouve vis à vis de son demi-frère, s'en trouve décuplée.
Au petit trot, à la nuit tombante, le duo entre dans le camp de tente du roi Bruce MacMaelchon.
Un garde accueille les deux cavaliers, le prince Robert est attendu, le conseil est commencé.


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PostSubject: épisode 36   Tue 8 May 2012 - 14:14

Le conseil de guerre du roi Bruce MacMaelchon se compose de tous les chefs de clans, haut féaux et généraux de l'armée. Dongal reconnaît parmi eux son père et son demi-frère. Le chef du clan Campbell a vieilli, il s'est empâté et déplumé, mais son profil d'aigle demeure. Même s'il doute être reconnu par son père, il a beaucoup changé lui aussi, il n'est plus le jeune garçon fluet qu'il était, Dongal reste dans les ombres des confins de la tente circulaire. L'arrivée du prince Robert, provoque un léger malaise, les courtisans s'écartent pour le laisser passer, mais devant la froideur du roi, le mimétisme prend le dessus, et le prince est ignoré. De douloureuses réminiscences rappellent à Dongal un autre conseil dirigé par son père. Il peut sentir les tensions qui s'exercent dans cette tente. Les faces expriment sans le dire, des postures courtisanes, et politiques que la guerre exacerbe. La sympathie qu'éprouve Dongal pour le prince, le pousse a sortir de l'ombre pour le soutenir dans cette petite humiliation.
Une carte est étalée sur la table, des figurines en terre cuite peintes figurant des troupes y sont déployées. L'aide de camp du roi, dispose les figurines en consultant des notes que lui ont transmis les éclaireurs, et les espions de l'armée. L'attention du roi est toute absorbée par la contemplation de la carte. Tous essayent de comprendre le sens de lecture et la signification de la carte et des figurines. Un léger brouhaha de commentaires et de supputations est interrompu d'une main par le roi Bruce.
- L'armée bretonne dispose de nombreux archers et de cavaliers qui nous font défaut. L'affronter en plaine est hors de question. Nous franchirons le fleuve par ce pont peu avant l'aube.
Le roi désigne un point sur la carte à l'aide d'une badine. Son aide de camp déplace les figurines correspondantes sur la carte.
- Nous les forcerons à la bataille sur ce terrain difficile qui nous est favorable. Le fleuve derrière nous, empêchera la manœuvre de leur cavalerie.
Le roi marque une pause pour s'assurer que tous comprennent bien. Le seigneur Bors toussote pour manifester sa volonté de parler. Le roi l'y autorise d'un geste.
- Sire, le fleuve peut tout aussi bien empêcher notre retraite, et rendre la possession du pont stratégique.
- Ce sera un aiguillon pour nos troupes, la perspective d'un bain ne leur sera pas agréable. La défense du pont sera attribuée à notre aile droite. Ce point servira de pivot au reste de l'armée. Dans un vaste mouvement tournant, nous culbuterons les bretons.
L'exposé soulève l'enthousiasme du conseil, tempéré par Bors.
- Sire, je connais cet endroit, l'aile droite sera déployée en terrain plat face à une zone boisée. Cela pourrait devenir un enfer si archers et cavaliers ennemis s'y trouvent. Connait-on leurs positions a ce jour?
Le roi se tourne vers son aide de camp et lui demande de répondre à la question. Celui-ci consulte ses notes, et hausse les épaules.
- Nos éclaireurs indiquent que les archers ennemis sont très discrets, et la cavalerie...
- La cavalerie très mobile...
Achève Bors.
- Ce qui implique que nous ne savons pas où ils sont, ni où ils seront.
Le roi balaye les inquiétudes du seigneur Bors.
- Notre mouvement de nuit nous mettra à l'abri des surprises. Toute la discrétion des archers, et la mobilité de la cavalerie ne sauront l'anticiper.
- Sire, je sollicite pour la blackwatch l'honneur d'être dans l'aile droite.
Dongal regarde son chef d'un air déçu, la perspective, de rester l'arme au pied pendant toute la durée de la bataille ne l'enchante guère. Il préfère s'imaginer au cœur de la charge menée par le centre et l'aile gauche.
- C'est bien là sire Bors que je vous ai placé. Je conserve les troupes aguerries pour la bataille.
Il n'y a aucun sous entendu, la blackwatch est considérée comme peu fiable ou de faible valeur militaire, il lui est assigné une mission secondaire aux yeux du souverain. Le rouge monte au front de Dongal, il pensait pourtant avoir donné une bonne image de la troupe lors du tournoi. Le jeune homme est déçu, mais il ne veut rien en laisser paraître. La suite du conseil consiste à expliquer l'ordre de marche et l'ordre de bataille. Animosité et vieilles rancœurs se réveillent, il faut recourir à l'arbitrage du roi pour imposer les décisions des généraux. Écœuré, le prince Robert, quitte la tente, suivi de Dongal. Il l'emmène dans ses appartements personnels.
- Console-toi, si j'ai bien compris, la blackwatch ouvrira la marche demain, pour pouvoir se placer au débouché du pont immédiatement en protection.
Dongal ne cache plus sa déception.
- Nous serons aux premières loges pour admirer la bataille.
- Ce n'est peut-être pas plus mal pour une troupe inexpérimentée.
- Ce n'est pas ma...
Les mots s'étranglent dans sa gorge au souvenir de son premier engagement quelques années plus tôt. Dongal brûle de se racheter à ses propres yeux, de prouver à son père qu'il à tort, de montrer au monde la valeur de la blackwatch.
- Arthur et ses cavaliers ne seront pas vaincus en un seul affrontement, nous aurons l'occasion de montrer notre vaillance.
- Nous sire?
- Je combattrais à vos côtés.
- Vous pourriez choisir une aile plus glorieuse.
- Je me sent à ma place au milieu de jeunes gens mésestimés.
- On croira à une lâcheté de votre part.
Le prince foudroie du regard Dongal.
- C'est ce que tu crois?
Dongal réalise la méprise de Robert.
- Non sire, mais si j'avais le choix, je ne choisirai pas l'aile droite.
- Ou irais-tu? Au sein de ton clan? Aux côtés de ton père et de ton bâtard de frère? Avec des hommes qui te surnomment le galeux?
Le galeux, le choc est rude de s'entendre appeler ainsi. Dongal en veut à Robert de sa franchise ouvertement agressive.
- Si je dois combattre ce sera au milieu de gens que j'apprécie, et que je considère comme des amis. Je sais qu'ils auront soin de ma sécurité, et moi de la leur.
Ces paroles sonnent presque comme des excuses.
- Votre père le roi vous y autorisera-t-il?
- Il sera bien trop content de se débarrasser de moi, et de me croire en sécurité.
Un écuyer signale au prince l'arrivée d'un visiteur. Bors s'incline devant le prince.
- Avec votre permission sire, je viens vous ôter votre compagnon, il doit immédiatement rentrer au bivouac pour y transmettre mes ordres, la nuit sera courte.
Dongal s'incline et prend le rouleau de parchemin que lui tend son commandant. Il prend congé de son prince et traverse le camp vers le parc à chevaux. Un palefrenier l'aide à retrouver sa monture dans le noir et le conduit par la bride sur la bonne route.
Un homme attend en travers du chemin, les poings sur les hanches. Dongal reconnaît Angus, la colère le saisi, mais le parchemin dans sa manche le rappelle à l'ordre. Il doit faire passer son devoir envers la blackwatch, et ses compagnons d'armes avant tout. Rageusement, il éperonne son cheval, il manque de percuter Angus, qui esquive la charge en roulant dans le fossé. Dongal éclate d'un rire libérateur. Les jurons de son demi-frère se perdent dans la cavalcade.
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Marhalt
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PostSubject: épisode 37   Tue 8 May 2012 - 14:22

Samson Bones apprend à monter. En vérité Samson Bones apprend à vivre. Depuis qu'il a lancé ce tronc d'arbre, sa vie a changée. Il est Samson Bones, le champion, Samson Bones le maître d'arme. Le service de dame Daeia le prend tout entier. Les exigences de la dame sont énormes, il passe entre les mains de couturières et de forgerons, de bottiers et de gantiers. Il porte des vêtements propres, et une armure de plaque noire ajustée à ses mensurations est en cours de fabrication. Avec des entraineurs, il s'exerce avec ses nouvelles armes rutilantes, et un bouclier magnifique. Le maniement des armes d'hast ne lui pose aucun souci, mais c'est sur le bouclier que compte la magicienne. Il doit devenir son garde du corps, le rempart qui la protégera des assauts ennemis, pendant qu'elle usera de sa magie. Il n'avait jamais envisagé cette fonction, et aucun des highlanders présents ne peut soulever son bouclier aussi haut et aussi longtemps que lui. Pour un homme de carrure classique, ce bouclier est un mur. Le cheval qu'il monte était destiné au travail de la terre, aucun palefrenier n'imaginait pouvoir lui fournir une monture, jusqu'à ce que ce monstre agricole ne leur soit présenté. La paisible bête est ravie de quitter la terre grasse des champs pour les exercices équestres. Des harnachements, et une sellerie provisoire ont été bricolées en attendant que du matériel neuf et adapté ne soit fabriqué. Les chutes du colosse font trembler la terre, et tous craignent qu'un jour il ne se relève pas. Le demi-ogre à la peau dure, et il force l'admiration, en remontant aussi vite qu'il est tombé. Samson est aux anges, jamais il n'a connu autant de considération, il pense rêver, et s'incline devant toutes les exigences de la dame, de peur que le rêve ne se brise. Même quand un précepteur lui enseigne l'héraldique et les règles de l'étiquette, il s'incline. Ces disciplines lui paraissent obscures et inutiles, mais si la dame juge bon de lui faire enseigner, il met tout son cœur à reconnaître les tartans des Highlands, et les armes héraldiques des chevaliers bretons.
Tout son entourage est au service de la dame, celle-ci est absente depuis des jours, Samson ignore ce qu'elle fait. Une sensation étrange s'empare de lui, au fur et à mesure de ses progrès, une impression diffuse le saisit. Les gens ne lui parle plus de la même façon. Ce n'est pas en mal, bien au contraire, ils ont envers lui une certaine déférence, qu'il sait reconnaître mais qu'il est gêné de lui voir attribuée. Lavé, coiffé, rasé, vêtu comme un seigneur, portant l'épée au côté, il n'est plus le vagabond qu'il était, mais une terrible machine de guerre, un maître d'arme. Il est de la race de magicienne, il est l'homme qui manque à sa maison. Même si les sourires sont toujours là, le respect à maintenant sa place dans le regard de ses interlocuteurs. C'est nouveau pour Samson, comme tout ce qui l'entoure, et tout ce qu'on lui fait faire, mais c'est le plus troublant. Il s'imagine parfois allant rendre visite à sa mère, caracolant dans les rues d'Adribard, quel avalonien oserait défier ce guerrier terrifiant, ou lui lâcher ses chiens aux basques. A ces souvenirs, il fait craquer ses jointures en serrant les poings. Un jour il ira chercher sa mère, oui, après la guerre, quand sa maîtresse lui en donnera l'autorisation. Plus jamais elle ne servira des hommes dans un bouge, elle mérite mieux.
Aujourd'hui toute la maisonnée est en ébullition, le retour de la maîtresse est annoncée. Samson n'en mène pas large, ses précepteurs et entraîneurs ne cessent de lui parler d'elle, et de l'honneur qu'elle lui fait, il ne faut pas la décevoir. La pression est telle, qu'il ne sait plus s'il doit être ravi de la revoir, tant il est terrorisé à l'idée de la décevoir.
La cour du manoir est pleine de domestiques, artisans et divers corps de métiers, parfois juste recrutés pour le service du maître d'arme. Samson est placé sur la plus haute marche prés de la porte d'entrée, et attend comme tout le monde l'arrivée de la dame. Le pas de son cheval se fait entendre, c'est un cheval de bataille breton, rien de moins pour porter une demi-ogresse. Suivie de quelques mules bâtées, elle s'arrête au milieu de la cour. Un frêle palefrenier se précipite pour l'aider à démonter. Samson pressent la catastrophe imminente, mais il est tétanisé, et ne réagit pas quand le palefrenier cède sous le poids, et que la dame et lui roulent sur le pavé. C'est la cohue pour la relever et l'épousseter. Daeia furieuse, passe en trombe le seuil de la porte, sans adresser un regard au demi-ogre penaud. Un hurlement fait trembler les murs du manoir.
- Où est mon garde du corps?!
Un coup de coude dans les côtes, lui rappelle sa fonction.
- Il est devant la porte mylady!
- Que cette andouille fasse son office! Qu'il me suive et me serve en tout! Je ne veux plus que ce cirque se reproduise! Vous m'aviez assuré que vous l'aviez formé!
En un clin d'œil la cour s'est vidée, chacun s'étant rappelé un travail urgent. Les hurlements sont autant de reproches directement à lui adressés. Samson prend une inspiration, et entre dans la salle. Gwynn le majordome, lui glisse à l'oreille.
- Suit la, et fais toi discret, je compte sur toi.
Le demi-ogre ne peut répondre, s'excuser, ou demander aucune instruction, dame Daeia toujours furieuse, monte les escaliers quatre marches par quatre. Samson n'a le temps que de voir la dentelle de ses jupons voler sur ses mollets, avant que la porte des appartements de Daeia ne claque au nez de son garde du corps contrit. Seules les dames et servantes de son entourage sont autorisées à franchir la porte. Plus personne n'ose croiser son regard, et il n'ose rien demander. Seul dans le couloir, il réfléchi, qu'attend donc la dame de lui? En son cœur il croit le sentir. Ce n'est pas facile d'être un phénomène, d'être hors norme, d'être un demi-ogre parmi les hommes. Sans doute croyait-elle qu'il saurait se comporter comme elle l'attendait. Il n'a pas été à la hauteur, pourtant servir c'est toute sa vie, depuis toujours il a servi dans une auberge. Les attributions d'un garde du corps relèvent-elles aussi du garçon d'auberge? Cela ne lui semble pas si idiot. La dame a besoin d'une personne qui la comprenne et anticipe ses besoins et désirs, en plus d'un bouclier. Une personne de confiance, qui puisse décourager ses ennemis. Samson soupire, c'est mal parti, il a gravement compromis son capital confiance. Il va falloir rattraper sa bévue. Il est décidé à ne pas quitter la porte de sa chambre. Les servantes entrent et sortent, et il entend leur pépiement de l'autre coté de la porte. Il sait qu'on parle de lui, car aucune ne supporte son regard en sortant. Des seaux d'eau chaude pour un bain, et un repas, sont servis à Daeia, mais rien pour lui, et toujours aucun ordre ou aucune instruction. Il sait que la dame lui en veut, et le puni de la sorte. Il est décidé à endurer la vexation, et passer le test. La nuit tombe, il se fait monter un broc d'eau par un jeune page. Décidé, il se couche en travers de la porte, s'il s'endort, personne ne pourra la franchir sans le réveiller. Mais le sommeil ne vient pas, toute la nuit il réfléchi à son rôle. La maison de Daeia grouille de larbins, ce n'est pas de cela dont elle a besoin. Elle aurait tout aussi bien pu choisir un garde du corps highlander. Peut-être l'a-t-elle fait, peut-être a-t-elle été déçue, comme il vient de la décevoir. Pourtant elle ne dit rien, elle ne demande rien, n'exige rien. Elle a juste demandé qu'il soit formé. L'a-t-il bien été? A n'en pas douter, quand il réfléchit aux prescriptions de ses précepteurs et entraineurs, rien ne manque. De sa maisonnée, elle exige. Dans sa maison, elle ordonne. Elle pourrait le châtier, ce serait son droit. Elle passe sa colère sur les autres. Elle ne le considère pas comme les autres. Évidemment, il n'est qu'un pauvre paysan demi-ogre pour elle. L'aube se lève. C'est décidé, il sera plus que son valet, plus que son garde du corps, son ombre. L'odeur du pain chaud et d'une soupe fumante le fait se redresser. Deux jeunes servantes, ahuries de le voir devant la porte de la dame, débouchent des escaliers chacune portant un plateau. Sa mine est à faire peur car les deux n'osent pas avancer. Il décide dès cet instant de jouer son rôle à fond. Il barre la route aux deux jeunes filles et les questionne, pour connaître leur nom, leur parenté, leur attribution, les habitudes de la dame. A l'issue de cet interrogatoire serré, la soupe est froide, il les renvoi en cherche de la chaude, ainsi que de quoi se restaurer lui même. La dame est éveillée, il devine ses pas sur le tapis de la chambre. Quand les filles reviennent, elles trépignent d'impatience, mais il ne les laisse passer qu'après les avoir reconnues, et vérifié leur plateau. Le ton monte dans la chambre, les servantes subissent la colère de la dame, qui leur reproche leur retard. Elles accusent le demi-ogre, ce qui ne fait que décupler l'ire de Daeia. La porte claque derrière les filles, qui filent en pleurnichant. Un palefrenier monte son repas à Samson, il le dépose et tente de s'esquiver rapidement. Mais le pauvre est intercepté, et doit rendre des comptes, tout y passe de son pédigrée, à son emploi. Il est renvoyé avec un plateau froid, sa place est aux écuries. Samson exige qu'un valet ou une servante lui monte son repas, du personnel de maison, pas de basse-cour. La colère froide du demi-ogre, le dispute à celle tempétueuse de la dame. Le couloir devient une zone de terreur pour toute la mesnie. Un nouvel ordre s'installe.
Quand la dame quitte ses appartements, Samson connait tout du programme de sa journée. Toute chose qui entre ou sort de l'endroit, lui est connue. C'est en toute discrétion qu'il lui emboîte le pas, discrétion facilitée par le fait que Daeia fait comme s'il n'existait pas.
Dans la grande cour, deux montures sont sellées. Un horrible escabeau porté par deux palefreniers, est placé prés du cheval de guerre breton. Cela n'est pas de son goût, et il tire sur sa longe pour s'en écarter. Samson observe Daeia, et voit ses yeux se plisser, signe avant coureur d'une crise. Le demi-ogre prend les devants, et chasse les deux palefreniers, puis se débarrasse de l'encombrant escabeau d'un coup de pied. Les planches volent en éclats contre un mur de pierre. La cour se vide des personnes qui n'ont rien à y faire, les rideaux tremblent aux fenêtres. Samson se place contre le cheval, et incline légèrement la tête en direction de la dame. Daeia approche prudemment, mais recule prestement quand le maître d'arme fait mine de la saisir par la taille. Ses yeux lancent des éclairs, Samson n'évite pas son regard, mais s'incline et prononce des excuses à voix haute. Il aurait dû songer qu'on ne porte pas la main sur la maîtresse de maison. Il entrelace ses doigts et lui présente ses mains à la façon d'un marche-pied. Comme une plume, la magicienne glisse une jambe sur la selle amazone, et étale sa robe sur le flanc de sa monture. D'un claquement de langue, elle est déjà au trot sur la route. Samson bondit en selle et talonne son bourrin, à la poursuite d'un feu-follet.
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PostSubject: épisode 38   Tue 8 May 2012 - 14:31

