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 La trilogie noire 3: La proie du Déodande

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Marhalt
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PostSubject: La trilogie noire 3: La proie du Déodande   Mon 7 May 2012 - 10:29

Suite et fin de la trilogie, cette fois ci, je vais vous la distiller tranquillement car la fin du texte n'est pas écrite. C'est un chassé-croisé entre le passé et le présent, qui éclaire quelques aspects des familles Campbell et Bones, et met en scène quelques figures des légendes arthuriennes. Avec un petit clin d’œil à certains lecteurs.



Belouis, le torse nu et luisant, sépare en deux des bûches dans l'arrière cour de la taverne du crépuscule. Le geste ancestral de la hache qui s'abat, rythme le travail du demi-ogre. Rien ne lui semble plus aisé que de poser une bûche cylindrique et poussiéreuse sur le billot. Le poids de la cognée à lui seul, suffit à séparer les fibres du bois sec, cela ne demande aucun effort, aucune réflexion. Le vide se fait dans son esprit, et la simple activité physique lui procure un bien-être mental. Quand la tempête fait rage sous son crâne, il se réfugie souvent dans l'arrière cour de sa grand-mère pour faire du petit bois. La vieille dame et les gens qui fréquentent la taverne connaissent son état d'esprit et évitent de le déranger. Ils laissent les chocs réguliers rythmer les activités de la maison.
Avant de trouver la paix, Belouis a beaucoup à ressasser, les derniers événements l'ont beaucoup concerné. Le calme aux frontières est tout relatif, la double invasion à été mise en échec, chacun panse ses blessures et fourbi ses armes pour le prochain engagement qui ne manquera pas de se produire, tôt ou tard. Le réseau magique des reliques est reconstitué et remplit à nouveau son office. A quel prix! La bataille fut redoutable et nombre de combattants gisent sous terre. Le cœur du maître d'arme se serre en songeant au jeune homme qu'il a enseveli, le prince Charles de retour d'exil. Il a fait vaciller le royaume avant de le faire pleurer. Sa perte tragique laisse le pays orphelin. La succession du roy Kystennin se profile comme un nuage sombre dans le ciel du royaume.
L'immense demi-ogre se fige après avoir posé une bûche sur le billot. Tout à ses réflexions il n'a pas vu qu'on l'observait. Yodalaï le chamane blanc du village de Cardiff est assis sur un tas de sarments et sourit silencieusement à Belouis. Il est très rare que le vieux sage sorte de sa retraite, seule la rébellion du prince Charles avait eu ce pouvoir. Belouis n'a pas le goût de converser, il reprend sa tâche interrompue, ce qui convient parfaitement au vieux demi-ogre, qui pose ses deux mains et son menton sur sa canne, dans une attitude de paisible contemplation.
Au fond de lui, Belouis se doute de la raison de la présence de Yodalaï. Il doit répondre à une convocation du roy. Kystennin a décidé de se trouver un successeur, comme beaucoup, il a peur du chaos qu'engendrerait sa disparition, si aucun héritier n'est désigné. Le roy veut associer les grands du royaume à ce choix, et toutes les composantes du peuple albionnais. Le moment venu, la transition doit se faire sans contestation. C'est aussi un moyen pour lui de dissiper les dissensions créées par la rébellion du prince, de réconcilier ceux qui ont faillit en venir à s'affronter. Il veut faire table rase des récents événements, sans les oublier, et œuvrer à ce qu'ils ne puissent se reproduire. C'est la cohésion des peuples d'Albion qui permet au royaume de résister dans cette guerre éternelle. Le roy constitue un conseil représentatif des pouvoirs et des peuples albionnais, afin que la désignation d'un héritier soit incontestée.
Yodalaï est le premier représentant de la nation demi-ogre à être appelé au conseil de succession du roy.
Une bûche explose sous le coup violent que vient de lui porter Belouis.