Samson ne rattrape Daeia qu'aux portes de Caer Eden. A sa vue, il ralenti, ménageant sa monture. La dame manifeste son impatience, en tournant sur place. Le demi-ogre démonte à quelques pas, et s'approche de sa maîtresse. C'est ainsi qu'elle réalise qu'elle ne pourra pas éviter qu'il la saisisse par la taille, si elle veut démonter décemment. Peu encline à accepter cette augure, elle excite sa bête, jusqu'à lui faire arracher des mottes de terre en partant. Le garde du corps hausse les épaules, et remonte tranquillement en selle, la suivant à distance, attendant son bon vouloir. Une heure de tergiversation par monts et par vaux, sont nécessaires pour calmer la dame, et lui faire accepter l'inéluctable. Elle ne peut demeurer à cheval indéfiniment. Samson respecte son mutisme, et se tient à l'écart, attendant le moment qu'elle aura choisi. De retour aux portes de la ville, il entrave les bêtes, avant de se tourner vers Daeia. La dame fait mine de regarder ailleurs, quand il tend les bras vers elle et la saisi. Pour garder une forme de contrôle, elle pose les mains sur ses épaules larges. Il sent la chaleur de son corps au travers du tissus fin. Délicatement, il la dépose au sol. Leur regard se croise le temps d'un éclair. Il n'y lit pas ce qu'il croyait y trouver. Nul ne saurait dire lequel des deux est le plus gêné. Daeia se libère d'un coup de hanche, et franchi les portes de la ville. Samson dans son sillage, les yeux sur ses courbes avantageuses.
La première visite est pour l'armurier. La grande forge crache des flammes, les coups de marteau saluent l'entrée des deux demi-ogres. Samson apprécie l'odeur du métal chaud, il ne se sent pas déplacé au milieu des hommes en tablier de cuir. Daeia le laisse dans l'atelier tandis que le maître forgeron la reçoit. Les jeunes apprentis n'ont d'yeux que pour le champion. Il remplace un jeune garçon à la meule, il fait tourner la lourde pierre abrasive tandis qu'un autre tire des étincelles de l'épée qu'il affute. L'apprenti s'applique et explique tout son art, à un auditoire attentif. Les gamins sont ravis. Un compagnon interrompt Samson pour l'aviser que sa présence est requise chez le maître. Le garde du corps quitte l'atelier, traverse une cour, et retrouve Daeia dans un salon où trône sur un portant, la plus grande armure qu'il ait jamais vu. Elle dégage une présence, comme une personne à part entière. Elle est noire comme l'enfer, et crache des reflets de feu à la lueur des torches. Le heaume en forme d'obus ne laisse deviner aucun jour pour le regard, pourtant l'armure semble le toiser. Il ne serait pas étonné de la voir s'animer pour se poster derrière Daeia, et le congédier sur le champ. La conception de l'armure est d'une grande simplicité, il n'y a aucune fioriture. Ce sont ses dimensions qui impressionnent, et surtout sa teinte qui semble magnifier toute source de lumière au cœur d'un néant insondable. Le maître forgeron entre dans la pièce suivi de deux couturières, elles posent sur la table, une tenue matelassée de couleur identique à l'armure. Samson comprend qu'il va devoir tout essayer, un frissonnement d'excitation le parcourt. Il n'était qu'un garçon d'auberge qui jouait au maître d'arme, quand il aura enfilé cette armure, son armure, il sera définitivement et à jamais un guerrier. Il commence à se dévêtir, s'attendant à ce que les dames quittent la pièce. Au contraire, Daeia ne bronche pas, et les petites mains viennent l'assister, comme s'il était indécent qu'un homme se dévête seul. Gêné, Samson se laisse faire, il défie l'armure du regard tandis que ses vêtements tombent, tous ses vêtements. Il est nu. Les filles s'affairent sur la table pour préparer les pièces qu'elles vont lui passer. Samson croise le regard de Daeia, elle est cramoisie, elle le regardait. La magicienne embarrassée, se recompose une attitude furieuse. Samson soupire, qu'a-t-il bien pu faire encore? Les couturières le rhabillent, lentement, piquant des aiguilles dans le tissus pour marquer les retouches à faire. Fait-on des retouches sur une armure? Samson se demande quelle genre d'aiguille on peut bien y enfoncer. Il n'est pas si loin de la vérité, mais c'est avec les sangles qu'on ajuste la plaque, et quelques traits de craie blanche, marquent les endroits où il faudra cintrer ou redresser la tôle. Complètement harnaché, on lui laisse enfin de l'air. Son souffle résonne sous le heaume. Le salon lui apparaît au travers de minces lignes fendant le métal, plus sombre mais parfaitement net. Le silence l'inquiète, plus personne n'ose parler. Il dévisage une à une les personnes présentent dans la pièce. Les filles ouvrent de grands yeux impressionnés. Le maître forgeron jubile. Daeia se lève, décontenancée. Quel spectacle offre-t-il donc? Avisant son épée au fourreau posée sur la table, il traverse la pièce pour s'en saisir. L'effort est aisé, les mouvements sont fluides, le poids de l'armure lui convient. L'épée en main, il fait un pas vers sa maîtresse. Une hésitation dans sa voix, l'intrigue.
- Elle... Elle est déjà enchantée?
Le maître forgeron, à qui la question s'adresse, lui répond, très surpris.
- Non madame, je ne me serais pas permis. Du reste c'est en dehors de mes compétences.
- Pourtant on jurerait...
- Ce n'est qu'un effet d'optique, assez réussi ma foi.
- Je suis très... satisfaite. Sire Samson, vos impressions?
Sire Samson... L'intéressé se sent pousser des ailes. S'entendre appeler ainsi par une si grande dame, alors qu'il porte une armure magnifique, emplit sa conscience de son nouvel état. Avant que de donner un avis plus tranché, Samson veut faire des tests. Il effectue, rotations et génuflexions, lentes puis rapides. Le salon s'avère vite trop petit, il est conduit dans la cour, où toute la maisonnée peut admirer les courses du géant. Samson pris par ses essais, ne voit pas le saisissement qui s'empare des spectateurs. De retour au salon, Samson ajoute quelques coups de craie, et avoue sa grande joie de porter cette armure. Daeia regagne le salon et pose une bourse de cuir sur la table. Le maître forgeron s'incline très bas, et raccompagne la dame à la porte. Samson fronce les sourcils, et entreprend de se dessangler seul.
- Vous partez?
- J'ai à faire, et j'ai déjà assez perdu de temps.
- Vous ne pouvez sortir seule, attendez-moi.
- Je n'ai pas besoin de vous, prenez votre temps ici, l'armure doit être prête quand je repasserai.
La dame sort, laissant le demi-ogre perplexe. Sourcilleux de ses devoirs et attributions, il ne veut pas la laisser filer sans lui. Les petites mains l'empêche de la suivre dans la rue. A regret, il renonce, il a la sensation que la dame le fuit, mais il ne peut partir sans avoir retiré l'armure qui doit encore être préparée. Il est épluché soigneusement. La dame absente, les filles se montrent plus enthousiastes, et volubiles. Elles sourient et lui posent des questions, tout en papillonnant autour de lui. Elles lui donnent du sire, et s'extasient sur ses cicatrices. Il se rhabille pendant qu'elles entament leurs menus travaux, et que l'on entend dans la forge des coups de maillet enveloppé de cuir. Samson patiente en observant les travailleurs à l'œuvre.

L'armure prête est déjà en route pour le manoir, que Daeia n'est toujours pas revenue. Le maître d'arme s'inquiète, il n'ose pas quitter la forge. Il donne une piécette à un apprenti pour aller voir les chevaux à l'écurie. Celui de Daeia est absent, la moutarde monte au nez du demi-ogre, elle l'a abandonné sans rien lui dire. Vexé, il décide de prendre son temps, il entre dans une taverne et vide quelques chopes en compagnie d'inconnus sympathiques, et titubants. La nuit tombe quand il rentre, la monture de Daeia est dans sa stalle. Samson regarde d'un œil noir l'escabeau de bois rafistolé.
Gwynn le majordome ne lui pose aucune question, mais l'informe que son repas est servi dans la grande salle. La colère de Samson se calme un peu.
- La dame m'attend?
- Dame Daeia a déjà mangé, elle travaille dans sa chambre.
- Elle travaille?
- Votre armure s'y trouve aussi, elle l'y a fait monter pour procéder à son enchantement.
Samson ne se doutait pas que la magicienne pouvait enchanter des objets. Il trouve son armure parfaite, comment peut-elle être améliorée? Une grande lassitude s'empare de lui, la journée à été longue, et il n'a pas dormi la nuit précédente.
Il commande qu'on lui apporte des couvertures devant la porte de la chambre de Daeia. Une odeur et une mélopée étranges, filtrent par les interstices de la porte. Signes que la magicienne est encore à l'œuvre. La curiosité du maitre d'arme, n'est pas suffisante pour l'empêcher de sombrer dans un sommeil bercé par la voix de la magicienne.
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PostSubject: épisode 39   Tue 8 May 2012 - 14:40

Samson rêve de batailles bleues, de musiques fauves, de chocs engourdis, et d'odeurs assourdissantes. Tout fini, tout commence, la mort, la vie, tout se mêle. Du chaos une main surgi, celle d'un enfant, d'un vieillard.
- Pardonne lui!
Lui dit une voix du demi peuple.
Un petit garçon demi-ogre joue avec un chaton, sous le regard d'une petite fille nécrite. L'âme du chaton le quitte. Une armée demi-ogre chante le Daul sur un champ de bataille breton. La terre tremble, et le feu se répand dans la plaine. La maleverte aspire la vie d'un ataman du peuple.

Samson ne sait s'il dort encore, mais la porte de Daeia est ouverte. Une jambe nue se pose devant son visage. Le garde du corps fauche l'intrus brutalement. Daeia, en courte chemise de nuit s'effondre dans un cri. Samson, reçoit la demi-ogresse sur la tête. Catastrophe pense-t-il. D'un bond, il est sur ses pieds, Daeia se recroqueville dans le couloir, en tirant sur son léger vêtement. Samson est rouge de confusion. Tant par l'incident qu'il vient de provoquer, que par le spectacle que lui offre la demi-ogresse. Les cheveux défaits, caressants ses épaules nues, les jambes repliées sous elle, même sa mine furieuse ne peut nier sa beauté sauvage. Aucune excuse ne pourrait calmer la dame, mais il lâche quand même un penaud.
- Veuillez me pardonner.
Daeia reste muette, et refuse la main tendue pour l'aider à se relever. C'est la nuit noire, mais le bruit a éveillé du monde. Un bonnet de nuit timide, se risque dans l'escalier. Daeia se lève et cache la légèreté de sa tenue derrière la masse de son garde du corps. Le bonnet de nuit ne sait quelle contenance prendre, des chuchotements derrière lui semblent le presser. La dame reprend le dessus.
- J'ai faim, faites moi monter un repas froid et du vin, sire Samson me le servira lui même.
Le bonnet de nuit disparaît, dans une multitude de piétinements discrets, et d'ordres chuchotés. La porte claque derrière Daeia, laissant Samson sur le pallier. Le garde du corps se demande encore s'il rêve ou non. Sa maîtresse essayait-elle de sortir ou d'entrer? A-t-elle l'habitude de s'éclipser la nuit?Il essaye d'oublier l'image de la chute de la jeune femme, le fin tissus de sa chemise de nuit, et la douceur de ses jambes.
En quelques minutes un plateau lui est monté, le bonnet de nuit s'incline et disparaît dans la nuit. La situation lui rappelle l'auberge, ses années de servitude, au milieu des avaloniens arrogants. Samson a du mal à se composer un masque de sérénité en franchissant la porte.
Daeia s'est noué les cheveux sur le haut de la nuque, elle est assise à sa table de travail qui est encombrée de cornus, bocaux et fioles diverses. D'un signe elle intime à Samson l'ordre d'attendre, le temps qu'elle fasse de la place pour le plateau. Daeia range soigneusement son matériel, elle n'aurait laissé ce soin à personne d'autre, ce n'est pas une faveur qu'elle lui fait. Le garde du corps en profite pour regarder l'armure sur son portant. De grosses gemmes ont été serties sur chacune des pièces, ainsi que sur le bouclier et l'épée. Samson pose le plateau sur la table et s'incline avant de faire demi-tour. Daeia le retient.
- Reste là.
Samson s'immobilise, et se tourne vers elle, attendant ses instructions. La magicienne semble réfléchir en grignotant, la bretelle de sa chemise de nuit tombe sur son bras. Daeia lève son gobelet vide sans lui adresser un regard.
- Du vin!
La mâchoire de Samson se crispe. Un larbin en armure, c'est de cela dont-elle a besoin? Après une seconde d'hésitation, il prend le pichet, et verse un fond dans le gobelet. Est-ce une esquisse de sourire qu'il aperçoit sur ses lèvres? La dame fixe l'armure, en goutant le vin. Samson ne s'est jamais trouvé seul dans la chambre d'une dame. Il a bien fréquenté des prostituées, mais rien de comparable. Les idées qui lui viennent, le font rougir de honte. Il espère que Daeia n'entende pas la cavalcade de son cœur. Elle tend son gobelet, Samson se penche pour la servir. Il ferme les yeux en respirant le parfum de la jeune femme. Il recule d'un pas, de peur de révéler son trouble. Daeia ajoute quelques épices, et de l'eau dans son gobelet. Pendant qu'elle mélange le tout, elle intime au maître d'arme.
- Déshabillez-vous.
Samson comprend qu'elle veut qu'il essaye l'armure. Curieux de voir, les améliorations qu'elle lui a apporté, il ne se fait pas prier. Elle ne lui a pas adressé un regard, il n'est pas trop gêné de faire tomber ses vêtements.
- Non!
Le ton péremptoire de Daeia l'interrompt juste avant qu'il ne tende la main vers la tenue matelassée noire. Saisi, Samson se tourne vers Daeia. Elle le regarde. Elle le détaille de la tête aux pieds, en sirotant son verre de vin épicé. Samson ouvre de grands yeux ronds, et cache sa virilité derrière ses mains. Daeia affiche un demi sourire.
- Tournez-vous.
Décontenancé, le demi-ogre s'exécute, il essaye de faire le vide dans sa tête. Rien n'y fait, les idées se percutent sous son crâne. Que regarde-t-elle? Ses cicatrices? Sa Musculature? Son cul?
- Tournez-vous encore, ôtez vos mains.
Ou veut-elle en venir? Est-ce un défi? Une punition? Une mise à l'épreuve? Teste-t-elle ses limites? Samson n'imagine pas une seconde que son intérêt puisse être bassement charnel. Sa façon de faire, sa brutalité mentale, lui rappelle cependant la brutalité physique des avaloniens. S'il n'était encore que Samson le garçon d'auberge, il aurait immédiatement désobéi, et aurait enfilé ses chausses sur le champ. Mais il est Samson le maître d'arme, le garde du corps de dame Daeia. Il ne connaît pas cette dame, mais maintenant leurs destins sont liés. Il est a son service, elle l'a choisi. Il décide de lui montrer sa fidélité, et sa confiance.
Samson se tourne vers Daeia sans rien lui cacher de sa personne. Le temps semble suspendu, Samson retient son souffle. Leurs regards se croisent, Il ne peut le soutenir. Il cherche à fixer un autre point, son décolleté, non! Ses jambes, fichtre non! Il ferme les yeux, les rouvre aussitôt. Trahi par son corps! Son désir pour elle grandi a vue d'œil. Il n'a pas trop de ses deux mains pour masquer son érection.
Daeia sourit avec suffisance.
- Ôte tes mains!
La confiance oui! La soumission non! C'en est trop! Samson ne s'exécute pas.
- Vous en avez assez vu.
Le ton est calme. Daeia pose son verre, mécontente. Elle fixe de nouveau l'armure.
- Va-t-en!
Le ton est sec et sans appel, il est congédié comme un valet. Comment une demi-ogresse peut-elle être aussi arrogante?! Le choc de cette découverte est grand pour Samson. Jamais il ne pourra servir ce genre de personne, une explication s'impose. Il s'approche de la dame, qui se lève furieuse de le voir désobéir.
- Pour qui vous prenez-vous?
- Va-t-en, j'ai dis!
Daeia gifle Samson.
Le maître d'arme s'apprête à lui rendre sa gifle. Jamais il n'a levé la main sur une femme. Jamais il ne le fera. A la dernière seconde sa main se referme sur sa chemise de nuit, il la lui arrache d'un geste ferme. Un voile de peur semble avoir flotté dans le regard de la demi-ogresse, le temps que le bras de Samson s'arme, c'est maintenant la surprise qui cède la place à la colère. La chemise git aux pieds de la magicienne. Samson intercepte le bras de la dame, avant qu'une autre gifle ne retentisse. Leur peau, leurs corps se touchent. Rebelle, Daeia veut se dégager, Samson la saisi à bras le corps. Jamais un magicien ne doit laisser approcher un guerrier aussi prés. Prisonnière des bras du géant, elle gigote encore vaguement avant de l'embrasser avec fougue. Samson lui rend son baiser sans desserrer son étreinte. Il la soulève du sol, et la couche sur le lit tout proche. Ils roulent dans les draps défaits. Ils se cherchent, se trouvent. Samson embrasse les seins lourds, offerts. La main de Daeia se ferme sur le sexe de Samson, le dirige entre ses cuisses. Le désir supplante toute autre pensée. Daeia enfoui son visage dans le cou de Samson. Ils sont deux corps vibrants à l'unisson. Il la pénètre doucement sans rencontrer de résistance. Leurs ébats sauvages font grincer le lit en bois massif. C'est la première fois que Samson sent une femme aussi vivante entre ses bras. Ses baisers, ses regards, ses coups de reins sont autant de messages d'amour. Alors qu'il est sur le point d'exploser, il tente de se retirer pour se répandre sur son ventre, comme les filles du bordel lui ont appris, mais Daeia l'enserre entre ses cuisses, elle ne veut pas le lâcher. C'est ensemble qu'ils jouissent dans un feulement rauque de tigres satisfaits.

épisode 39 alternatif

Samson rêve de batailles bleues, de musiques fauves, de chocs engourdis, et d'odeurs assourdissantes. Tout fini, tout commence, la mort, la vie, tout se mêle. Du chaos une main surgi, celle d'un enfant, d'un vieillard.

- Pardonne lui!

Lui dit une voix du demi peuple.
Un petit garçon demi-ogre joue avec un chaton, sous le regard d'une petite fille nécrite. L'âme du chaton s'envole. Une armée demi-ogre chante le Daul sur un champ de bataille breton. La terre tremble, et le feu se répand dans la plaine. La maleverte aspire la vie d'un ataman du peuple.
Samson ne sait s'il dort encore, mais la porte de Daeia est ouverte. C'est ce qui a du le réveiller. Le grincement, le déplacement d'air peut-être, Samson cligne des yeux fortement plusieurs fois pour être sûr de ne plus rêver. Une jambe nue se pose devant son visage. Essaye-t-elle d'entrer, de sortir? A qui appartient-elle? Un signal d'alarme hurle dans son crâne. Le garde du corps fauche l'intrus brutalement.

Daeia, s'effondre dans un cri. Sa courte chemise de nuit ne masque rien aux yeux de son garde du corps. Samson, reçoit la demi-ogresse sur la tête. Catastrophe pense-t-il. D'un bond, il est sur ses pieds, Daeia se recroqueville dans le couloir, en tirant sur son léger vêtement. Samson est rouge de confusion. Tant par l'incident qu'il vient de provoquer, que par le spectacle que lui offre la demi-ogresse. Les cheveux défaits, sur ses épaules nues, les jambes repliées sous elle, même sa mine furieuse ne peut nier sa beauté sauvage. Aucune excuse ne pourrait calmer la dame, mais il lâche quand même un penaud.

- Veuillez me pardonner.

Daeia reste muette, et refuse la main tendue pour l'aider à se relever. C'est la nuit noire, mais le cri a éveillé du monde. Un bonnet de nuit timide, se risque dans l'escalier. Daeia, horripilée, se lève, et cache la légèreté de sa tenue derrière la masse de son garde du corps. Le bonnet de nuit ne sait quelle contenance prendre, des chuchotements derrière lui, semblent le presser. La dame reprend le dessus.
- J'ai faim, faites moi monter un repas froid, et du vin, sire Samson me le servira lui même.
Le bonnet de nuit disparaît, dans une multitude de piétinements discrets, et d'ordres chuchotés. La porte claque derrière Daeia, laissant Samson sur le pallier. Le garde du corps se demande encore s'il rêve ou non. Sa maîtresse essayait-elle de sortir ou d'entrer? A-t-elle l'habitude de s'éclipser la nuit?Il essaye d'oublier l'image de la chute de la jeune femme, le fin tissus de sa chemise de nuit, et la beauté de ses jambes...

En quelques minutes un plateau lui est monté, le bonnet de nuit s'incline, et disparaît dans l'escalier. La situation lui rappelle l'auberge, ses années de servitude, au milieu d'avaloniens arrogants. Samson se compose difficilement un masque de sérénité en franchissant la porte.
Daeia s'est noué les cheveux sur le haut de la nuque, elle est assise à sa table de travail encombrée de cornus, bocaux et fioles diverses. D'un signe elle intime à Samson l'ordre d'attendre, le temps qu'elle fasse de la place pour le plateau. Daeia range soigneusement son matériel, elle n'aurait laissé ce soin à personne d'autre. Ce n'est pas une faveur qu'elle lui fait. Pour détacher le regard des courbes de sa maîtresse, le garde du corps se force à regarder l'armure sur son portant. De grosses gemmes ont été serties sur chacune des pièces, ainsi que sur le bouclier, et l'épée. Samson pose le plateau sur la table, et s'incline avant de faire demi-tour. Daeia le retient.

- Reste là.

Samson s'immobilise, et se tourne vers elle, attendant ses instructions. La magicienne semble réfléchir en grignotant une pomme. La bretelle de sa chemise de nuit tombe sur son bras. Dans son souvenir, aucune dame digne de ce nom, n'aurait reçu quiconque, dans une tenue si légère. Daeia lève son gobelet sans lui adresser un regard.

- Du vin!

La mâchoire de Samson se crispe. Un larbin en armure, c'est de cela dont-elle a besoin? Après une seconde d'hésitation, il prend le pichet, et verse un fond dans le gobelet. Est-ce une esquisse de sourire qu'il aperçoit sur ses lèvres? La dame fixe l'armure, en goûtant le vin. Samson ne s'est jamais trouvé seul dans la chambre d'une dame. Il a bien fréquenté des prostituées, mais il ne se sent pas du tout armé pour affronter la situation. Daeia est diablement belle, et attirante. Les idées qui lui viennent, le font rougir de honte. Il espère qu'elle n'entende pas la cavalcade de son cœur. Elle tend la main, Samson se penche pour la servir. Le parfum entêtant de la jeune femme, lui empli les narines, et le contraint à fermer les yeux. Il recule d'un pas, de peur de révéler son trouble. Daeia ajoute quelques épices, et de l'eau dans son gobelet. Pendant qu'elle mélange le tout, elle intime au maître d'arme.

- Déshabille-toi.

Samson croit comprendre qu'elle veut qu'il essaye l'armure. Curieux de voir, les améliorations qu'elle lui a apporté, il ne se fait pas prier. Elle ne lui a pas adressé un regard, il n'est pas trop gêné de faire tomber ses vêtements.

- Non!

Le ton péremptoire de Daeia l'interrompt juste avant qu'il ne tende la main vers la tenue matelassée noire. Saisi, Samson se tourne vers Daeia. Elle le regarde. Elle le détaille de la tête aux pieds, en sirotant son verre de vin épicé. Samson ouvre de grands yeux ronds, et cache sa virilité derrière ses mains. Daeia affiche un demi sourire.

- Tourne-toi.

Décontenancé, le demi-ogre s'exécute, il essaye de faire le vide dans sa tête. Rien n'y fait, les idées se percutent sous son crâne. Que regarde-t-elle? Ses cicatrices? Sa Musculature? Son cul?

- Tournez-toi encore.

Il s'exécute.

- Ôte tes mains.

Ou veut-elle en venir? Est-ce un défi? Une punition? Une mise à l'épreuve? Teste-t-elle ses limites? Samson n'imagine pas une seconde que son intérêt puisse être bassement charnel. Sa façon de faire, sa brutalité mentale, lui rappelle cependant la brutalité physique des avaloniens. S'il n'était encore que Samson le garçon d'auberge, il aurait immédiatement désobéi, et aurait enfilé ses chausses sur le champ. Mais il est Samson le maître d'arme, le garde du corps de dame Daeia. Il ne connaît pas cette dame, mais maintenant leurs destins sont liés. Il est à son service, elle l'a choisi, elle est sa maîtresse, elle est sa chance. Il décide de lui montrer sa fidélité, et sa confiance.
Samson se tourne vers Daeia sans rien lui cacher de sa personne. Le temps semble suspendu, Samson retient son souffle. Leurs regards se croisent, Il ne peut le soutenir. Il cherche à fixer un autre point, son décolleté, non! Ses jambes, fichtre non! Il ferme les yeux, les rouvre aussitôt. Trahi par son corps! Son désir pour elle grandi à vue d'œil. Il n'a pas trop de ses deux mains pour masquer son érection.
Daeia sourit avec suffisance.

- Ôte tes mains!

La confiance oui! La soumission non! C'en est trop! Il est au bord de la rupture. Mais Samson s'exécute, il est plus facile d'obéir, et de faire confiance. Il dévoile son sexe dressé aux yeux de Daeia. Son regard la défie. Il ne baissera pas les yeux le premier. Si elle veut voir sa bite, grand bien lui fasse. Que croit-elle? Qu'il est encore un gosse pudique? Non, il veut lui montrer qu'il est un homme, qu'il est fier, et que la situation ne l’embarrasse pas.

Daeia n'en a cure, sans se douter même du débat intérieur de Samson, elle s'approche de lui, le regard rivé dans le sien. L'assurance de Samson fond comme neige au soleil. Il sursaute quand la dame lui empoigne rudement le sexe. D'une torsion des hanches, il veut s'esquiver. Daeia le rappelle à l'ordre d'une voix douce.

- Ne bouge pas, laisse moi faire.

Samson est tétanisé. Comment a-t-il pu en arriver là? Daeia tient sa queue dans la main. Il ne sait s'il doit s'en réjouir, ou en avoir honte. La main douce, et chaude l'enserre fermement. Ses yeux ne quittent pas les siens, une étincelle y brille. Son intention n'est pas de le jauger... comme il l'a cru initialement. Le contact s'attarde, devient sans ambiguïté. Un profond soupire révèle le plaisir qu'il y prend. Un sursaut d'orgueil le saisi. Est-il tombé si bas pour accepter cette humiliation d'une inconnue? Être Reconnu, être salué, mérite-t-il ce sacrifice? Il veut tout arrêter, partir, s'enfuir. Tant pis s'il doit perdre la face. Il imagine reprendre son libre arbitre. Son être se révolte. Son corps le trahi. Rien n'y fait, il s'abandonne dans la main de la jeune femme. Il se laisse faire, vaincu. Il baisse les yeux, il baisse la tête. Il s'appuie contre Daeia. Les caresses de la jeune femme deviennent plus vigoureuses. Samson passe les bras autour de son cou, et perd son visage dans ses cheveux. Son souffle devient rapide, et bruyant. Pendant quelques secondes, elle s'interrompt. Sa main est douloureuse, elle veut juste en changer. C'est lui même qui referme la prise sur son membre. Il la serre contre lui, goûtant le sel de sa peau. Il est sous son emprise. Ses rugissements rauques ne laissent aucun doute quant à l'issue imminente. Il voudrait l’entraîner au lit, la culbuter, la posséder. Elle est intraitable, elle le maintient debout, à sa main. Samson se crispe, se tend vers le ciel. Le plaisir monte en lui, Daeia accentue son effort, consciente de l'état du demi-ogre, elle se met de coté, pour ne pas être souillée. La jouissance vient, en longues saccades chaude. Samson ne touche plus terre, pendant quelques secondes. Il perd toute sensation, hormis celle du plaisir. Les caresses se font plus lentes, plus douces. Il reprend pied tout doucement, cligne des yeux, se demande ou il se trouve. Daeia est là, penchée devant lui, concentrée sur la fiole de verre, qu'elle fini de remplir avec la semence de son amant.

Samson n'en croit pas ses yeux. Par réflexe, il tente de s'emparer de la fiole. Plus vive, la thaumaturge la met hors de sa portée. Il s'est fait traire comme une vache. Il se sent avili, trahi.

- Quelle est cette diablerie?

- Ce n'est rien, tu vois bien, ce n'était pas si désagréable.

Samson est furieux.

- C'est de mon fluide vital dont vous vous emparez par ruse!

- Par ruse? T'ai-je entendu te plaindre? Il y a quelques secondes encore, tu ne demandai pas mieux que je te vide les couilles. Pour rien au monde tu n'aurais voulu que j'arrête.

- Vous m'auriez demandé mon avis, vous n'auriez rien eu!

- C'est bien pour cela que je me suis servie moi-même. Cette fiole contient le fruit de mon travail, il est autant à toi qu'a moi. Va-t-en maintenant, je n'ai plus besoin de toi.

Interloqué devant tant de muflerie, Samson écarte les mains d'impuissance.

- Qu'allez-vous en faire?

- Que tu es naïf, que peut bien faire une femme avec cela?

Devant tant de mépris, la colère du demi-ogre est à son comble. Il à subi une humiliation, maintenant il s'estime floué, volé.

- Rendez-moi ça.

La voix grondante augure la tempête. Samson toise Daeia de toute sa force brutale. Peu impressionnée, la jeune femme cache la fiole dans son dos. Elle intime, un demi-sourire aux lèvres.

- Va-t-en, je n'ai pas pour habitude de me répéter.

Samson marche sur Daeia. Furieuse de se voir désobéi, elle gifle son garde du corps. Le maître d'arme s'apprête à lui rendre sa gifle. Jamais il n'a levé la main sur une femme. Daeia lève un bras pour se protéger le visage. A l'ultime seconde, la main se referme sur sa chemise de nuit. Il la lui arrache d'un geste ferme. Un voile de peur semble avoir flotté dans le regard de la demi-ogresse. Le temps que le bras de Samson s'arme. C'est la surprise, qui cède la place à la colère. Samson intercepte le bras de la dame, avant qu'une autre gifle ne retentisse. Il la tient fermement par le poignet. Leur peau, leurs corps se touchent. Rebelle, Daeia veut se dégager, Samson la saisi à bras le corps. Jamais un magicien ne doit laisser approcher un guerrier aussi prés. Prisonnière des bras du géant, elle est traînée jusqu'au lit par une poigne de fer. La fiole lui est arrachée des mains, jetée dans l'âtre de la cheminée. Les éclats de verre ne sont pas encore retombés, qu'elle est plaquée, face contre oreiller sur le grand lit. Le poids seul du maître d'arme suffit à l'empêcher de fuir. Il force une jambe entre les siennes, pour les maintenir écartées, plaque une main entre ses cuisses, caresse la toison qu'il avait entrevu, s'attarde sur ses lèvres, cherche son clitoris. Daeia honteusement fouillée, lâche un cri, et tente de se libérer. Ses soubresauts ne font que raffermir l'emprise du soldat sur son corps.
Samson se penche sur son oreille, et l'interroge durement.

- Ça fait quoi? Ça fait quoi d'être considérée comme une chose? Comme un objet dont on se sert?

- Tu étais d'accord!

- Je n'étais pas d'accord. Tu ne m'a rien demandé. Tu as abusé de ma bonne foi.

- Lâche moi, ou je crie, j'appelle à l'aide!

- Crie autant que tu veux.

Samson, sans égards, enfonce la tête de Daeia dans l'oreiller, étouffant sa révolte. La jeune femme hurle sans effet, et se débat sans espoir. Les doigts du maître d'arme s’insinuent entre les lèvres de sa captive. Elle cesse de gigoter, quand il atteint une zone humide. Il explore l'endroit, le provoque. Le corps de Daeia se tend, comme un refus. Samson se rappelle comment elle l'a traité. Il introduit un doigt dans sa moiteur. Le corps redouble de soubresauts rageurs, les protestations meurent, étouffées.

- Je te rend la monnaie de ta pièce.

- ...
Samson arrache les lambeaux de la chemise de nuit, dévoilant le cul de la demi-ogresse. Une claque, vient rougir l'une des fesses.

- Si tu bronches, ça prendra plus de temps.

- ...

L'avertissement est cuisant. Samson tire sur ses cheveux pour lui relever la tête. Il lui crache à l'oreille.

- Tu veux crier? Crie! Appelle à l'aide... Que l'on vienne! Que l'on te voit! Que l'on admire la maîtresse de maison en train de se faire baiser comme une fille de cuisine. Combien crois-tu que je pourrais tuer de tes larbins à mains-nues, avant que l'on ne me maîtrise?

Daeia se tait, fourre la tête dans l'oreiller, elle ne peut empêcher Samson de la toucher, la caresser. Elle maudit ce paysan qui la grimpe. Elle a trop joué avec le feu, elle s'en rend compte enfin, mais ne regrette rien. Elle ne regrette jamais rien. Elle voulait donner une leçon à cet imbécile qui dort devant sa porte. Voilà ou elle en est réduite. Comme toujours, elle va survivre, surmonter l'adversité. Ce gueux souffrira mille morts, elle imagine déjà une vengeance terrible. Elle sent son souffle chaud contre sa nuque, sa bite au creux de ses reins, ses doigts hardis dans son intimité. Ce frisson qui lui parcourt l'échine... Ô dieux, Ô démons... Ce vide qu'elle ressent en son ventre... Cruels que vous êtes... Non! Non! Elle ne veut pas lui offrir ça... Daeia gémit, se mord les lèvres, d'un plaisir qu'elle voudrait refouler, mais qui la submerge.

Sans vergogne, il se prend au jeu, avoir une femme en son pouvoir. Son désir pour elle, croit à nouveau. Il lui loge son sexe raide dans la raie des fesse, pour bien le lui faire sentir. Les mains de Daeia se crispent sur les draps. Il la mord dans le cou, se frotte contre elle, la saisit aux hanches. Son corps vibre sous la caresse. Ses mains explorent sa taille, ses côtes, et s'enfouissent entre les draps, pour s'emparer de ses seins. Daeia se relâche. Elle renonce. Il pourrait la prendre, là maintenant, de toute les manières imaginables. Ce n'est pas ce qu'il veut, juste lui rendre la pareil. Humiliation, et plaisir. Samson, collé de tout son long contre elle, sent le cœur de Daeia battre, son souffle court. Chaque pore de son corps ressent la vie en elle, leur transpiration se mêle. Sa main droite se fraye un chemin, entre le matelas, et le ventre, la paume passe sur le nombril, les doigts peignent la toison bouclée de son pubis. Quand il frôle le clitoris, et enfoui son doigt dans la fente humide, Daeia réagi d'un mouvement du bassin, qui ne fait que renforcer la pression de la verge du demi-ogre contre ses fesses. Daeia est coincée, plus elle bouge, plus il s'immisce en elle. Un doigt, puis deux, la paume recouvrant, et massant pubis et clitoris. Elle n'est pas vierge, qu'importe! L'eut-elle été... C'eut été pareil... Non! Non! Non!

Samson se fige. L'horreur de ses actes lui arrive en pleine face. Par colère, par désir, par les dieux seuls savent quoi, il en est venu à forcer une femme contre sa volonté. Cette femme, fut-elle la dernière des putains, fut-elle une garce qui ne rougi pas à en user de même avec les autres.
Cette femme ne mérite pas cet outrage.
La honte le saisi, il ferme les yeux. Il a agi comme une brute sans cervelle, et sans cœur... comme un avalonien! Partir, partir loin d'ici, s'enfuir, oublier ce triste épisode. Il relâche son étreinte. Daeia sort la tête de l'oreiller, la pose de côté, et reprend son souffle . Il devine son profil, tout prés de son visage. Il s'attend à un hurlement. Rien ne vient. Il sent ses cils battre, plus qu'il ne les voit. Il est aussi proche de cette femme qu'on puisse l'être. Pourtant il en est tellement éloigné, il ne la comprend pas. Sa queue est flasque quand il décolle les hanches de celles de sa captive. Elle bouge le bassin, sûrement pour extraire les doigts d'entre ses cuisses. Il la laisse faire, il ne peut l'aider, son bras est coincé sous elle. Il s'appuie sur l'autre, pour se soulever, et lui rendre un peu de liberté. Le bassin de Daeia retombe. Elle ne doit pas avoir assez de marge de manœuvre. Il se dresse sur ses genoux, pour ne plus faire peser son poids sur elle.
Le bassin de Daeia se lève, et s'affaisse encore, et encore. Elle se cambre, pour mieux frotter son pubis contre la paume, et s'empaler sur les doigts du demi-ogre.

La jeune femme prend du plaisir.

Ce constat ébranle Samson. Il était sur le point d'arriver à ses fins. Elle se dresse sur les coudes, puis les mains, se cambre pour que sa nuque rencontre l'épaule de son amant. Elle se tourne, enfoui le visage dans son cou avec de petits gémissements de plaisir. La jeune femme est toute tendue d'un désir qu'il sait volé. L'idée lui est insupportable. Aussi délicatement qu'il le peut, il se désengage, et rompt tout contact charnel. Il évite le regard de Daeia, s'assoit sur le bord du lit, et s’essuie la main dans le drap. Pendant de longues minutes, il demeure prostré. On n'entend plus que leur respiration, et quelques froissements de draps, quand Daeia décide de s'en couvrir. La sueur froide, la fait frissonner. Elle ne dit rien, observe le dos courbé du demi-ogre abattu. Pensive, elle mesure le fossé qui les sépare. Il à des scrupules... elle non... Ce paysan est plein de surprises. Elle n'ose pas s'approcher, lui mettre la main sur l'épaule, même si elle en meurt d'envie, consciente d'être à l'origine de la crise qu'ils traversent.

Le premier, Samson brise le silence.

- Veuillez me pardonner ma conduite inqualifiable, demain je serais parti.

Daeia hoche la tête, digère l'information, réfléchi, et lui répond.

- Excuses refusées, je t’interdis de partir.

Samson lui lance un œil mauvais.

- Vous ne pouvez pas m'en empêcher!

- Je me suis mal conduite, je suis la cause de tout, pourquoi devrais-tu en payer les conséquences?

Le maître d'arme secoue la tête comme s'il ne comprenait pas.

- Admettez que nous ne pouvons pas faire comme si de rien n'était! Je ne peux pas rester.

- Il nous est difficile de faire marche arrière, je le reconnais. J'ai été idiote... maintenant tu sais ce que je veux. Ne pourrions nous pas repartir d'un bon pied?

Samson, totalement perdu, se lève, et fait mine de partir. Daeia le retient par la main. Il est debout, nu. Elle est a genoux, sur le lit. Elle laisse glisser le drap le long de son corps.