Le maître d'arme inspire profondément, se penche pour ramasser les deux morceaux et les jeter sur le tas qui grandit dans un coin. Les regards des deux demi-ogres se croisent. Pensent-ils à la même chose? Le cheminement de leur pensée s'est-il rejoint? La décision du roy est sage, pourtant elle vient de révéler une faille insoupçonnée dans la nation demi-ogre. La désignation de Yodalaï ne fait pas l'unanimité, loin s'en faut. Depuis longtemps les demi-ogres sont acceptés et nombre d'entre eux sont intégrés dans tous les rouages du royaume. Pourtant ce n'est que depuis peu que les tribus demi-ogres sont reconnues. Jusqu'ici l'intégration demi-ogre était l'affaire d'individus, reconnus pour leur mérite. Les défenseurs d'Albion et la fraternité des ombres en ont recrutés beaucoup. Les combattants ont prêtés allégeance aux seigneurs bretons et highlanders. Ils se considèrent comme l'avant-garde, l'élite de la nation demi-ogre, ils ont totalement adopté et assimilé le mode de vie albionnais. Depuis des décennies, ils essayent de faire oublier la réputation de dangereux sauvages, de pillards et de mangeurs d'enfants de leurs congénères. Ce sont les rédempteurs, comme ils se plaisent à se désigner eux même. Ceux qui veulent faire oublier la honte de la naissance de leur nation et qui revendiquent leur appartenance pleine et entière au genre humain. Pour ceux là, qu'un chamane tribal accède au conseil du roy, au détriment des efforts qu'ils déploient depuis des années, est vécu comme un affront, une injustice.
Belouis choisit une autre bûche et la pose au centre du billot, il se redresse et crache un jet de salive au creu de chacune de ses paumes. La hache s'élève et fend l'air et la bûche dans un même souffle. La nation demi-ogre est-elle comme cette bûche qui vient de se scinder en deux morceaux? Belouis est bien en mal de répondre à cette question qui le taraude. D'aussi loin qu'il se le rappelle, il a toujours vécu dans le royaume, ses parents étaient-ils des tribaux? Il n'en sait rien, c'est sa grand-mère qui l'a élevé. Il y a peu de temps qu'elle lui a révélé une partie de son passé, dans les marais de Laurus, à une époque où la méfiance régnait encore vis à vis du peuple métis. Il sait juste que ses parents sont morts dans les terribles guerres qui ont vu l'émergence d'Albion, unifiée par le roy Arthur. Belouis n'est pas un tribal, il n'a pas été élevé dans la tradition, dans le savoir de son peuple, mais il ne se considère pas non plus comme un rédempteur. Il ne croit pas que les tribaux soient des arriérés voire pire, au contraire, il a soif de connaître et de comprendre ses racines. Tout en gardant leur singularité, les tribaux ont su montrer leur attachement au royaume et leur fiabilité. Sans se compromettre, ils se sont révélés à ceux qui ne voulaient pas les voir. Ils se sont joints aux autres nations albionnaises. C'est cette réussite inattendue, que leur jalouse les rédempteurs, ils se sentent spoliés, volés de leurs efforts. Reconnaître le droit des tribaux à siéger au conseil, serait reconnaître l'échec de la méthode rédemptrice. Seuls la vanité et l'orgueil ne peuvent expliquer ce rejet des tribaux. Les rédempteurs ont construit des alliances et bâti leur vie dans le royaume, ils ont acquis de haute lutte une reconnaissance et gagné la confiance de leurs seigneurs. L'arrivée des tribus, met en péril le lien féodal des rédempteurs avec le royaume. Les vassaux demi-ogres ne seront-ils pas tentés de faire passer l'intérêt des tribus avant celui des seigneurs? S'opposer ouvertement à la montée en puissance des tribaux, n'est-il pas une façon pour les rédempteurs, de prouver leur fidélité à ceux qui leur ont fait confiance?
Les menaces internes sont loin d'être éteintes, et quand on en éloigne une, d'autres se révèlent. Belouis comprend la difficulté à exercer le pouvoir et n'envie pas la place du roy Kystennin.

De la grande salle de la taverne, la voix de Granmother s'élève pour appeler son petit-fils, un visiteur le demande. Belouis pose sa cognée contre le billot, et se rafraichit à l'eau tirée du puits. Le demi-ogre se sèche et enfile une chemise sous le regard triste du chamane immobile. La voix de Yodalaï fait se retourner Belouis alors qu'il allait entrer dans le bâtiment.
- Pardonne lui.
Ils n'avaient échangé aucune parole jusque maintenant, la supplique le surprend.
- Pardonner à qui?
Une profonde tristesse émane du vieux demi-ogre, cependant il ne donne pas d'explication et répète sur le même ton.
- Pardonne lui.
Belouis sent dans ses tripes qu'il a raté quelque chose, mais nulle soudaine révélation ne vient éclairer le mystère.