- Crois tu que c'est facile d'être un demi-ogre dans un monde de highlander, et de bretons? Un monstre parmi l'humanité? Une femme parmi les hommes? Une magicienne parmi les ignorants?

Il comprend ou elle veut en venir.

- Tout ce que je possède aujourd'hui, je l'ai pris! Je l'ai pris, personne ne me l'a donné! Je l'ai pris, ou je l'ai appris. On ne m'a jamais fait de cadeaux, et je n'en fais a personne. Je ne compte que sur moi.

La tirade de Daeia évoque les femmes courageuses de la vie de Samson. La veuve Brulin, ou Yvolaine sa mère. Femmes dans un monde d'hommes, il sait combien elles doivent se battre pour survivre, pour se faire respecter. Sa propre expérience avec les avaloniens lui est douloureuse. Le fils d'Yvolaine Bones ravale sa rancœur. Pourtant...

- Ça ne te donne pas le droit de te conduire comme tu l'as fait.

- Je ne veux pas demander, je ne veux pas être redevable.

- Ça ne te donne pas le droit d'écraser les gens.

Samson recule, les bras se tendent. Daeia ne veut pas le lâcher, l'attire à elle, et pose la tête contre sa poitrine. Elle écoute battre son cœur.

- Je ne sais pas demander... Je veux que tu restes.

- Tu voudrais que je reste.

Corrige Samson. Daeia ne répond pas, elle se penche, couvre le nombril, et le ventre de Samson, de petits baisers sonores. Ses mains s'emparent des ses fesses fermes, et le maintiennent dans son giron. Il la prend par les épaules, essaye sans conviction de la faire se lever.

- Tu es plus fort que je ne pensais, tu m'as résisté.

Se moque-t-elle? Elle l'a traité pire qu'un chien. Pourtant, il la trouve changée.

- Tu étais en droit de tirer vengeance de moi.

Cet aspect de lui le dégoûte, que dirait sa mère si elle savait.

- Ce n'était pas moi, j'étais furieux.

- Même à cela tu as résisté. Tu n'as pas sacrifié ton intégrité morale. Je sais ce que je dis. Tu es très fort.

La finesse du jugement de la jeune femme le sidère. Il est terriblement gêné, quand elle enfoui son visage dans les poils de son pubis, et embrasse sa verge. D'une main, elle redresse le sexe mou, pour le porter à ses lèvres. Samson est électrisé, la chaire de poule le recouvre entièrement. Pouvait-il imaginer une telle marque d'humilité chez cette femme? A quatre pattes, elle tire sur la peau fripée du pénis pour décalotter le gland, et l'aspirer dans sa bouche. Samson ferme les yeux, et se contracte. Sous la caresse experte, son sexe se durci à vu d’œil. Elle lève les yeux vers lui, leurs regards se croisent.

- Je n'ai pas besoin de larbins, j'en ai autant que je veux. J'ai besoin d'un homme, d'un homme fort, d'un seigneur à mes côtés. Je te demande de me pardonner. Je voudrais que tu restes.

La sincérité, l'humilité de Daeia touchent Samson. Ce ne doit pas être facile pour une telle dame de prononcer ces paroles. Dans un grand soupir, il la relève. Debout sur le lit, elle est aussi grande que lui. Elle se colle contre le garde du corps, lui plante un regard fier dans les yeux. Elle n'a rien perdu de sa superbe.

- Tu émets des regrets mais tu n'as aucune honte.

- Aucune, je fais ce qui doit-être fait.

Un tendre baiser scelle cet aveu. Samson la serre dans ses bras. Il se sent son égal.

- Est-ce une autre façon de m'acheter?

- Je ne renonce pas facilement, mais tu as gagné mon respect. C'est aussi une façon d'exprimer ma colère.

- Ta colère?

- Ma colère, et ma frustration.

- Je t'ai déjà demandé ton pardon... mais je suis impardonnable...

Samson baisse la voix. Daeia sourit, lui murmure à l'oreille.

- Tu es adorable.

Samson se laisse enlacer, embrasser, sans vraiment comprendre les propos de Daeia. Elle change de ton, fronce les sourcils.

- Je suis en colère que tu m’ait résisté.

Elle prend elle même les mains de Samson pour les placer sur ses fesses.

- Je suis très en colère que tu m’ait combattue, battue.

Chaque phrase haletante, est entrecoupée de baisers de plus en plus enflammés.

- Je suis très très en colère que tu m’ait soumise, forcée.

Elle glisse une jambe entre celles du géant, et frotte son pubis contre sa cuisse.

- Je suis furieuse... furieuse d'y avoir pris du plaisir.

Samson se laisse déborder par le désir grandissant de Daeia. Ses larges mains sont impuissantes à la contenir. Elle fait une pause, pour reprendre son souffle, et lui adresser un regard de reproche.

- Enfin je suis frustrée! Frustrée, que tu m’ait laissée en plan. Tu as osé éveiller en moi, un volcan. Tu m'as laissée choir, à deux doigts du plaisir!

Deux doigts! L'évocation est trop forte, mais le tendre sourire qu'elle lui offre, dissipe l’ambiguïté qu'il sentait poindre. Dieux que cette femme est belle quand elle souri. En cette seconde, il n'est plus le valet, elle n'est plus la maîtresse. Ils sont un homme, et une femme gonflés de désirs. Doucement il la couche dans le lit, s'allonge entre ses cuisses. Ce n'est plus une lutte, mais un désir mutuel. Les caresses ne sont plus violentes. Les baisers ne sont plus volés. Les bassins sont de connivence. Les langues se mêlent. Ils vibrent à l'unisson. Essoufflé, Samson se met à genoux, la queue bien droite. Il reprend sa respiration et, écarte en un grand "V" vertical, les jambes de Daeia. La jeune femme impatiente, le veut en elle. Doucement, il se penche, la queue à la main. Le gland rouge pénètre aisément le vagin brûlant, et humide. Le bassin de Daeia amorce une danse frénétique. Ils ne forment bientôt plus qu'une masse confuse de gémissements rauques, et de corps suants entrelacés.
Elle enserre les reins de son amant entre ses cuisses refermées. Ses ongles labourent les muscles du dos du maître d'arme. Elle se détend brusquement, et hurle son orgasme aux oreilles de son amant. L'intensité du plaisir, la contraction de son périnée, entraînent à son tour Samson dans les délices charnels. Le corps embrasé, mais la tête froide, il s'arrache de sa maîtresse pour éjaculer sur le ventre de Daeia. Comme les putains lui ont appris à le faire.



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PostSubject: épisode 40   Wed 30 May 2012 - 23:40

Belouis, Kal, et les chiens, arrivent à la nuit tombée dans les faubourgs de Camelot. En quelques jours, ils ont traversé les plaines de Salisbury, et les collines de Camelot. Le maître d'arme n'a pas laissé ses compagnons souffler. Le temps lui est compté, les ogres de la forêt de Campacorentin sont sur le pied de guerre. Toloméo et Tarkan attisent la haine pour précipiter les tribaux dans le camp des rédempteurs. Le mystère autour de la mort de Yodalaï, crée un climat délétère propice aux manipulations. Le projet de Belouis, est de confier l'apprenti chamane à sa grand-mère, le temps qu'il démasque certains sicaires, et fasse la lumière sur leurs agissements.
L'armure démantibulée qui bringuebale dans son sac à dos, lui rappelle sa rencontre avec le dogri, et sa cuisante défaite. La menace à peine voilée d'une guerre entre le peuple, et le demi-peuple, est un couperet qui menace la paix intérieure du royaume. Le maître d'arme espère en finir vite à la capitale, pour retourner à Cardiff éviter un malheur.
Kal et rôdeur, ont fait les frais de la marche forcée. Fatigués et crottés, ils lèvent un œil morne sur les constructions de la capitale. Chouinot, au contraire, est tout frétillant. Il gambade de ci de là, reniflant toute nouvelle odeur, bondissant dans la foulée du demi-ogre.
Arrivé dans la rue qui mène à la taverne du crépuscule, l'aboiement de rôdeur arrête Belouis. Le chien handicapé gronde, et refuse d'avancer. Chouinot lève une oreille curieuse, avant de se faire rudoyer par le chasseur. Belouis reconnait cette attitude de mise en garde, elle s'est déjà manifestée dans la forêt de Campacorentin. Cette nuit où ils ont trouvé ces immenses traces. Le déodande les aurait-il suivi jusqu'ici? Belouis n'y croit pas, comment cette créature, cet ogre? Comment pourrait-elle se déplacer dans une ville sans être repérée? Rôdeur gronde, Chouinot se soumet, Kal semble apeuré. Belouis s'étonne.
- Hé bien quoi? Nous sommes à deux pas de chez ma grand-mère. Nous serons à l'abri chez elle.
Kal désigne la grande bâtisse au bout de la rue.
- C'est là bas?
Belouis fait un pas pour le prendre par l'épaule.
- Ne trainons pas.
Kal l’esquive, d'un pas en arrière.
- Non non! Regarde rôdeur, il a senti quelque chose. Il ne veut pas qu'on y aille, et... moi aussi je sens quelque chose...
- Quelque chose?
- Comme cette chose qui nous suit depuis Campacorentin!
Kal sait.
- Le déodande!
- Allons, c'est impossible, comment pourrait-il être ici? Et pourquoi nous suivrait-il? Quel intérêt représentons-nous pour lui?
Belouis est partagé. Ils touchent enfin au but, mais l'avertissement de rôdeur ne lui semble pas anodin. Existe-t-il une vraie menace? Kal en semble persuadé. Est-ce de l'auto-persuasion? Belouis prend une décision.
- Restez ici, je vais aller voir ma grand-mère. C'est la moindre des politesses que de la prévenir qu'elle va avoir des invités. Je m'assure que tout va bien, et je viens vous chercher.
Le ton rassurant de Belouis semble sans effet. Il ne voit pas d'autre solution. Il leur adresse son plus beau sourire, et se dirige vers la taverne. Le rôdeur gronde, Belouis ne se retourne pas.

En approchant, Belouis remarque une chose inhabituelle. La porte de la taverne est grande ouverte, et les clients en sortent sans discontinuer. Ce n'est pourtant pas l'heure de la fermeture. Il entend la voix forte de sa grand-mère, inviter les clients à sortir. Une note de colère est perceptible. Il ne semble pas y avoir d'agitation parmi la clientèle d'habitués. Le maître d'arme patiente quelques instants, le temps que l’accès se dégage, pour entrer. La salle principale est vide, et porte encore les stigmates d'une intense activité sur ses tables. Chopes vides, assiettes, et bols sales. Diomedre la petite nécrite blafarde, trottine avec son plateau pour débarrasser. A la vue de son ami, la sorcière saute de joie.
- Bilou! T'es revenu! Mamie! Mamie! Bilou est là!
Diomedre saute sur une table, pour bondir au cou de demi-ogre. Le demi-ogre étouffe sous les bisous et les câlins.
- Oui je suis revenu, avec des amis.
La sorcière se renfrogne.
- Tu pues le chien!
D'un coup de rein, elle se libère de l'étreinte du géant, et recule de plusieurs pas en crachant. L'esprit de la nécrite emprunte beaucoup à celui du chaton qu'elle à absorbé dans son enfance. Elle déteste les chiens. Sorcière déjà très puissante, elle avait charmé sans le faire exprès le chaton de Belouis. La petite bête était tombé dans le coma, son esprit avait été happé. Belouis pose son sac et rassure son amie.
- Il y a aussi de gentils chiens.
- Non! Les chiens sont méchants, et stupides. Ils nous poursuivent, nous aboient dessus, et nous empêchent de descendre des arbres!
- Les gentils chiens, obéissent à leur maître, et gardent leur maison, au lieu de se promener dans les gouttières!
- Les chiens sont des esclaves, nous sommes des ... amis, des égaux!
- Ce sont mes amis aussi, alors tu seras gentille avec eux.
La nécrite acquiesce à contrecœur. Elle referme la porte derrière le dernier client. Belouis constate que Kal avait tort de s'inquiéter, rien ne semble sortir de l'ordinaire dans la taverne. Sauf...
- Bonjour Belouis!
- Grand-mère!?
Le maître d'arme observe sa grand-mère descendre les escaliers avec son bâton de magicienne. C'est extrêmement rare qu'elle le porte, et encore plus rare qu'elle s'en serve. La tavernière est une thaumaturge puissante, et peu de personnes l'ont vu à l’œuvre. Belouis se croyait rassuré, mais l'attitude de sa grand-mère n'augure rien de bon.
- Que se passe-t-il grand-mère? Tu as pris ton bâton? Tu as des ennuis?
- Je ne sais pas. A toi de me le dire.
La magicienne toise le maître d'arme d'un regard dur. Belouis, désarçonné, ne sait que répondre.
- Qui est cette créature que tu as mené devant ma porte?
- Une créature? C'est un jeune apprenti chamane!? Un petit gars sympathique mais un peu paumé.
- Un petit gars?! Comment peux-tu être aussi aveugle!
- C'est l'apprenti de Yodalaï!
- C'est une fille!
L'accusation cueille Belouis comme un coup de poing dans l'estomac.
- Une fille?! Mais il se nomme Kal!
- Elle ne t'a pas donné son nom, forcément. Qui est-elle? D'où vient-elle?
Le maître d'arme tente de se remémorer le peu d'occasion où il aurait pu se rendre compte du sexe du jeune apprenti chamane. Force lui est d'admettre que rien ne vient étayer sa conviction d'avoir affaire à un jeune garçon manquant de virilité.
- Mais toi?! Comment peux-tu savoir?
La thaumaturge ignore la question.
- Chasse là d'ici!
Belouis est horrifié.
- Mais grand-mère il, elle, est sous ma responsabilité! Je ne peux pas faire cela!?
Granmother quitte son petit-fils des yeux. La créature ailée qui trône sur son bâton s'anime et crache une petite gerbe de flamme.
- Alors, je le ferais, moi.
Belouis se met en travers du chemin de sa grand-mère.
- Grand-mère, non! Je vais m'en occuper, c'est ma responsabilité. Je vais lui demander des explications. Je reviendrais, tu as toi aussi, à répondre à mes questions.
Belouis franchi le seuil de la taverne. Diomedre referme la porte derrière lui.
- Voilà ce qui arrive, quand on copine avec des chiens!
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Marhalt
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PostSubject: épisode 41   Tue 5 Jun 2012 - 14:03

Belouis hurle de rage, Kal et les chiens ont disparus. Cette fuite signe des aveux de fait. Il tourne comme un fauve en cage dans la rue, faisant détaler les passants. Trahi! Ce bon dieu de gamin l'a roulé. Pourquoi?! Cette gamine devrait-il dire. Il arpente le quartier en la maudissant, peine perdue, elle s'est volatilisée.
- Pardonne lui!
Les paroles du chamane blanc lui reviennent en mémoire, sous un jour nouveau. Elle, la traitresse, l'apprentie, la fidèle, l'insoupçonnable, de sa tombe Yodalaï, lui demande de la pardonner. Fichtre non! Comment a-t-elle tué le vieux chamane? Comme c'était facile d'accuser une créature de légende. Si seulement... si seulement il n'avait été si obtus, tout le monde se méfiait d'elle, pourquoi n'a-t-il rien vu? La sagesse populaire, attribue le mauvais oeil à Kal. La vérité peut-elle se manifester aussi abruptement, quand on n'a aucune preuve pour la vérifier? Certes, elle n'a pu agir seule. Yodalaï, n'a pas subi le même sort que Kang, ni que le sicaire. Elle a des complices... et des ennemis aussi. Ce mystérieux déodande à tué un de ses complices, voir deux si Kang y est mêlé. Sa grand-mère l'a senti, tous l'ont senti, pourquoi pas lui?
Au fur et a mesure de ses déambulations dans la capitale, la colère du demi-ogre se refroidi. La nouvelle théorie qu'il échafaude, n'est pas sans amener de nouvelles questions. Il a du mal à percevoir les tenants, et les aboutissants. Son regard se pose sur une enseigne au dragon noir.
Elle l'a suivi à Camelot, sachant ce qu'il allait y faire. Viendrait-elle prévenir ses complices qu'il les recherche? Le maître d'arme pousse la porte de la taverne. S'il y a un lien avec la pègre de Camelot, il le saura bientôt.

La taverne enfumée est bondée. Toutes les races du royaume s'y côtoient, dans un joyeux charivari. L'ambiance n'a rien à voir avec le calme de l'établissement de sa grand-mère. Des filles en tenue légère, se font offrir des boissons luxueuses sur les genoux de gaillards habillés de vêtements voyants. Bourgeois encanaillés, et canailles embourgeoisés rivalisent de licence et de mauvais goût.
Belouis connait l'endroit, mais il y vient rarement le soir. Il pose son sac dans un coin libre prés de l'estrade du fond. Les musiciens ont du mal à se faire entendre. Une effeuilleuse nécrite se dénippe lascivement. Le demi-ogre soupire, et se tourne pour ne pas l'avoir dans son champ de vision. Elle lui rappelle trop Diomedre.
Une serveuse qui se prostitue occasionnellement, lui sert un broc de bière brune, et un ragout sur une tranche de pain épaisse et large. Belouis extirpe une lame effilée de son sac. Il en pique les bouts de viande mijotée, les fèves et les navets pour les porter à la bouche. Il mange tranquillement en repoussant les avances de quelques filles. Un breton, aux cheveux, et au bouc noirs, tire un tabouret, et s'assoit à sa table.
- C'est moi qui offre, comment vas-tu Belouis?
Le maître d'arme salue le breton, et poursuit son repas, en agitant, mine de rien, sa dague sous le nez du truand.
- Bonsoir Senso, j'ai quelques soucis.
- Si je peux faire quoique ce soit... Bien que je ne m'y connaisse pas beaucoup en politique demi-ogre. J'ai appris le décès de ton ami le chamane. J'en suis désolé pour toi.
Le maître d'arme découpe sa tranche de pain méticuleusement, la lame lance des reflets argentés. Entre deux bouchées, il dévisage Senso.
- Un gamin que j'ai sous ma responsabilité m'a faussé compagnie.
- Un gamin? Demi-ogre?
- Une gamine habillée en gars. Une paysanne qui n'est jamais sortie de son village.
- Je vais mettre des gars sur le coup, ça ne te coutera rien.
Brutalement le breton plaque la main armée du maître d'arme sur la table.
- Ça ne te coutera rien, si tu range cette arme.
Belouis, l'air mauvais, se penche vers son interlocuteur, et lui gronde à l'oreille.
- J'ai de quoi te payer.
Les deux amis se défient du regard.
Le bois de la table craque sous la tension.
- Tu crois vraiment qu'on peut tout acheter? Tu viens parader avec l'arme d'un sicaire! Une arme que tu ne peux posséder que si son propriétaire est mort! Tu viens ici chez moi, là ou la moitié des sicaires de la ville vient se défouler! Ce n'est pas cette gamine que tu veux que je trouve.
- Si... entre autre... Je pensais l'argent roi dans ton monde.
- Tu cherches la mort.
- Je cherche un mort.
- Tu cherches ma mort, si je t'aide.
- Alors ne m'aide pas. Je trouverai bien tout seul.
Le breton ne lâche pas le demi-ogre.
- Donne moi cette arme, tu ne seras pas inquiété.
La fureur contenue de Belouis n'échappe pas à Senso.
- Pas inquiété!!!
Il recule un peu, et lâche la main de son ami.
- Je te promet que...
- Ce sont tes amis qui doivent être inquiets... Dis leur que je veux les voir! Tes raclures d’égouts de comparses ont trempés dans la mort de Yodalaï. Je veux savoir pourquoi, et pour qui!
Senso semble désarçonné. Il reprend vite ses esprits.
- C'est surement un contrat! Jamais ils ne te diront quoique ce soit! Si tu ne sépares pas vite de cette dague, on retrouvera ton cadavre dans le caniveau.
- Ils ne me feront rien!
Senso rit amèrement.
- Je connais ce milieu, fais moi confiance.
- Ils ne me feront rien, s'ils veulent enterrer dignement le gars qui portait cette arme. Je veux passer un marché avec eux.
- Ne soit pas naïf, jamais un assassin ne donnera son commanditaire.
- Je ne suis pas la police!
- C'est pire! Tu as été le bourreau de Bethuen! Combien de gens as-tu raccourci?
Belouis accuse le coup, le rappel de cet épisode de sa vie, lui est terriblement pénible.
- Tu penses bien qu'il n'auront aucune pitié pour toi.
- Je n'en aurais aucune pour eux!
- Tu veux traiter avec eux, avec cet état d'esprit? Tu es fou! Je suis ton ami, écoute moi! Si tu as le temps je ...
Belouis cogne du poing sur la table.
- Je n'ai pas le temps! Je dois retrouver la gamine, parler à ces sicaires, et rentrer au pays pour éviter une guerre! Tu entend? Une guerre !
La violence de la discussion ne passe pas inaperçue. Un gros bras quitte le comptoir, et s'approche nonchalamment. Senso le rassure d'un geste, et le renvoi à sa place. Le silence s'installe entre les deux amis. Senso semble prendre une grave décision.
- Je ne ferais pas rechercher ta gamine.
Belouis est sur le point d'exploser.
- Comprend moi, si ils apprennent qu'elle est importante pour toi, ils la chercheront aussi.
- Et alors?! Elle est surement de mèche avec eux!
- En es-tu sûr? Tu mettrais sa vie en danger! Une bouseuse sortie de sa campagne, en affaire avec des sicaires de Camelot?! Tu te fiches de qui?
Belouis est perdu, son pauvre petit crâne de maître d'arme est prêt d'exploser.
- Ton domaine c'est le champ de bataille, la guerre! Je suis ici chez moi, dans les bas fonds, et la lie de la société! Donne moi cette arme, et laisse-moi t'aider.
- Je vais y réfléchir.
- C'est la meilleure solution!
- Je vais y réfléchir.
Senso sait qu'il ne fera pas fléchir le demi-ogre.
- On fera comme tu l'entend, mais tu me complique la tâche. Surtout, surtout, n'envenime pas la situation, tiens toi calme. Je me renseigne, et je te retrouve demain chez ta grand-mère.
Belouis soupire et se lève.
- Non pas chez ma grand-mère.
- Ha? Où ça alors?
A l'abbaye de Vetusta, je vais passer voir Leouan.
Belouis range la lame dans son sac, et salue son ami avant de le quitter.
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Marhalt
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PostSubject: épisode 42   Sat 29 Sep 2012 - 9:17

La fraicheur de la nuit, fait le plus grand bien au demi-ogre. Voir tous ces bandits banqueter, et se vautrer dans le vice, lui soulève le cœur. Il était a deux doigts d'en découdre. Il aurait volontiers renversé sa table, et trucidé une dizaine de brigands. Une colère saine et salutaire, mais une colère aveugle. Il aurait mieux fait d'écouter les conseils de Senso le proxénète. Mais la vérité, c'est qu'il meurt d'envie d'écraser quelques vilaines trognes a coups de poings. Pendant un quart d'heure, il dévisage hargneusement tous les clients qui sortent du bouge. Aucun ne fait mine de le remarquer, et pas un ne s'approche à moins de dix pas. Pas une petite provocation à relever.
Déçu, le maître d'arme, balance son baluchon sur l'épaule dans un cliquetis de ferraille. Résolu, il prend la route de la caserne des défenseurs d’Albion. Elle est ouverte nuit et jour, chaque combattant du royaume peut y trouver asile, et nourriture. Il y a passé des mois pour sa formation de maître d'arme, il y revient régulièrement saluer les entraineurs, et se mettre au courant des nouvelles techniques de combat. L'homme n'a pas son pareil pour se perfectionner dans l'art de donner la mort. Prés de la cathédrale de Camelot, il croise une patrouille de la prévôté. Les gardes ne lui trouvent rien de suspect, et le laissent poursuivre son chemin. Belouis compte confier son armure a réparer aux forgerons de la caserne, et leur en emprunter une provisoirement. Au carrefour suivant, le silence de la nuit est déchiré par un crépitement de crécelle. Un fichu lépreux vient de la ruelle qu'il doit suivre. Tant pis, il accélère le pas, pour être sûr de ne pas le croiser, et change son itinéraire. Il n'a pas peur, non, ce n'est pas ça. Le spectacle de la misère humaine, lui est juste insupportable. Il songe à Leouan, la guérisseuse, qui passe une grande partie de sa vie au lazaret de Vetusta. Jamais, il ne pourrait se dévouer de cette façon. Demain il ira la voir. Elle a accès à la bibliothèque de l'abbaye. S'il existe un écrit sur la religion ogre ou demi-ogre, et sur leurs légendes, elle l'aidera à le trouver. Il entre dans une partie de la capitale qu'il connait peu, surtout la nuit. L'idée lui vient de rebrousser chemin, quand il hésite sur la direction à prendre. Ce serait admettre que seule la peur du lépreux, l'a détourné, et qu'il est incapable de retrouver sa route. Le demi-ogre s'engage dans une ruelle sombre, par dépit. C'est vaguement la direction de la caserne, il finira bien par y arriver. Tous les chemins mènent à Rome. Quelques intersections plus loin, le maître d'arme est perdu dans le dédale des ruelles, qui résonnent des jurons en toutes les langues que Belouis maitrise.
Il serait heureux de croiser une patrouille, pour faire cesser cette absurdité, et retrouver son chemin.
Mais c'est une crécelle de lépreux qui le chasse encore plus loin, dans la ville endormie. Jusqu’à une fontaine sur une petite place aussi perdue que lui. La fatigue, et le découragement, le poussent à se rafraichir, et à s'asseoir un moment. Du sol humide, la fraicheur fait naitre une brume légère. Le silence rend l'atmosphère irréelle. La nuit s'ouvre vers un autre monde. Un spectre blafard glisse sur la place. Les cheveux de Belouis se dressent sur son crâne. Ils s'immobilise, espérant ne pas être vu.
Le petit spectre en longue robe blanche, traverse lentement la place. Pendant quelques secondes, il croit voir Yodalai. Jamais dans ces moment là, il ne sait si c'est une vision ou la réalité, ce n'est qu’après qu'il s'en rend compte. Le spectre est petit, vieux, et marche avec une canne. Un lépreux? Non! Même si son décharnement, et sa mise y font songer. Le spectre s'arrête, au milieu de la place. Il hume l'air, et tourne lentement la tête vers le demi-ogre pétrifié. De son regard vide, il transperce Belouis. Qui est cette personne? Le corps du spectre épouse la rotation de sa tête, et avance lentement, en promenant sa canne devant lui. Belouis voudrait fuir, mais la peur le paralyse. Il sent le souffle de la mort s'abattre sur lui. Les lèvres du mort bougent, mais il n'entend rien.
Belouis voudrait prendre ses jambes à son cou, mais il décide de rester. Il est celui qui marche avec les esprits. Cette apparition n'est pas innocente. Il doit vaincre sa peur et accepter ce que veut lui dire le spectre. C'est un nécrite, il le voit maintenant très clairement. Il ne l'a jamais vu, ni vivant ni mort. Les grands yeux sombres de la créature semblent le supplier, elle tend ses mains osseuses dans sa direction. Résistant au mouvement de recul qui le saisi, le maître d'arme fait face. Il sursaute sous le léger choc que provoque le contact des mains. Elles ne sont pas aussi froides qu'il l'aurait pensé. Il croise le regard du nécrite. Un rictus mauvais, lui tord le visage. Belouis fait un bond en arrière, lâchant le spectre.
Le nécrite blafard recule dans la brume. La fraicheur s'estompe, laissant place à une chaleur étrange.
Les murs aveugles de la petite place, soudain vertigineusement hauts, semblent se pencher sur le maître d'arme. Sous l'effet d'un tremblement du sol, il se retrouve le cul par terre. Même à quatre patte, Belouis ne peut conserver son équilibre. Le spectre à disparu, la chaleur continue de monter. La brume cède la place à une vapeur qui siffle des jointures du pavage. Les gargouilles de la fontaine éructent. Une antique cheminée s'écrase à quelques pas du demi-ogre, l'enveloppant dans un nuage de poussière. Belouis, se relève prestement et courre, poursuivi par une volée d'ardoises. Un cataclysme ébranle les murs de Camelot, déchirant ses entrailles, et jetant au sol les constructions humaines. La pierre se disjoint, le métal se tord, le sol s'ouvre. Les gargouilles de la fontaine crachent un flot rouge et fumant de lave brûlante. Le spectacle infernal rappelle au maître d'arme ses expéditions dans les abysses. De longues crevasses brisent les rues et se remplissent de magma. Belouis bondit de ruelles en rues, laissant plus d'une fois les pavés sous ses pas s'abimer dans la lave grondante. Le maître d'arme courre comme il n'a jamais couru, pour échapper au piège de la ville. La place de la cathédrale! Le revoilà en terrain connu, la sortie Nord n'est pas loin. Il contourne le grand édifice vacillant, et fonce vers l'immense porte. La course du fuyard se stoppe net devant une silhouette menaçante. Le déodande lui barre la retraite. Noir, Aussi grand que le dogri, il est couvert de harnais cloutés, ses Bras et jambes musculeux sont tendus dans une attitude martiale, la lave irise ses longs cheveux filasses de reflets rouges, de son visage il ne voit que deux braises ardentes qui le transpercent. Le monde s'effondre autour de Belouis quand le déodande marche sur lui. Une peur panique s'empare du demi-ogre, comme si la mémoire atavique de son peuple lui commandait de fuir. Une violente secousse le jette au sol, et ébranle les murs de la cathédrale. Une fissure nait du sol, et grandit dans les murs jusqu'au clocher, faisant voler moellons et poutres. Un craquement sinistre précède l'explosion des vitraux colorés et l'écroulement de l'édifice. La lave donne au nuage de poussière blanche, qui absorbe tout, des reflets d'enfer.
Suffoquant et crachant, Belouis fonce sans visibilité pour tenter de s'arracher à la pluie de pierre, de bois et de fer. Il se cogne à un mur, tend la main et laisse filer la pierre sous ses doigts pour se diriger. Il devine plus qu'il ne voit qu'il est revenu dans la rue de la taverne du dragon noir. Quelle ironie. Un pan de sa chemise sur le museau, il file vers la place qui achève la rue. La poussière ne l'a pas suivi si loin, il émerge prés de la fontaine qui crache de la lave. Il s'ébroue et reprend son souffle. L'odeur de fin du monde le prend à la gorge, mélange de souffre et de terreur. Que faire ? Ou aller? Le cerveau complétement paralysé, refuse de répondre. De la ruelle, immense et silencieux, surgit le Déodande. Le voile poussiéreux qui s'estompe, n'a laissé aucune trace sur sa tenue noire. Le monstre immobile fixe le maître d'arme, comme pour le jauger avant un duel. Dans l’œil du cyclone, le calme se fait. Plus rien ne tremble ou ne s'effondre. Belouis n'a plus d'arme, il est en chemise. Il a perdu tout ce qu'il portait. Le Déodande n'est pas armé, exception faites des larges battoirs qui lui servent de mains.
Belouis accepte son destin, il hôte sa chemise sale, et la jette après s'être épongé le visage avec. Les deux lutteurs se font face. Le déodande ressemble à un double négatif du dogri. Il à sa carrure, sa démarche souple, mais tout chez lui transpire le mal. Belouis ne doute pas une seconde de sa défaite. Il recouvre une partie de ses moyens devant la sinistre échéance qu'il pressent. Il est temps d'éclaircir certains mystères.
- Alors, c'est toi le déodande.
Le monstre ne manifeste aucune émotion.
- Ce n'était pas nécessaire de détruire cette ville pour me trouver.
Le déodande ne répond pas, et marche vers Belouis. Le maître d'arme maintient la distance entre eux, et place la fontaine centrale de la place entre eux. La lave que crache les gargouilles éclaire de reflets infernaux les deux combattants.
- Quoique tu cherches, tu ne le trouveras pas en me tuant.
Le déodande marque une hésitation, ce qui encourage Belouis dans cette voie.
- Que cherches-tu?
Le déodande tend un poing ganté de cuir noir vers le demi-ogre.
- Rend-moi mon enfant!
La voix du monstre est profonde et grave, sans agressivité, presque chaude.
- Ton enfant? Qui est-ce? Kal? Serais-tu son père?
Cette information, ce rebondissement, laisse entrevoir une issue non létale au maître d'arme. Peut-il contenter ce monstre? Mais est-ce souhaitable? Doit-il protéger Kal?
- Si tu me prouve que tu ne veux aucun mal à ton enfant, je peux t'aider.
La créature semble outrée.
- Rend-moi mon enfant!
Dans la ronde que compose les deux protagonistes autour de la fontaine, Belouis sent, trop tard, le sol se dérober sous ses pieds. Une large fissure, fend la place et entraine le demi-ogre dans les abimes. La main tendue du déodande est la dernière chose que voit le maître d'arme.


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PostSubject: Re: La trilogie noire 3: La proie du Déodande   Thu 28 Nov 2013 - 17:51

Le jeune breton loqueteux écoute les cloches sonner l’office, et regarde les moines entrer en file dans l’église de pierre. Les portes de l’abbaye sont ouvertes, le va et vient, incessant. Livreurs et colporteurs, croisent les ouvriers qui vont aux champs. Le frère portier laisse le soin à une garde légère de contrôler les visages inconnus. Le gamin s’insère dans la colonne en boitant. Discrètement il s’assoit à l’arrière d'un char à bœuf, et franchi le portail sans être inquiété. Personne ne l'a remarqué.
Il laisse le chariot s’arrêter derrière les communs, devant la cuisine. Il aide au déchargement. Même si les physionomies expriment la curiosité, ni le père fourrier, ni le bouvier ne posent de question. Chacun étant persuadé qu’il est l’aide de l’autre. La livraison accomplie, le moine les invite à partager un bol de soupe à l’ail et un quignon de pain. Le gamin ne s'attarde pas, il avale le tout et fausse compagnie aux deux hommes avant qu'ils n'en viennent à l'interroger.
Passer inaperçu, ne pas soulever d’inquiétude, c’est ce que Dawg lui apprend. C’est la base du métier. Dawg lui a dit que son père est vengé, mais cela ne lui suffit pas. Le gamin se poste devant le lazaret. Il veut faire ses preuves et remplacer son père dans la bande.
Il n’a aucune idée de comment il va procéder, alors il s’assoit sur un muret et observe les va-et-vient.

Une vieille moniale ouvre la porte à Senso.
- Sire ?
- Je viens voir Belouis le maître d’arme.
La vieille le fait entrer.
- Dame Leouan le veille.
- Le veille ?
Devant l’air ahuri que prend le breton, la vieille se fend d’une explication.
- Leouan l’a trouvé dans un cachot de la prévôté en faisant sa visite des geôles.
- Il s’est battu avec la garde de Camelot ?
- Nul ne sait ce qui lui est arrivé, en tout cas les gardes ne prétendent pas l’avoir arrêté. Ils l’ont ramassé en ville dans un triste état, et logé là où ils avaient de la place.
- En geôle…
Ils suivent une enfilade de couloirs et de portes. La vieille pousse l’une d’elle. Leouan est penchée sur un Belouis au visage tuméfié, allongé dans une lit trop petit.
- Une visite pour votre patient.
Leouan se retourne le visage interrogateur.
- Senso ?
- Bonjour Leouan, Belouis m’a donné rendez-vous ici même.
- Vous l’avez donc vu récemment ?
- Hier soir, il était en parfaite santé.
Senso lui fait un compte-rendu de leur entrevue.
- Il était furieux, il avait envie d’en découdre, c’était visible… je n’ai pas pu le raisonner…
- Les gardes l’ont trouvé dans cet état, laissé pour mort. Il n’y a eu aucun témoin.
- Sans l’avoir vu, je devine ce qui s’est passé. Les amis du sicaire dont il portait la dague, ont eu leur vengeance.
- Ils ont mal travaillé, Belouis est vivant… Mais pour combien de temps…
Qu’a-t-il subi ?
- Il a été roué de coups. Ces coups ci, remontent à plusieurs jours. Notre ami à passé plus d’un sale quart d’heure. Je n’ai vu aucune lacération, hormis cette égratignure dans la paume.
Leouan ouvre la main de Belouis pour montrer la blessure au breton. La jeune femme fronce les sourcils. La plaie prend une vilaine tournure.
- Des sicaires dites-vous ? Du poison !
La jeune femme, tire sur la couverture et relève la chemise de Belouis. Elle se penche pour écouter les battements de son cœur. Senso comprend que le demi-ogre n’a pas reçu les soins adéquates. Leouan n’imaginait pas l’origine de son mal.
- Ce que j’ai du mal a comprendre c’est pourquoi ils ne l’ont pas achevé… Ils veulent sa mort, mais ne l’égorgent pas.
Leouan ouvre l’œil de Belouis et examine sa pupille.
- Ils ont été empêché de finir…
- Vu son état, ils ont eu tout le temps qu’ils voulaient… Je pense qu’ils veulent faire croire à une bagarre qui a mal terminé. Le poison c’est pour être sûr du résultat. Une gorge tranchée c’est très suspect.
- Si sa vie est menacée, aidez-moi à le protéger, pendant que j’essaierai de le sauver.
Senso prend la porte.
- Je vais aviser le frère portier de ce qui se passe, et lui demander d’accroître la garde.
- Envoyez-moi Célénie, j’ai besoin d’elle.