- Belouis!
Granmother devient plus insistante.
- Tu m'expliquera ça quand j'en aurais fini avec mon visiteur. Je fais au plus vite.
Belouis quitte la clarté de la cour pour la pénombre de la salle d'auberge. Le temps que son regard s'accoutume, il voit sa grand-mère servir une chope de bière à un demi-ogre. C'est Tana, le pêcheur du village de Cardiff, un pauvre sourire éclaire son visage quand il reconnaît Belouis. Le maître d'arme cogne l'épaule de son ami d'une bourrade virile.
- Tana! Tu as quitté ta barque et tes filets?
- Je suis venu te chercher.
Belouis ne cache pas sa surprise.
- Me chercher? Que se passe-t-il?
- Yodalaï est mort...
- Mort?
Belouis tourne les talons et se précipite dans la cour, avec un nœud d'horreur incrédule dans les entrailles.
Yodalaï n'est plus là. Enfin, Belouis comprend, ce n'était que son spectre, Yodalaï est mort, il n'a pas su le voir. Le demi-ogre tombe à genoux en pleurs au milieu du bois coupé.

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Marhalt
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PostSubject: épisode 2   Mon 7 May 2012 - 10:30

Le novice marche dans une flaque d'eau boueuse. Le contact du liquide glacé sur son pied lui tire un glapissement. Un vieux légionnaire s'esclaffe en regardant le jeune garçon en robe de bure sautiller jusque la grange. Sans malice le novice rit de sa légère infortune et déchausse sa sandale pour se frictionner avec un bouchon de paille. Un froid vent d'hiver emporte le dernier éclat du vieux soldat.
La nuit est tombée sur le fort sauvage, tous les légionnaires qui ne sont pas de service sont au coin du feu et passent leur temps de garnison dans l'oisiveté. Custanius sert le vieux curé de la paroisse, il est arrivé dans les bagages du dernier prélat envoyé par Rome, il est jeune, curieux, et dégourdi. De ses parents romains, il a très peu de souvenirs, pauvres et déjà en charge d'une nombreuse famille, ils l'ont confié à l'église. Il s'est très vite adapté à la vie monastique, il apprend bien et fait la joie de ses professeurs. Il aime lire, mais aussi parler avec des frères plus anciens afin de partager leur savoir et leur expérience. Il sait être de bonne conversation ou encore un bon auditoire. Chacun l'apprécie, car il ne se met jamais en avant et sait entrainer les gens à parler de sujets qu'ils connaissent et maîtrisent. C'est un plaisir de satisfaire sa curiosité. Doué pour les langues, il a mis peu de temps à apprendre le breton. Il peine encore avec la langue des hautes terres mais s'y essaye vaillamment. Il aime s'adresser a ses interlocuteurs dans leur langue ou patois, ce qui attire la sympathie. Instinctivement chacun le considère comme un jeune garçon issu de son propre milieu, un égal, non un fils de paysan, ou un fils de patricien, un égal.
Custanius nettoie consciencieusement sa sandale, la rechausse et reprend la route de la chaumière du père Clementius, avec la miche de pain rond qu'il est venu chercher. Des rires étouffés lui font dresser l'oreille, ce n'est pas de lui que l'on rit. Curieux, le novice tente de percer l'obscurité, un voile de flocons lui fait cligner des yeux. Les éclats proviennent de la porte qui garde l'accès a la zone frontière. Une zone que les armées romaines contrôlent mal, sinon pas du tout. Custanius rabat sa capuche sur la tête et décide d'en avoir le cœur net. Le novice traverse le fort en trottinant et en sautillant pour éviter les flaques d'eau sombre. Il surprend deux légionnaires hilares lançant des pierres dans le noir.
- Que se passe-t-il?
- Rien mon frère, c'est juste une vilaine bête que nous chassons à coup de pierre.
- Une bête?
- Une créature que ni dieu ni diable ne voudrait pour ouaille.
- Laissez à dieu le soin de ses créatures.
Le ton et les rires des légionnaires laissent entendre qu'ils ne lui disent pas l'exacte vérité. Intrigué le novice décide de s'avancer sur le chemin qui quitte le fort.
- Où allez-vous petit frère? Nous avons ordre de clore les portes sitôt la patrouille du décurion Claudius de retour.
La menace est claire, s'il ne fait pas vite demi-tour, ils le laisseront dehors pour la nuit. Cela ne fait que conforter Custanius dans l'idée qu'il se passe quelque chose de bizarre.
- Ne vous en faites pas je ne m'attarderai pas.
Le novice s'enfonce dans la nuit, il avance lentement, en tendant l'oreille. La nuit et la neige qui tombe, se liguent pour perturber sa vision. Il renonce à quitter le chemin boueux de peur de s'égarer. Il est bien prés d'abandonner, quand il aperçoit ses propres traces gorgées d'eau sur le chemin détrempé. La terre garde la mémoire de son passage. Ce n'est pas dans les ténèbres qu'il faut chercher mais au sol. Ragaillardi le jeune garçon se penche, et suit le chemin en écarquillant les yeux. Il se dit que s'il ne rencontre pas la créature, rien qu'a ses traces, il saura de quoi il retournait.
Le sol est vierge, personne n'est passé avant que la pluie ne tombe, rares sont les voyageurs qui empruntent ce chemin. Peut-être que les légionnaires ne mentaient pas après tout. Une vilaine bête?
Un miaulement étrange fait sursauter Custanius.
- Qui est là?
Le jeune homme s'arrête et serre sa miche de pain contre lui. La nuit rend le miaulement sinistre, la détermination de Custanius s'envole.
- La curiosité est un vilain défaut, on me l'a mainte fois répété, je ferai mieux de m'en retourner auprès du père Clementius.
Une trace de pas sur le chemin, accroche son regard, et c'en est fait de sa bonne résolution. Le garçon sourit en découvrant une volée de pas figés dans la boue, des pieds nus. Il est au point exacte ou l'inconnu a fait demi tour. Il pose sa sandale à côté de l'empreinte et compare son pied à celui qu'il a découvert. Même taille, mais le pied de l'inconnu est plus large, un homme fait? Custanius remonte la piste, en se questionnant sur le bienfondé de son attitude. Pourquoi chercher des ennuis à remonter une piste qui mène, on ne sait à quel étranger? Si les gardes lui ont barré le passage, c'est qu'ils l'ont jugé indésirable. Indésirable mais pas dangereux se rassure-t-il, sinon ce n'est pas avec quelques cailloux qu'ils l'auraient chassé.
Les traces de pas dévalent le talus, et se perdent dans l'herbe. L'inconnu a renoncé à rebrousser chemin, peut-être se cherche-t-il un abri pour la nuit? Le miaulement reprend et éveille des souvenirs enfouis chez Custanius. Ce n'est pas un chat, c'est un bébé qui pleure! Le novice retrousse sa bure et lève le pied. Devant lui des herbes sont écrasés sous un pas lourd et des brindilles sont arrachées.
- Ne partez pas madame!! Je ne vous veux pas de mal!
L'inconnue s'enfuit, les gardes ont chassé une mère et son enfant. Il aperçoit sa silhouette dans les buissons. Un cri, un bruit sourd. La fuyarde à glissé, le bébé pleure. Custanius les rattrape. La créature tend une main pour se garder d'un coup, tout en serrant son enfant contre elle de son autre main. Le regard de terreur que lui lance la créature, choque le jeune homme qui recule de plusieurs pas et se veut apaisant.
Madame, n'ayez pas peur, je me nomme Custanius, je ne vous veux pas de mal.
Elle n'est pas humaine, c'est une de ces créatures des marais dont il à entendu parler. Il ne connait pas bien leur histoire, mais il sait que les populations locales les ignorent, au mieux. C'est la première fois qu'il en rencontre une. Faut-il donc que dans tout le drame mystérieux qui se joue, cette créature lui apparaisse comme la sainte mère de l'enfant Jésus, chassée à coup de pierres par des soldats romains. Le jeune garçon rompt la miche de pain et tend une large part à la dame des marais. La méfiance et la réticence s'effacent devant la faim grondante qui la dévore, la demi-ogresse engloutit le pain sans en laisser une miette. Custanius ne se fait pas prier pour lui donner toute la miche, il la regarde faire, en se demandant depuis combien de temps elle n'a pas mangé. Ils ont trouvé abri sous une pierre plate, Custanius n'ose pas briser le peu de confiance qu'elle a gagné en la questionnant. Il lui sourit et se désigne du doigt.
- Je me nomme Custanius.