Le gamin voit Senso sortir d’un pas alerte. C’est chez lui que le capitaine Belouis est venu se pavaner avec l’arme de son père. Dès que Dawg en a eu vent, il a pris les choses en main. Une telle outrecuidance méritait une punition. Le gamin aurait voulu participer à la vengeance, mais Dawg s’y est opposé, et lui a promis de prendre une vie pour une vie. La bête a survécu. Un signe du destin, c’est à lui que revient la charge de venger la mort de son père. Il lui suffira de quelques secondes avec sa cible. Il prend son courage à deux mains et s’approche de la porte. Personne ne vient après avoir toqué deux fois. Discrètement, du pied, il pousse la porte. Elle s’ouvre. Sans hésiter, il s’engouffre. Il referme derrière lui. Il demeure quelques instants dans la pénombre, écoutant les bruits du lazaret. Tout semble calme, juste quelque soupçon d’activité à l'autre bout du bâtiment. Lentement, il boitille dans cette direction. Une porte s'ouvre. Un minotaure couvert de bandages s'engage dans le corridor. La créature le dévisage d'un œil torve. Il lui sourit pauvrement. Il n'a pas peur des lépreux. Chez lui dans les catacombes, la moitié des gens sont lépreux. Même Dawg en est un. Le minotaure s'efface pour le laisser passer.
Enfin il trouve la chambre ou ça s’agite. La porte est ouverte. Le demi-ogre gît sur une couche. Le bras droit tendu au-dessus d’un seau de bois. Une dame agenouillée a pratiqué une incision en croix dans sa paume. Pus et sang mêlés dégouttent dans le seau. Le gamin tâte sa jambe droite. La longue lame qui le contraint à boiter est là, chaude à son contact. La lame que lui a remis Dawg. Il suffit de la sortir, de se débarrasser de la dame, et d’en finir avec le monstre.
Rien de plus facile que d’égorger une personne agenouillée de dos.
- Dame Leouan ?
L'instant est passé. La vieille qui avait ouvert la porte à Senso est entrée derrière lui. Elle porte un coffre rempli de fioles, et un grimoire. Cette dame est Leouan ? Quel lépreux ne la connaît pas…
- Qui es-tu toi ?
La vieille le dévisage avec suspicion. Leouan s’empare du grimoire et le feuillette fiévreusement.
- Je suis venu voir le capitaine Belouis.
Toute vérité est un mensonge. Leouan se tourne vers lui.
- Tu es le gamin qu’il cherche ?
- Oui m’dame !
Tout mensonge est une vérité. En se pavanant, le monstre cherchait la mort. Le sang bat les tempes du gamin. Sa main se crispe sur la poignée de sa lame.
- Sais-tu qui l’a mis dans cet état ?
- Non m’dame.
Leouan trempe le doigt dans le pus et le sang. Elle renifle les humeurs. La vieille est toujours là. Trop de monde pour agir. Leouan pose le grimoire ouvert à côté du seau. Elle lit des descriptions de substance, les compare avec ses prélèvements. Elle débouche quelques fioles et les renifle.
- Il y a un autre coffre.
- J’y vais de suite.
La vieille Célénie jette un dernier œil inquiet vers le gamin, puis trousse ses jupes pour cavaler dans le couloir. Leouan se penche sur les fioles et consulte les étiquettes. Le gamin tire lentement la lame de son pantalon. Il se glisse dans le dos de la dame, lève le bras, et croise le regard du demi-ogre. Le monstre est éveillé, ses yeux expriment la colère et le défi. C’est l’assassin de son père. La fureur crispe la main du gamin sur son arme. Le demi-ogre semble paralysé, le poison fait son œuvre, mais la bête résiste. Son regard se fait suppliant, aucun son ne sort de sa bouche.
Le salaud ne veut pas que le gamin exécute cette femme. Joie, il va le voir souffrir avant de l’envoyer en enfer. Une petite vrille dans le ventre interrompt son geste. Pourquoi tuer cette dame ? Elle est connue et respectée par tous les lépreux de Camelot. Elle est l’obstacle entre lui et sa vengeance.
De nouveau l’instant est passé… Leouan redresse la tête et constate le réveil de son ami. Elle se lève et vient humecter ses lèvres.
- Tais-toi, n’essaye pas de parler ! Tu es trop faible.
Le moribond fait des efforts homériques pour dénoncer du regard seul, l’assassin qui se tient dans le dos de la soigneuse. Alors qu’elle se retourne, le gamin fait disparaître la lame dans son vêtement.
- J’ai vu ton jeune ami, nous l’avons retrouvé tu vois ? Il ne fallait pas s’inquiéter.
Le gamin lui affiche un large sourire, mais sitôt qu’elle le laisse dans son dos, il passe son pouce sur la gorge à l’attention de sa cible. Le visage de Belouis s’emplit d’effroi.
La porte s’ouvre. Le retour de la vieille sûrement. Une poigne vigoureuse arrache le gamin à sa joie mauvaise. Un balayage le fauche et le plaque face contre terre. Leouan ouvre des yeux comme des soucoupes.
- Dieux ! Senso que vous prend-t-il ?
- Vous laissez entrer le premier venu ? Sachant que l’on cherche à assassiner notre ami ?
- C’est le garçon que recherche Belouis. Il me l’a dit !
- Cette raclure de fond d'égout ? Un breton ? Chamane du demi-peuple ?
Senso exhibe la lame effilée, arrachée des mains du gamin, la plante aux pieds de Leouan.
- Tu pues les catacombes mon gars ! C’est Dawg qui t'envoie ?
Le mutisme du gamin contraint Senso à lui tordre le bras. Les cris de douleur du gamin révoltent la soigneuse.
- Arrêtez, la violence ne résout rien.
- Il est venu achever le travail, ne comprenez-vous pas ?
Le gamin hurle de plus belle. Senso sait que le lieu est mal choisi pour interroger son captif. Par la peau du dos, il remet le gamin sur ses pieds.
- Ne laissez plus personne entrer et verrouillez cette porte.
- Qu’allez-vous faire de cet enfant ?
- Le confier à la garde.
Lui ment-il sans remord.
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PostSubject: épisode 44   Mon 9 Dec 2013 - 20:54

Belouis s’assied sur le bord du lit. Il est encore faible, il a passé plus d’une semaine allongé. Leouan lui prépare elle-même ses décoctions, et ne laisse personne s’approcher de lui. Il se force à ingurgiter l’immonde purge qu’elle lui sert chaque jour. Ces derniers temps n’ont été qu’une longue suite de cauchemars éveillé mêlée de sommeil fiévreux. Il lui est difficile de séparer le rêve du réel. Cela lui rappelle douloureusement ses rapports avec les esprits. Ce n’est qu’après coup qu’il réalise l’irréalité des choses. Ce bol est réel. Cette boisson immonde. Le silence de Leouan palpable. Ce mal de crâne et ces jambes lourdes, atroces. Des images lui reviennent en foule. Les quelles sont vraies ? Sa voix enrouée peine à articuler.
- J’ai vu le Déodande.
Leouan hausse un sourcil. Elle est habituée aux radotages de son ami. Depuis trois jours, il lui sert les mêmes. Il semble à chaque fois qu’il ait oublié leur conversation précédente. Leouan s’assoit à côté de son ami et lui fait sa réponse habituelle.
- Tu ne l’as pas vu. Ce n’était qu’une illusion créée par ton cerveau. C’est un des effets du poison que l’on t’a inoculé.
Belouis n’y croit pas.
- Je suis celui qui marche avec les esprits. Ce ne peut pas être une simple vision.
- Camelot n’a pas été détruite par une éruption volcanique. Tes cauchemars se sont nourris de ton subconscient.
Il lève les yeux vers son amie.
- J’ai déliré ?
Pas qu’un peu.
Le géant enfoui son visage dans ses mains en faisant la grimace.
- Et ce gamin qui voulait te tuer ?
- Ce n’était pas un rêve. Je vais te dire ce que je sais. Après ton départ de la taverne du dragon noir, tu as été suivi par Dawg, un chef de gang. Il t’a empoisonné et roué de coups. Nous pensions que c’était un assassinat dissimulé, mais Senso affirme que ce n’était qu’un avertissement. Quant au gamin… il est le fils de l’homme qui portait la lame qui tu possèdes.
- Il croit que j’ai tué son père. Senso a parlé à Dawg ? Que sait-il d’autre ?
- Non Dawg s’est envolé. Ce sont ses déductions.
Un chien aboie dans la cour, brisant le silence qui c’était fait.
- J’en ai profité pour faire quelques recherches à la bibliothèque de l’abbaye. Sincèrement je ne me doutais pas trouver quoique ce soit sur les traditions demi-ogres.
Belouis émet un grognement d’approbation.
- Je te remercie, que ferais-je sans l’aide de mes amis.
- Ne te réjouis pas trop vite. Il n’est fait aucune mention du Déodande. En revanche, tu seras surpris d’apprendre le nom de la personne qui a écrit sur ce sujet.
- Méfie-toi des surprises que tu me fais. Je pourrais penser que c’est un rêve.
Les aboiements se répètent. Leouan ferme la fenêtre.
- C’est l’évêque Kustan.
Belouis hausse les épaules.
- J’aurais du y songer. Lui et le duc Bors ont été parmi les premiers à ne pas avoir peur du demi-peuple. Ma grand-mère le connais, c’est dire.
Leouan lève les yeux et porte un doigt aux lèvres, pensive.
- En parlant d’elle. Ta grand-mère est venue, elle était inquiète. Elle a d’abord cru que c’était ta gamine qui t’avait agressé.
Kal ? Ou comment doit-il l’appeler maintenant, Kala ? La fille lui a menti selon sa grand-mère. Mais même si celle-ci éprouve une réelle animosité à son endroit, il n’arrive pas à croire qu’elle soit un vrai danger.
- Je l’ai rassurée comme j’ai pu. Mais elle avait d’autres sujets d’inquiétude. Les incidents se multiplient en forêt de Campacorentin.
Belouis se laisse doucement tomber en arrière dans le lit.
- D'ailleurs ce n'est pas la seule à en parler. La rumeur d'une guerre entre ogres et demi-ogres fait son chemin. Une certaine faction de l'église en profite pour jeter l’opprobre sur les demi-ogres sauv...
- Les sauvages ?
Gronde Belouis. Leouan se mord la lèvre.
- J’aurais dû dire les tribaux. Mais c’est bien comme cela que les durs de l’église les appellent. Les sauvages.
- Ils veulent discréditer le demi-peuple et lui interdire d’avoir un représentant au conseil du Roy.
- À tout le moins, ils souhaiteraient imposer un demi-ogre civilisé.
- Un de ces foutus rédempteur.
Maugrée Belouis.
- Un rédempteur, une personne qu’ils pensent contrôler.
Acquiesce Leouan.
Une série d’aboiement vient ponctuer leur réflexion.
- Si j’étais à Cardiff, ça ne se passerait pas comme ça.
- Tu es encore trop faible pour voyager.
- Je n’ai pas vraiment le choix. J’ai laissé un loup dans la bergerie. Ce Toloméo est sûrement à la solde de cette faction de l’église dont tu parles. Il doit être à l’origine des provocations en forêt.
- Tu manques de te faire assassiner, et tu voudrais retourner dans la gueule du loup ?
- Faudrait savoir ! Senso ne dit-il pas que c’était un avertissement ?
- Une mise en garde ! Ne te mêles pas de ça !
Les aboiements se muent en hurlement à la mort, comme pour souligner les craintes de Leouan. Belouis se redresse l’air mauvais.
- Ce n’est pas comme cela que l’on peut me faire fuir. Me menacer !
- Tu es faible et seul. Tu as des ennemis ici et là-bas ! Mais au moins à l’abbaye tu es en sécurité.
- En sécurité ? Je suis hors jeu ! J’ai déjà perdu une semaine ! Chaque seconde compte tu comprends ?
Belouis se lève d’un bond, qu’il voudrait assuré. Il est pris de vertiges, et doit refuser véhémentement le bras de Leouan. Il trébuche jusqu’à la fenêtre, qu’il ouvre en s’appuyant sur le rebord.
- Belouis, tu ne devrais pas…
- Tu vas fermer ta gueule sale bâtard ?!
Hurle-t-il à l’intention du chien dans la cour. L’allure inimitable de la bête le frappe au cœur.
- Rôdeur !
Le chien borgne et boiteux, lui adresse un grognement de satisfaction. Il saute sur le rebord de la fenêtre, et donne un large coup de langue sur la face du demi-ogre ravi. Leouan est interloquée de voir la bête descendre dans la pièce, la renifler avec méfiance, et s’installer dans le lit de son patient.
- Tu vois, je ne suis pas seul.
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PostSubject: épisode 45   Thu 12 Dec 2013 - 0:37

Les galets du fleuve crissent sous les sabots des chevaux. L’aube proche tarde à déchirer les voiles de brume. Il fait trop sombre encore pour distinguer l’autre rive. Le petit groupe de soldats fait la chaîne avec des seaux en bois pour remplir la tonne à eau. Dongal en retrait, surveille les opérations. Ce n’est pas comme cela qu’il imaginait la guerre. Marches, contremarches, bivouac, corvée d’eau, corvée de bois, corvée de latrines sont leur quotidien. Ils traversent campagnes et forêts, faisant fuir la population. La logistique de l’armée en marche étant des plus sommaire, ce sont les habitants des contrées traversées qui fournissent le boire et le manger. Amis ou ennemis, tous sont mis à contribution de gré ou de force. Chanceux ceux à qui l’on propose un dédommagement. C’est parce que leur chaumière a abrité un seigneur que parfois on leur donne une bourse. L’armée a marché toute la nuit, certaines unités traversent encore le pont. Dongal entend la rumeur de la troupe en marche. La blackwatch a déjà rejoint sa position. Pour cette course de nuit, ils sont partis les premiers, contrairement à l’ordinaire. Ils se sont déployés à droite au sortir du pont. Sans attendre, ils ont installé le camp et lancé les corvées. Le ciel s’éclaircit, d’autres clans rejoignent la rive. L’eau se trouble. Des jurons fusent. Nul ne souhaite consommer de l’eau polluée. On en vient presque aux mains. Dongal n’est pas le dernier à gueuler, mais maintient son groupe discipliné. Il décide de changer d’endroit et de remonter vers l’amont.
Brendan Dougall le plus jeune d’entre eux, les pieds dans l’eau, s’accroupit un instant. Il plonge la main dans le fleuve glacé et s’extasie.
- Elle est magnifique !
Chacun se demande s’il n’a pas péché une truite et s’approche. Evan Fraser se moque.
- Un caillou !
- Une pierre plate, et presque ronde !
Haussements d’épaules et sourires condescendant accueillent cette annonce. La fraîcheur du jeune garçon est connue.
- Je la mettrais au tas.
- Au tas ?
- Dans mon clan, avant de partir en guerre, les guerriers ramassent une pierre et font un tas. Je n’ai jamais été accepté comme guerrier dans mon clan. Alors je ferais mon tas ici.
La réflexion du jeune garçon éveille en tous des sentiments amères. S’ils sont dans les rangs de la blackwatch, c’est qu’ils n’ont été acceptés nulle part ailleurs. Une bourrade vient soutenir Brendan.
Evan Fraser brandit une pierre de forme vaguement phallique.
- Je crois avoir trouvé la mienne !
Soulevant un éclat de rire général bienvenu. La blackwatch est leur nouvelle famille, leur nouveau clan.
- Et après ?
- Après quoi ?
- Après la bataille ? On les récupère ?
- Oui, ça permet de savoir le nombre de… le nombre d’absents. Ce qui reste forme un cairn où les familles peuvent se recueillir.
L’évocation de pertes possibles impose un long silence. La corvée se poursuit, mais sur un rythme moins soutenu. Les pierres sont ramassées, examinées. Débats sérieux ou futiles ponctuent la route des jeunes gens.

Le retour de la corvée d’eau est attendue par les cuistots. Des marmites sont remplies, une soupe de rave est prévue pour requinquer la troupe des fatigues de la nuit. Le jour levant dévoile les tentes en cours d’installation. L’état-major est réuni plus avant sur le futur front des troupes. Il plante des piquets pour figurer l’emplacement de la ligne de bataille. Sur la route, l’armée des Highlands poursuit sa progression. La blackwatch appuyée sur la rivière forme le flanc droit. Au fur et à mesure, les clans qui composent l’armée prennent position sur sa gauche. Des estafettes galopent pour distribuer les ordres et faire remonter les informations. Bors accueille la corvée autour d’un feu de camp. Il remplit des gobelets de petite bière et distribue des tranches de pain et de jambon fumé.
- Pause repas pour vous. La journée sera longue.
- Nous battrons-nous aujourd’hui ?
- C’est le plan. Mais les plans résistent mal à l’épreuve de la réalité de la bataille.
- Contre quel genre de troupes ferons-nous face ?
- Une infanterie disciplinée, issue de l’armée romaine.
- Un peu comme nous.
Souligne Brendan.
- Oui, un peu comme la blackwatch, mais pas comme l’ost des clans. Nos compatriotes sont courageux et vaillants, mais ils sont fiers et indisciplinés. Il y aura aussi de redoutables archers, la moindre erreur de notre part peut être fatale. Vous n’avez jamais combattu. Ce sera votre baptême du feu pour la plupart d’entre vous.
- Nous n’avons pas peur !
Affirme Brendan au nom de tous.
- La peur viendra. C’est à ce moment que votre entraînement parlera. Faites ce qu’on vous a appris. Faites confiance à votre voisin de droite, à votre voisin de gauche. Obéissez aux ordres. Si Dieu veut, nous serons vainqueurs.
Quelques-uns se signent.
- Verra-ton le roy Arthur ?
- Je ne sais pas. Mais il y aura sûrement des chevaliers.
Tous connaissent les chevaliers de la table ronde et leurs exploits. Ils admirent ce groupe que le roy Arthur considère comme ses égaux. Chrétiens ou païens, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, ils siègent tous à la même table. À bien des égards, les jeunes de la blackwatch se sentent leur pendant dans l’ost des Highlands. Brendan s’incline devant Bors.
- Sire, nous vous ferons honneur.
À l’exemple de Brendan, tous s’inclinent devant leur seigneur. Bors se lève en riant.
- Je n’en doute pas une minute. Il n’est pas un d’entre vous à qui je ne confierais pas ma vie. Je sais que vous serez digne de ma confiance.
Dongal prie pour que cette bataille à venir lui offre l’occasion de se racheter ou de mourir dignement.