La pauvrette est vêtue d'une courte robe trempée, fermée par une ceinture en tissus, elle tremble de froid. Sans geste brusque, le moine ôte son manteau de bure et lui tend.
- Prenez, il fait froid, vous en avez besoin, et votre enfant aussi, comment s'appelle-t-il?
La mère semble très jeune, elle enfile le manteau sans répondre. Le bébé, très vigoureux est maintenu fermement contre sa mère par une grande pièce de lin. Ignorant la présence du jeune moine, la mère déloge un sein de sa robe et écrase le visage du bébé sur le téton. Custanius rougit et détourne les yeux après avoir vu l'enfant téter goulument le lait de sa mère. Les bruits de succion ponctuent le calme qui s'est instauré. Custanius essaye de s'installer confortablement, et se résout à observer la scène.
- Que s'est-il passé avec les soldats?
- Ils ont pris mon argent et m'ont chassé en riant, ils m'ont traité de voleuse.
- Ils vous ont réclamé de l'argent?
- Pour le passage, je leur ai donné tout ce que j'avais.
- Où comptiez-vous aller?
- Mon mari est mort dans le marais de Laurus, nous vendions des poissons à la garnison romaine d' Erasium. Il y a une tribu à Adribard dans les marais d'Avalon, je dois m'y rendre.
Custanius soupire, le désintérêt de Rome pour la Bretagne, les soldes qui arrivent en retard, voire pas du tout. Les conflits avec les autochtones, et ce fameux Artorius qui toise les centurions de haut.
La pax romana ne règne pas en Bretagne, a-t-elle jamais existé en ces lieux?
- Je vous aiderai à passer dans la province romaine, soyez sans crainte. Quel est votre nom?
- Pourquoi m'aideriez-vous? Je ne prie pas votre dieu.
- Avant de connaître la paix, les miens furent pourchassés, crucifiés et martyrisés par les romains.
- Tu es romain.
- Je suis chrétien et je viens en aide a la veuve et l'orphelin. Comment s'appelle ton enfant, est-ce une fille ou un garçon?
- Je me nomme Yvolaine. Mon fils ne porte pas encore de nom, un chamane doit le baptiser.
- Un chamane? Je suis une sorte de chamane moi aussi, je peux le baptiser si tu veux.
- Le chamane lui donnera un nom dont les démons ne s'empareront pas.
- Présente-moi ton fils.
Le petit, tout juste rassasié, change de mains, mais, comme rebelle, s'accroche aux index du novice. Custanius le soulève de cette façon en souriant, puis le couche contre son bras, et le signe a l'eau de pluie sur le front.
- Tu es très fort! Je te baptise Samson. C'est un nom biblique qui te gardera des démons.
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Marhalt
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PostSubject: épisode 3   Mon 7 May 2012 - 10:31

Belouis n'a pas voulu expliquer la vision qu'il a eu. La vision ou la rencontre? Ce n'est pas la première fois qu'il voit des compagnons disparus, ou des esprits égarés. Yodalaï devait en savoir plus a ce sujet, mais ne lui avait jamais donné d'explications très claires. Lors de sa communion demi-ogre, il l'avait baptisé Kohan, celui qui marche avec les esprits. Mais rien depuis ce jour ne s'était produit, il se croyait à l'abri de tels incidents. Celui qui marche avec les esprits, il aurait aimé que le vieux chamane se manifeste à lui, pour pouvoir l'interroger. Y avait-il un sens à son apparition? A sa mystérieuse phrase? Pardonne lui? Belouis le sait, les esprits qui le visitent, ne viennent pas sans raisons. Pardonner à qui? Pardonner quoi? Cela juste avant qu'il n'apprenne la mort du vieil homme. C'était forcément lié. A qui doit-il pardonner la mort du chamane?

Tana et Belouis sont assis de part et d'autre d'une table de la salle principale. La taverne reste fermée, Granmother pourtant ne peut rester inactive, et essuie encore une fois son zinc, ou les tables.
Elle veut entendre la conversation des deux hommes, mais ne veut s'y mêler, ni quitter la pièce. Aucun d'eux ne touche à la bière qu'elle leur a servi. Le chagrin du deuil, les étreint sourdement.
Belouis le premier rompt le silence.
- Comment est-ce arrivé?
- Très vite, il a semblé vieillir d'un coup puis s'est éteint.
Belouis est perplexe, il s'attendait à autre chose. Granmother s'interrompt en plein balayage et semble prête à poser une question, puis reprend son activité plus lentement.