Le cairn prend forme. La rumeur s’est répandue comme une traînée de poudre. Tous se mettent en quête d’une pierre qui leur convienne. Dongal n’échappe pas à l’engouement collectif. Il a trouvé un galet blanc. Il a l’air impeccable mais quand on le retourne, un gros éclat noir le tache. C’est parfait estime-t-il. Ça lui ressemble, de quelque côté qu’on le tourne. Pour la blackwatch, il présente le côté blanc et dissimule le côté gâté. Pour son père, il est pourri mais sa face cachée n’est pas si sombre.
- Je te trouve bien pensif Dongal.
Samson dans une armure noire impressionnante le toise de toute sa hauteur. La mâchoire du jeune homme manque de se décrocher.
- Bonté divine Samson ! Quelle prestance !
Ce n’est plus le vagabond qu’il a rencontré.
- J’ai honte maintenant de l’armure que je t’avais bricolé !
- Honte de quoi ? De ta bienveillance ? Jamais je n’oublierais ce que je te dois. Cette armure fait de moi un soldat. Mais l’armure que tu m’as « bricolé » a fait de moi un homme.
Le demi-ogre serre le highlander contre lui dans une bourrade virile.
- C’est l’aube d’une grande journée ! Crois-moi !
Tonitrue le géant. L’éclat de voix attire l’attention sur lui. Un petit attroupement se forme autour de lui. S’extasiant sur son armure et son équipement. Samson est entraîné au bivouac, assis, régalé de petite bière. Il répond à toutes les questions. Son épée passe de mains en mains, provoque des sifflets admiratifs, et moulinets hasardeux. Elle est faite à la pogne de son propriétaire.
Les sergents laissent la troupe se distraire. Quand ils jugent le temps venu, ils renvoient les hommes à leurs corvées.
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PostSubject: éoisode 46   Sat 18 Jan 2014 - 17:01

Samson suit Dongal. Libéré de ses tâches, il doit encore monter sa tente. L’aide du champion de lancé de tronc d’arbre est précieuse pour ériger les mats en un temps record. Le jour est levé, la brume sur la lande se dissipe lentement. L’armée défile toujours sur le pont. Un voile assombrit le visage de Samson. Dongal, intrigué, suit le regard de son ami. Dame Daeia, chevauche hautaine son fier palefroi. Elle franchit le pont sans un regard pour la piétaille.
- C’est ta maîtresse.
Le regard de travers que lui lance Samson, rappelle à Dongal le double sens de son assertion.
- C’est mon seigneur.
Le ton enroué, suggère qu’il vient de toucher un point sensible. Samson est l’une des seules personnes au courant de son forfait passé. Par respect, il renonce à l’interroger.
Un seigneur highlander, monté sur son destrier, accompagne la dame. La conversation enjouée du beau parleur rustique tire des sourires à la magicienne. Un feu illumine les yeux de Samson. Il tourne les talons vivement. Dongal lui emboîte le pas, mu par une crainte certaine. La colère transpire par toutes les jointures de l’armure noire. Ce n’est pas le souvenir qu’il a de son ami.
Les sons et les odeurs d’une forge de campagne attirent le géant. Un jeune forgeron recule de plusieurs pas à la vue du colosse marchant vers lui. Samson n’en a cure. Il s’empare des pinces et du marteau de l’artisan. Il retire du charbon ardent la première pièce métallique rougie à sa portée. Il passe sa colère sur le métal à grands coups de marteau. Silencieux, le forgeron et Dongal se dévisagent. La pièce de section carrée à l’origine, fond sous les coups pour adopter une forme plate.
Un malaise s’installe entre les deux spectateurs. Ils se sont reconnus.
- Bonjour Thorn.
Dongal se souvient du fils du forgeron de son père. Le jeune homme se raidit, leur dernière rencontre n’étant pas un bon souvenir.
- Bonjour sire Dongal.
Le ton est prudent, et dénué de peur. À son propre étonnement, Dongal ne ressent plus aucune colère contre lui.
- Comment va ton père ?
- Il est mort l’an passé.
- Tu m’en vois navré.
Un sifflement et un nuage de vapeur signalent que Samson a trempé sa pièce. Thorn hausse des sourcils désolés en voyant son travail massacré. Le demi-ogre dégaine son épée. Le forgeron recule d’un pas. Dongal essaye de calmer son ami.
- Samson tu ne devrais pas…
La montagne en éruption se fige.
- Tu as raison, donne-moi la tienne.
Comment refuser une telle invitation. Le regard de Samson va de l’épée à son propriétaire.
- C’est ça ton épée ? Elle est dégueulasse ! Tu veux refiler le tétanos à tes ennemis ?
Hormis le fil, la lame est couverte de rouille. Dongal se renfrogne.
- C’est l’épée que m’a donné mon père.
D’un regard appuyé, Samson enjoint à Thorn de tourner la manivelle de la meule de pierre. Il ne se fait pas prier deux fois. Dongal retient le bras de son ami.
- Mon père me l’a donnée dans cet état, je ne souhaite pas la changer.
Samson se dégage d’un haussement d’épaule. La lame collée contre la meule, hurle et crache des étincelles.
- Ton père t’a aussi donné la vie. Pourtant je te trouve plus affûté et moins rouillé que le jour de ta naissance.
Décontenancé Dongal cite les paroles de son père.
- Ce ne sont pas les épées qui donnent leur valeur aux hommes. Je n’ai pas besoin d’une lame damasquinée de courtisan.
- Nous sommes parfaitement d’accord.
Samson lui rend une épée étincelante.
- Forge cette épée comme tu as forgé ton âme.
Dongal tremble de colère contenue. Il se sent volé par son ami, trahi.
- Je veux prouver à mon père que j’ai retenu la leçon. Je n’ai pas besoin des apparences du guerrier pour en être un.
- Cette rouille ne conserve que le souvenir de ton ressentiment contre ton père.
- Je t’en demande des comptes ? Je t’en donne des leçons ? Qu’est ce que j’en ai à faire de tes histoires de fesses avec ton « seigneur » ?
Thorn témoin involontaire de l’altercation électrique, en profite pour s’éclipser discrètement.
Le tocsin met fin à la dispute. L’armée du roy Arthur est annoncée.

Les deux compagnons gagnent la ligne de bataille. Les sergents rameutent la troupe. Les râteliers d’arme sont vidés, les armures sanglées. Les rangs sont formés. Les hommes sont alignés sur les positions prévues. Les jeunes de la blackwatch sont fébriles, mais ils ont répétés tant de fois cet exercice qu’ils le font mécaniquement. Le brouhaha du clan voisin des Egan, contraste avec leur silence obéissant. Samson s’approche du cairn de la blackwatch. Après y avoir déposé une grosse pierre sombre au sommet, il salue ses amis et disparaît en coiffant son heaume noir en forme d’obus.
L’attente commence. Les officiers se concertent. Les pans de brouillard cachent l’ennemi à leur vue.
Est-il vraiment là ? L’impatience gagne les cœurs. La ligne des Egan perd de sa cohésion, sous la désapprobation silencieuse des jeunes de la blackwatch. Les hommes du clan râlent contre la fausse alerte, et raillent les petits garçons obéissants et disciplinés. Aux ordres de Bors, les sergents détachent la dernière ligne pour faire planter des pieux devant la première ligne. Ils essuient les moqueries des Egan quand enfin ils y accrochent leur bouclier.
Un son métallique perce la brume. Le silence est demandé. Tous tendent l’oreille. L’alerte prend corps. Le son se vérifie, se rapproche. La tension est extrême, les rangs se resserrent. Tous s’attendent à voir surgir à chaque instant les étendards bretons.
Les sons métalliques se démultiplient évoquant une armée bardée de fer en marche. Dongal, devine plus qu’il n’entend les prières de ses compagnons.
L’ennemi déchire le brouillard.
Un troupeau de mouton fait tinter ses cloches, déclenchant l’hilarité générale. Plusieurs minutes d’incrédulité ne changent rien à la réalité. Les bêlements répondent aux aboiements du chien qui maintient cohérent cette transhumance. Le petit pâtre au milieu de ses bêtes est transi d’effroi. Faces hirsutes et métal froid forment un mur de terreur. L’occasion fait le larron. Le premier cuistot à envoyer son commis rapiner, lance un mouvement irrépressible. Les repas de midi, du soir et de plusieurs jours semblent assurés. Le gamin en pleurs qui tente de retenir ses bêtes est rabroué sans pitié par les pillards.
Un cavalier noir immense quitte la ligne des highlander à son tour. Il harangue les voleurs.
Samson écœuré par le sort du pâtre tente de les raisonner. Il leur demande de payer ce qu’ils prennent. Il ne récolte que rires et quolibets. Peut-être par peur d’être rôti et mangé aussi, le petit berger détale quand le demi-ogre lui tend une bourse contenant toute sa fortune. Au comble de l’ironie, le chien ne bronche pour personne d’autre que le maître d’arme géant. Sur le front des troupes il devient la cible de la risée générale. Le gamin fuyant, le chien aux basques, Samson est bien mal récompensé de sa bonne volonté. Dongal en a le cœur brisé pour lui.
D’un coup, rires et aboiements cessent. Samson décapite le chien d’un coup d’épée. Tous se taisent devant tant de cruauté. Que d’histoires pour quelques moutons. D’aucuns craignent pour la vie du gamin, mais il a disparu.
Le soleil perce enfin, accrochant des reflets rouges d’enfer aux ténèbres de l’armure de Samson. Nombreux sont les chrétiens à se signer devant cette incarnation du mal.
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PostSubject: épisode 47   Mon 3 Feb 2014 - 12:48

Dongal fait le serre-fil dans la première ligne. Brendan Dougall est directement à sa droite. Le clan Egan s’éparpille à sa gauche. De sa position il est aux premières loges pour assister au mini drame. Les supplétifs de la blackwatch ne sont pas les derniers à ramener des prises à la face noire. Il se demande quel goût aura cette viande volée. Sûrement aussi bonne qu’une autre, après ces journées de marche et de grand air. Dans la masse de l’ost des Highlands, la silhouette formidable du cavalier géant est un repère autant que les oriflammes battues par le vent qui se lève. Les dernières écharpes de brume se dissipent dans les creux de terrain. Même s’il en veut encore au demi-ogre de lui avoir meulé son épée. Il n’oublie pas que son acte partait d’un bon sentiment, comme tout ce qu’entreprend Samson. La grosse pierre qui orne le sommet du cairn de la blackwatch est à son image. Incongrue. S’il voulait passer inaperçu, s’intégrer, il ne le pourrait pas. S’il n’y avait la guerre, s’il n’y avait sa force, s’il n’y avait la magicienne, eut-il jamais été accepté dans les rangs de l’armée ? La sympathie des jeunes de la blackwatch cache une rude réalité. À son côté, Brendan anone des paroles incompréhensibles.
- Que marmonnes-tu ?
- Je prie pour Samson. Il ne mérite pas ce sort.
L’armure de Dongal choque celle du jeune paladin dans une bourrade qui se veut amicale, mais au tintement de casserole.
Son rôle de sergent l’autorisant à quitter sa place pour vérifier l’alignement, il en profite pour comparer la rectitude de leur formation au flou du reste de l’ost. L’alerte n’est pas officiellement passée, mais le relâchement gagne les rangs. L’armée s’étale sur prés d’une lieue jusque l’horizon. Elle fait face à une plaine vallonnée de petites collines et de dépressions. Seul un bois bouche la vue, séparé de la rivière par une large plage de galets, à une portée de flèche de la blackwatch.

Une rumeur enfle dans les rangs, des bras se tendent vers l’ouest. Le soleil explose en une fine ligne de milliers d’éclats dans le lointain. Une masse mouvante submerge le sommet des collines et déploie ses bannières. L’armée bretonne est encore à deux lieues, mais l’on devine déjà les cris de guerre, le martellement des bottes et des sabots, le choc du métal contre le métal, le hurlement des sergents. Comme un seul homme l’ost des Highlands se resserre. Les bannières de clan sont dressées. Lentement et irrésistiblement, la ligne sombre parsemée d’étoiles se rapproche. Dongal croyait avoir participé à une bataille. Son souvenir ressemble plus à une razzia, à une escarmouche, qu’une véritable bataille. Les armées en présence sont si formidables qu’il loue les plans du roy Bruce de les avoir placés sur le flanc, en face du bois dans un endroit peu exposé. Ils ne verront peut-être pas un ennemi de la bataille. C’est sûrement mieux pour un premier engagement digne de ce nom. Un cavalier longe le front des troupes. Il arrive au petit trot devant la blackwatch. Le prince Robert démonte devant le seigneur Bors, il s’incline et demande la permission de se joindre à la ligne.
- Sire ne préférez-vous pas rester avec mon état-major ?
- Ma naissance me donne ce droit, mais j’y renonce pour ce jour. J’en ai soupé des état-majors. Je veux être au sein de mes amis, et obéir.
Durement le seigneur Bors refuse.
- La blackwatch n’est pas une unité de parade, que l’on intègre ou que l’on quitte sur un caprice de prince. Mes hommes ont durement travaillé, vous mettriez en péril leur organisation, et leur vie, en les rejoignant sans préparation.
L’amertume est audible dans les propos de Robert.
- J’ai eu la meilleure formation martiale qui soit, je peux tenir ma place dans la ligne sire.
- Une excellente formation de duelliste, j’en suis sûr. Mettriez-vous la vie de vos compagnons en danger, eux qui sont formés à se battre en groupe, à se protéger les uns les autres ?
- Nulle n’était mon intention, pardonnez-moi mon ignorance sire.
Le prince s’incline et prend congé du seigneur. Il conduit son cheval par la bride à l’arrière. L’incident semble clos. L’ennemi a progressé, moins d’une lieue sépare les deux lignes de bataille. Dans le petit espace entre le clan Egan et la blackwatch. À égale distance entre les deux formations,. le prince Robert s’installe. Défiant l’autorité de Bors, il tient son bouclier devant lui et sa lance droite, à deux pas de Dongal. Il n’est pas dans la ligne, mais n’en est pas très loin.
- Le vieux est furax.
Chuchote Brendan.
De fait le seigneur commandant de la blackwatch siffle sa monture et saute en selle. Au pas, il dirige son destrier vers le prince. Il toise le jeune homme qui évite son regard. Le prince est presque bousculé quand le cavalier tourne autour de lui. Sans mot dire, il garde sa place. Aucun Egan ni membre de la blackwatch ne ratent une seconde du manège.
- C’est fort imprudent de demeurer ici sire.
Le prince ne cède pas à la provocation. Il est nez à naseau avec la monture du seigneur. Le souffle de l’animal soulève les mèches de sa coiffure. De gros postillons baveux le font cligner des yeux. Nul ne se permet une réflexion, mais les faces hilares des Egan sont explicites. Bors ne pousse pas le bouchon plus loin. Il démonte et prend Dongal à partie pendant que le prince s’éponge le visage.
- Prendriez-vous la responsabilité de prendre en charge une nouvelle recrue en ce jour de bataille sergent ?
La question est piégeuse. À quelle réponse s’attend Bors ? Un désaveu pour décourager définitivement le prince ? Un accord pour se décharger de la responsabilité sur son sergent ? Robert a cessé de respirer, il regarde dans le lointain. Son seigneur lui apparaît soudain comme son père, cruel et exigeant. Le moment est très mal choisi pour accueillir un nouveau. Qu’importe, il n’a pas le cœur d’humilier son ami. Il faut laisser leur chance aux bonnes volontés, même brouillonnes. Dongal regarde Bors au fond des yeux et crie.
- Je mettrais cette recrue au pas sire ! Quoiqu’il lui en coûte !
Bors prend acte, faussement dédaigneux. Il est fier de son sergent, il sait prendre ses responsabilités. Robert soupire. Les Egan ricanent. Brendan donne un petit coup de coude approbateur. Bors s’éloigne. Le prince attend les instructions tout penaud.
- Merci Dong.
Dongal quitte le rang et lui hurle à la face.
- Merci sergent !
- Merci sergent !
Lui répond Robert soudain raidi !
- Ne me remercie espèce d’imbécile !
- Désolé sergent !
Dongal le prend par le bras et l’intègre de force dans la ligne entre Brendan Dougall et Evan Fraser.
- Tais-toi, voilà ta place ! Lève ton bouclier ! Plus haut ! Encore ! Plus à gauche ! Encore ! La moitié doit couvrir le soldat à ta gauche ! Tu n’es pas seul dans la ligne !
Aucun reproche ou hurlement ne peut effacer le sourire du prince Robert. Brendan et Evan lui montrent la technique.
- Le talon de la lance contre le pied droit ! Silence dans les rangs !

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PostSubject: épisode 48   Tue 4 Feb 2014 - 10:58

Dongal reprend sa place dans le rang, après une dernière admonestation farouche. Il n’aime pas rudoyer les gens, mais ça fait partie de sa fonction. Plus encore ce jour qu’aucun autre. L’armée ennemie est toute proche, les vociférations et injures fusent de toute part. Un frisson glacial parcourt l’échine du jeune homme. Il est tétanisé. Il songe à tous ces bleus qui l’entourent, ce doit être encore pire pour eux. Les lignes ennemies offrent un spectacle de force et de haine incommensurable. Les Egan se déchaînent. Au moins, peuvent-ils se donner l’illusion de courage avec force cris et gestes. Une opportunité refusée aux cadets tenus dans une poigne de fer par leurs capitaines. Evan Fraser le ménestrel lance un timide.
- Bande de bâtards !
Aussitôt réprimé par un.
- Vos gueules dans les rangs !
Le père Johannes, l’aumônier de la blackwatch cite des versets de la bible et bénit qui le souhaite. Dongal s’agenouille au passage du prêtre. Nombreux sont ceux à l’imiter. Certains même que l’on croyait hermétique à cette foi. Peut-être s’imaginent-ils que les cantiques de leurs paladins et que les chants de leurs ménestrels seront plus efficaces s’ils se sont fait bénir auparavant.
Bors et son état-major, ainsi que les différents officiers devant la ligne se tournent comme un seul homme en direction du sud. Tous devinent que l’armée s’est mise en marche. Le vaste mouvement de faux dont ils sont le pivot est amorcé. La bataille est toute proche de commencer, ils n’en seront que spectateurs. Brendan se tord le cou pour en voir le plus possible sans quitter son poste.
- On ne les voit pas !
- Qui diable cherches-tu ?
Les chevaliers de la table ronde pardi ! Ne blasphème pas, je t’en prie !
C’est exact, à part quelques officiers et seigneurs bretons montés, aucune unité de cavalerie n’est visible. Le fer de lance de l’armée bretonne est absent.
- Réjouis-toi que le roy Arthur et ses chevaliers soient absents. Ce sont de redoutables adversaires.
- C’est dommage de les rater.
Dongal fronce les sourcils.
- Ce sont nos ennemis Brendan.
- Ils sont pieux et courageux, admirables en tout point.
- Et n’hésiteront pas à t’embrocher au bout de leur lance.
- À la grâce de dieu.
- Puisse ton bras ne pas trembler quand il faudra les frapper.
- Dieu nous en garde !
Un sifflement fend l’air à quelques pouces au-dessus de leur tête. Nul ne semble réagir à la répétition de ce son jusqu’à ce qu’une flèche se fiche dans le sol à quelques pas.
- Archers !!
Le cri d’alarme fige la troupe dans une surprise totale. Du bois en face, surgit une horde d’éclaireurs dépareillés. Ils approchent avec arrogance, lâchant leurs traits sans concertation aucune. Ils étaient masqués par le couvert des arbres et leur grande capacité à se dissimuler. Les redoutables forestiers de la forêt de Campacorentin confirment leur réputation d’individualisme et de dangerosité.La réduction de la distance augmente le nombre de projectiles et leur précision. La blackwatch resserre les rangs, ajuste ses boucliers, baisse le ventail de ses heaumes aux ordres de ses sergents. Les officiers refluent derrière la ligne. La pression augmente. Les flèches acquièrent force et précision. Elles se plantent en nombre ou ricochent contre les boucliers. Le clan Egan ne porte que de la maille et de petites targes. Il souffre beaucoup plus de l’attaque. Plusieurs de ses combattants sont déjà au sol, évacués vers l’arrière par les supplétifs. Instinctivement il reflue, déclenchant des commentaires lapidaires des cadets qui eux tiennent la ligne. C’est injuste mais ça soulage de leur rendre la monnaie de leur pièce.
Sous une pluie de flèches, les officiers des deux unités se disputent sur la conduite à tenir. La bataille est engagée. Bors veut tenir le flanc droit. Duncan Egan refuse de servir de cible à ces lâches d’archers et veut s’emparer du bois. Une bordée d’injures entérine la dissension. Le seigneur du clan Egan rameute sa troupe hors de portée des tirs. Les éclaireurs effrontés sont de plus en plus proches et précis. Le mur de boucliers se fissure en plusieurs endroits, quelques cadets sont évacués ensanglantés.
La fureur des guerriers du clan Egan se libère dans une charge débridée. Ils quittent le front sus aux archers. Dongal sent le sol trembler à leur passage. À la vue de la fuite désespérée de la nuée d’éclaireurs détalant comme des volatiles apeurés, il n’est pas loin de donner raison à Duncan Egan. Une furieuse envie de charger s’empare de la blackwatch. Le goût du sang la gagne, en voyant le massacre de quelques Bretons qui ont décroché trop tard. Volonté vite brisée par les capitaines intraitables qui maintiennent la cohésion de la ligne. Le clan Egan dans sa course atteint la lisière du bois. Des cris de victoires retentissent. Un sentiment de gêne s’empare de Dongal. Leurs chefs sont-ils trop timorés ? La grande majorité des archers ennemis est sauve, mais ils n’oseront plus se montrer si arrogant à découvert. Brendan donne un coup de coude à Dongal, et lui indique la plage de galets entre le bois et la rivière.
- Les voilà !
Une masse scintillante de chevaliers entre en scène. En formation compacte, ils se déploient et lèvent leurs bannières.
- Les chevaliers de la table ronde !
La situation est catastrophique. L’unité du flanc droit est brisée. La charge du clan Egan laisse un trou béant dans la défense. Les chevaliers peuvent lancer à leur tour une charge et prendre en enfilade toute l’armée des Highlands. Les cors d’alarme chantent. Duncan Egan prend conscience du danger. Il fait battre le rappel de ses troupes. Le problème pour lui est insoluble. S’il reste dans le bois, il est séparé de l’armée. S’il le quitte, il s’expose à une charge de cavalerie.
Le temps est suspendu.
Brendan tend la faveur jaune d’Hélène à Dongal.
- C’est le moment ou jamais !
Il n’en croit pas ses yeux.
- Tu l’as gardée ? Tu es fou !
- Moins que toi ! Tu es amoureux d’elle non ?
- Remballe ça !
- Si tu ne la portes pas, je le ferais !
- Fais ce que tu veux idiot !
Le jeune paladin noue la faveur à son bras d’arme.
Le clan Egan se rue en désordre, espérant regagner la ligne à temps. La cavalerie lourde bretonne se met en branle. Nul ne saurait dire quelle est sa cible, la ligne de bataille des Highlands ou les combattants Egan. Le seigneur Bors donne des ordres lourds de conséquence. Il fait détacher sa troisième ligne pour combler la brèche. La retraite des Egan sera coupée bien avant qu’ils soient de retour.
Aussi vite qu’ils le peuvent, les cadets se déploient pour fermer la ligne. Il n’est pas dit que leur faible effectif, tendu comme une lanière de caoutchouc, résiste à la charge mais peut-être sera-t-il dissuasif.
Comme des charognards, les éclaireurs bretons jaillissent du bois à peine abandonné. Les traits fusent et assassinent les soldats Egan dans le dos.
Les chevaliers lancés au grand galop, interceptent de flanc les malheureux à mi-parcours. C’est un carnage. La blackwatch assiste impuissante au massacre de ses compatriotes. Ils sont une poignée, parmi les plus jeunes et les plus rapides, ayant tout abandonné, armes et boucliers, à rejoindre la ligne. La charge bretonne s’épuise. Les cavaliers refluent pour se réorganiser. La pluie de flèches reprend. Le moral est au plus bas. Les cadets attendent leur heure, résignés. Le flanc droit tient, à quel prix ? Pour combien de temps ?

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PostSubject: épisode 49   Wed 5 Feb 2014 - 10:18

Daeia la magicienne et Samson sont dans la suite du roy Bruce MacMaelchon. Ils suivent le déroulement des opérations non loin de l’état-major du souverain. C’est une gageure d’organiser un mouvement en faux avec autant de troupes disparates et indisciplinées. Les décalages sont nombreux, créant des interstices dans la ligne, propices à des contre attaques dangereuses. Les officiers dépensent leur énergie à régulariser la situation. Ils sont plus absorbés par cette tâche que par l’ennemi. Quoiqu’ils fassent pour résorber un écart, un autre apparaît. La progression est lente et souvent interrompue. Les bretons ne sont pas décidés à en découdre. Ils cèdent le terrain devant la marche des highlanders. Bien coordonnés ils se refusent en s’articulant sur le bois à leur gauche. Ils semblent aspirer leurs ennemis vers eux. Un vent d’agitation secoue l’état-major. La situation de l’aile droite est débattue. Les bretons y ont massé leurs troupes les plus aguerries. Nul n’avait songé que ce flanc puisse être disputé. Au contraire, c’est l’aile gauche qui réunit les clans les plus nombreux et les plus réputés. Commentaires et conseils fusent.
- Les gamins de Bors subiront le sort des Egan sire.
- Les bretons nous chargeront dès qu’ils auront flanché. Profitons des quelques minutes que leur mort peut encore nous offrir pour enfoncer la ligne bretonne tant qu’il est encore temps.
- Mon fils est avec Bors.
Le roy est pétri d’inquiétude pour son rejeton.
- Envoyez une estafette le rappeler, il est peut-être encore temps.
- Si notre armée est au corps à corps avec l’ennemi, la charge des chevaliers sera sans impact. Ils devront se battre avec discernement pour ne pas blesser leurs alliés.
Bruce MacMaelchon marche de long en large sous les imprécations de son état-major. La situation critique requiert des décisions critiques. Il s’arrête enfin et s’adresse au seigneur du clan Campbell.
- Votre conseil Gérald ?
L’homme au profil en bec d’aigle s’incline devant son roy.
- Sire, aussi courageux que soient nos hommes, l’ordre serré et la discipline ne sont pas leur fort. Il nous est impossible de nous réorganiser pour faire front à l’effondrement du flanc droit. Il n’y a qu’un seul ordre à donner. Aller de l’avant. La journée ne sera pas perdue si nous culbutons la ligne bretonne. Notre plan initial ne peut souffrir aucune modification, il est trop tard. Il faut l’exécuter jusqu’au bout.
Le roy se tourne vers le nord inquiet. Le seigneur Campbell ajoute un commentaire.
- J’ai moi aussi un fils qui combat là-bas. Puisse-t-il se montrer digne de son nom.
Le roy se résigne.
- Soit ! Donnez l’ordre de charger l’ennemi. Il n’y a pas une minute à perdre.
Officiers et estafettes s’inclinent et filent transmettre les ordres. Le roy se tourne vers la magicienne qui n’a rien perdu du drame qui se joue.
- Madame, pourriez-vous envoyer votre garde du corps me ramener mon fils ? Ce n’est pas un roy, mais un père qui vous le demande.
- À vos ordres sire, mon garde du corps et moi même vous ramènerons le prince.

Daeia et Samson chevauchent de concert sans mot dire. Depuis cette fameuse nuit, ils n’ont aucune vraie conversation. Samson se refuse à lui donner un enfant. Il se contente de la servir. Elle se contente de ses services. Le jeune homme n’est pas prêt à devenir père. Surtout avec une femme dont il sait si peu de choses. Une femme qui porte un masque. L’a-t-elle laissé tomber cette fameuse nuit ? Il se demande parfois s’il n’a pas rêvé. Fidèle à sa façon, il est son ombre. La dame suit ses propres desseins. Pour le moment il en fait partie. Sans se tourner vers lui, elle lui lance.
- Nous allons voir si tout le temps, l’argent et la magie qui j’ai dépensé pour toi ont été bien investis.
- Souhaitez-vous que je protège le prince ?
- Me prends-tu pour une bonne d’enfant ? Le prince a choisi son destin. Pour rien au monde il ne le fuira. Surtout pour quitter la bataille sur ordre de son père.
Samson surpris s’interroge.
- Alors qu’allons-nous faire là-bas ?
- Moi aussi je provoque mon destin.

Bors rallie lui-même les bribes du clan Egan. Il secoue les jeunes gens, les remet sur pied. Ils ont été cruellement éprouvés, et ont souffert de lourdes pertes. Presque tout leur encadrement gît sur le terrain . Les quelques sergents rescapés se joignent au seigneur pour faire le tri entre les blessés et ceux qui peuvent encore tenir une épée. Lourds boucliers et lances sont distribués. Ce n’est pas leur équipement habituel, mais aucun ne rechigne devant la protection offerte. Les highlanders sont un peuple rustique et fier. La placidité de la ligne de la blackwatch les rassure. La terreur cède la place à une rage combative. Les survivants du clan Egan s’alignent aux côtés de la blackwatch pour renforcer la défense. Par imitation ils adoptent la posture de leurs nouveaux compagnons. Des officiers noirs, corrigent et alignent la formation. Le seigneur commandant la blackwatch se glisse parmi eux. Leur adressant un ultime encouragement.
- Bravo pour votre charge les gars. Je serais fier d’être des vôtres au combat.
En quelques minutes et quelques paroles, le sage commandant vient de rendre leur dignité à des soldats désormais prêts à mourir pour lui.

Les éclaireurs poursuivent leur travail de sape. Les flèches tombent drues. Dongal les croyait désorganisés et brouillons comme de l’infanterie légère. Ils sont en fait terriblement efficaces et obéissent à des officiers et sergents qu’il apprend à repérer. Leur tactique est d’affaiblir et d’user la ligne pour préparer une charge de chevalerie. Les nerfs des cadets sont soumis à rude épreuve. Ils doivent tenir sous les tirs incessants. Ils doivent combler les rangs quand leur voisin tombe. Se substituer au sergent ou à l’officier quand il est évacué en arrière. Tous savent que la charge est proche. Ils l’attendent. Tout plutôt que cette mort sans gloire. Pourquoi ne pas faire le choix des Egan ? Pourquoi pas ? Foncer et en finir. Ils le savent. Ils sont le flanc droit de l’armée et ils tiendront.
Une immense clameur signale la charge de l’armée des Highlands. Faisant fi de la coordination et de l’alignement, les hommes en kilt lèvent haut le pied pour fondre sur les lances bretonnes. Les hommes de la blackwatch se signent. Aucune charge ne leur est permise sous la menace des chevaliers de la table ronde. Ils ne peuvent risquer le sort des hommes du clan Egan. Ils sont conscients qu’un compte à rebours est déclenché. Les chevaliers vont devoir agir sous peine de voir l’occasion leur échapper. Dongal rentre sa tête dans les épaules comme s’il pouvait éviter le déluge de projectiles qu’il devine précéder l’ultime assaut.
Rien ne vient, l’intensité de la pression chute opportunément. Les officiers éclaireurs font avancer leurs hommes. Dongal remarque la désorganisation dans les lignes ennemies. Les piétons sont trop avancés et gênent l’espace devant les cavaliers piaffant. Ça crie, ça gesticule. Un grain de sable enraye la belle mécanique bretonne.
Dongal respire, Dieu aurait-il entendu ses prières muettes ? Enfin il saisit la raison de ce répit.
La demi-ogresse magicienne, flanquée de son garde du corps est sur le front des troupes. Daeia enchaîne les sorts en direction de l’ennemi. Sans danger, puisque aucun ennemi ne semble blessé. Le résultat est efficace. Les éclaireurs perdent leur acuité visuelle et leur précision. Ce qui les contraint à s’approcher et gêner les cavaliers pour retrouver leur efficacité. Mal leur en prend, sans en avoir conscience ils entrent dans la zone dangereuse. La magicienne dévoile ses vraies capacités et enflamme par paquets entiers les éclaireurs. Les malheureux retraitent ou se tordent de douleur dans les herbes.
Un cri de victoire sauvage s’élève des poitrines highlanders. La situation qui semblait désespérée, est retournée d’un coup. Les éclaireurs sont voués aux enfers par leurs ennemis sans pitié. Daeia est acclamée par les cris et le choc des épées contre les boucliers.
Le sol tremble. Lances baissées, les chevaliers de la table ronde culbutent les traînards sans égard pour se ruer à l’assaut.

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PostSubject: épisode 50   Fri 7 Feb 2014 - 10:21

Les ordres sont lancés et exécutés. La première ligne bloque le talon de sa lance contre l’intérieur de son pied droit légèrement reculé. La hampe fait un angle de quatre-vingt-dix degrés avec le sol, menaçant de son fer l’attaque bretonne. La seconde ligne pose son arme sur l’épaule du soldat devant lui, pour venir densifier le mur de boucliers et de lances. Les Egan mettent plus de temps à accomplir la manœuvre sous la direction des officiers noirs. Dame Daeia et Samson ne bronchent pas, ils restent devant la ligne. Elle lance ses sorts dans le giron de son garde du corps. L’immense bouclier, aussi grand qu’une porte la couvre entièrement. Il s’efface pour lui laisser le temps d’œuvrer et se replace en position de protection sans qu’elle n’ait besoin de le demander. Quelques flèches le hérissent, symbole désespéré des tentatives avortées des éclaireurs de venger leurs morts. La magicienne échoue à entraver la marche des chevaux. Ses sorts de magie glaciale explosent en centaines de glaçons inefficaces. La charge des chevaliers de la table ronde est irrésistible. Tout au plus les éclats lumineux dissuadent les montures de se ruer vers elle et son garde du corps. La masse de cavaliers se scinde en deux, débordant les demi-ogres comme la marée le ferait d’un rocher.
La terreur s’empare de la ligne. Aucun cadet ne bronche, et s’assure que son bouclier protège son voisin, son frère d’arme. Plus qu’aucun autre les Egan savent qu’il est inconscient de tourner le dos aux cavaliers. Ils font corps avec la blackwatch.
Dongal admire les blasons bretons multicolores qui éclairent, bannières, montures et écus des chevaliers.
La ligne est percutée, culbutée, enfoncée. Dongal est sonné, à quatre pattes dans un maelstrom de poussière. Il a perdu heaume et bouclier. Il se relève chancelant, cherche son voisin, l’ennemi, et brandit sa lance. Il entend des ordres qu’il ne comprend pas. Le goût du sang dans sa bouche lui donne des vertiges. Sa lance est brisée. Sa première pensée est de retrouver l’autre bout pour la réparer. Il va en avoir besoin. Le fourrier va lui demander des comptes. Il est saisi vivement par l’épaule, on lui hurle au visage et on le secoue. On lui colle un bouclier à moitié défoncé dans les mains. Manu-militari il est remis dans une ligne. Sentir les épaules de ses compagnons contre les siennes, le regonfle un peu. Il serre son bouclier à gauche. À défaut de lance il sort son épée. La ligne marche. Il ne sait vers où, vers qui. Il est dans la ligne avec ses compagnons, ils ont besoin de lui. Il marche.

De la tempête de poussière surgit un cheval. À quelques pas du couple de demi-ogres. Un chevalier lance son défi. Sa silhouette filiforme et ses armoiries le désignent comme un chevalier du marais d’Avalon.
- Toi le chevalier noir ! Je te jette mon gant.
Samson comprend qu’on le provoque en duel. Un chevalier digne de ce nom ne peut refuser sans y perdre son honneur. Il regarde sa maîtresse dont la mine furieuse ne laisse aucun doute sur sa désapprobation. Samson imperturbable acquiesce d’un signe de tête à la volonté de Daeia. L’avalonien éclate de rire.
- Je vois, tu n’es pas un chevalier. Juste un géant, esclave d’une magicienne. Peu importe, je te tuerais quand même, juste pour faire languir Keu le tueur de géants.
Passablement impatiente Daeia s’apprête à réduire l’impudent en cendres. Le bouclier ne s’efface pas. Samson lui refuse cette opportunité. De sa main droite, il jette sa lance en l’air. Il la rattrape par le milieu et l’envoie sur le chevalier d’un geste brutal et précis. Bouclier, armure et cage thoracique sont transpercés. L’homme s’effondre sur la croupe de son destrier. Samson efface son bouclier.
- Défi relevé !

Le chaos règne. Cadavres et blessés jonchent le sol. Quelques chevaux au poitrail défoncé agonisent. Bors fait faire demi-tour à ses troupes et reforme une ligne autour de la magicienne. Les cavaliers ont brisé la ligne, mais ils ne peuvent encore profiter de leur victoire. Les highlanders ont cédé mais n’ont pas rompu. Ils marchent vers les cavaliers qui se rassemblent. Ils veulent réduire l’écart entre eux pour empêcher les cavaliers de prendre leur élan. Bors veut les pousser à la rivière. Le terrain ne leur est plus favorable. Les cavaliers sont dans le camp highlander. Ses tentes et chariots sont des obstacles à une charge efficace et des abris pour l’infanterie. L’instant d’une victoire rapide s’est enfui. La charge pourtant victorieuse, n’a pas suffisamment ébranlé le moral de la blackwatch. Meurtris, ensanglantés, ils marchent en chantant. Le flanc droit tient.
Les cavaliers fougueux veulent faire rendre gorge à ces furieux. Leur chef, armorié d’azur aux trois couronnes d’or, fait battre le rappel. Le flanc gauche de la ligne de bataille de l’ost des Highlands est hors de vue. Ce qui signifie qu’ils ont engagé l’armée bretonne. Toute manœuvre ici n’est plus que temps perdu. Le chef des cavaliers salue le seigneur Bors et rend hommage du haut de sa monture à Dame Daeia. Les chevaliers quittent le champ de bataille en franchissant le pont.

L’après-midi est bien avancée. Bors fait barrer le pont par des chariots et disposer une garde pour éviter toute mauvaise surprise. Une mince ligne de survivants reprend sa position d’origine pour signifier à tous que le flanc droit est tenu. Les autres arpentent le champ de bataille pour secourir les blessés, rassembler les morts et achever les chevaux. Finement, le danger passé, Daeia presse le prince Robert, indemne d’aller faire son rapport au roy son père. Le jeune homme déboussolé n’est pas difficile à convaincre.
Evan Fraser le ménestrel alpague Dongal dans la tente où sont soignés les blessés. Les deux jeunes gens tombent dans les bras l’un de l’autre.
- Grâce au ciel, tu es vivant !
- Quel choc mon Dieu, je n’imaginais pas cela si horrible. Comment vont les autres ?
- Une hécatombe, nous avons subi l’assaut de plein fouet.
- J’étais là.
- Ce pauvre fou de Brendan.
Dongal ne se rappelle rien de ce qui a précédé le choc. Un sombre pressentiment le saisit.
- Que lui est-il arrivé ?
- Lors de l’impact, il s’est rué entre un cheval et Robert.
Il imagine aisément la scène.
- Il… Il est mort ?
- Il est salement amoché, suit moi.
Le jeune paladin gît sur une paillasse, une lance brisée dépasse de sa poitrine. La scène est terrible. Le jeune garçon sourit en voyant son sergent vivant.
- Oh Dong, j’ai tant prié pour toi !
Il crache du sang. Horrifié, Dongal se jette à son chevet.
- Ne parle pas idiot tu vas t’épuiser.
- Il me reste peu de temps, écoute-moi.
- Ne dis pas de bêtises !
- Je n’ai plus assez de temps pour le faire, écoute-moi !
Dongal prend la main de son compagnon et se tait.
- Je veux que tu rendes sa faveur à damoiselle Hélène. Promet le moi !
Dongal ne montre pas son trouble au mourant.
- Promet le moi !
- C’est promis !
- N’oublie pas de lui déclarer ton amour.
Les larmes lui montent aux yeux.
- Nous sommes de passage sur cette terre. La guerre n’est pas finie. Ne la quitte pas sans lui avoir déclaré ton amour. Promet le moi !
- Je te le promets.
Le jeune paladin naïf expire le sourire aux lèvres.

Dongal glisse sa pierre dans son sporan, la petite bourse qui orne son kilt. Le cairn devant lequel est célébré la messe, est plus important qu’il ne l’aurait imaginé ce matin. Il a diminué. Le pavé de Samson n’y trône plus, mais il est encore trop gros, comme son chagrin. La bataille est gagnée. La présence du roy et de son fils, signifient à tous le rôle majeur joué par la blackwatch lors de cette journée. Le gros de l’armée bretonne n’est pas réduit. La guerre ne fait que commencer.

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