- Il était malade?
- Non...mais depuis un moment, on le savait soucieux de transmettre son savoir, peut-être sentait-il les choses venir.
- Mort de vieillesse? Pourtant il me semblait en pleine forme lors de la rébellion du prince.
- Depuis ce moment, nous avons perdu notre tranquillité, Il s'était beaucoup investi.
- Il sortait du village? Il voyait du monde?
- Pas exactement, le monde venait à lui, de simple chamane de village, il était devenu le porte-parole de notre nation.
Granmother pose son balai et dénoue son tablier. La vieille dame attire l'attention des deux amis.
- Yodalaï n'a jamais été un simple chamane de village, il était le chamane blanc. Cela ne signifie sans doute rien pour vous qui n'avaient pas connu les époques troublées, et les conflits avec la noire.
- Tout cela n'est-il pas simple superstition?
- Vous avez vécu dans la paix des tribus, et les histoires anciennes vous semblent des contes pour enfant.
- Cette époque est révolue, crois-tu que cela puisse avoir un rapport avec la mort de Yodalaï?
- La guerre contre les ténèbres n'est jamais terminée. Qui est l'héritier de Yodalaï?
Tana se frotte la barbe, surpris de la question.
- Hmm personne en vérité... Nous songions à Belouis...
Belouis fronce les sourcils et s'appuie sur le dossier de sa chaise, dans un geste de recul.
- Moi?
- Tu es notre capitaine, tu nous a mené à la bataille, ton autorité et ton droit sont indiscutables.
- Je ne suis pas chamane... Je ne vis pas parmi vous...
- Nous avons besoin de toi, sinon le seigneur de Bethuen désignera lui même un nouveau chef.
- Ce n'est pas la coutume! Les tribus désignent elles même leur chef.
- Les circonstances sont particulières, le village de Cardiff à été donné en fermage à la tribu par le seigneur de Bethuen. Il prétend avoir un droit de regard en tant que suzerain.
La seigneurie de Bethuen, la famille des Mares, de sombres souvenirs traversent l'esprit de Belouis. L'ancien seigneur est mort il y a deux ans, un vague cousin lui a succédé. Le demi-ogre soupire profondément et fait craquer les jointures de ses poings.
- Et qui pourrait-il désigner ce seigneur? Un breton? Pour succéder à Yodalaï?
- Un breton... non, mais un rédempteur oui... le village de Cardiff et sa tribu sont représentatifs des tribus demi-ogres. Tous les chefs de tribus et chamanes ont visités Yodalaï ces derniers mois. Sachant qu'on allait le nommer au conseil de succession royal. Notre chamane s'est retrouvé investi d'une autorité, d'une reconnaissance par les autres tribus.
Belouis saisi enfin toute la portée politique de cette nouvelle. La fédération des tribus autour d'un même chef, peut être perçu comme une menace par les rédempteurs.
- Tu penses que les rédempteurs veulent saisir l'occasion de prendre la tête des tribus?
- C'est une crainte qu'envisagent sérieusement les chefs de tribus. Le roy nommera forcément un conseiller demi-ogre à son conseil. Le successeur de Yodalaï semble tout indiqué. Ce n'est pas par hasard si de nombreux rédempteurs ont rejoins l'entourage du seigneur de Bethuen. L'idée de nommer lui même le chef du village ne lui est pas venue seule.
- Yodalaï vivant, ce beau projet était irréalisable. Pourrai-il avoir été assassiné?
- Nous n'en avons aucune certitude, mais la coïncidence est troublante.
Granmother questionne Tana en revenant sur un sujet qui semble lui tenir à cœur.
- Vous parliez de Yodalaï et de son soucis de transmettre son savoir, a-t-il pris un apprenti?
La question met mal à l'aise Tana.
- Oui, il en a pris un, mais ce garçon est trop jeune, il n'a pas l'âge de lui succéder et surtout, pas encore les connaissances.
- Mais encore?
Granmother insiste, sentant bien que Tana rechigne à tout dire.
- Il a le mauvais œil... depuis qu'il est arrivé, il attire le malheur. Beaucoup le tiennent pour responsable du décès de son maître.
Belouis s'anime d'une colère contenue.
- Aurait-il pu être manipulé par des gens malintentionnés? D'où vient ce gamin?
- C'est un chamane d'une tribu de la forêt de Campacorentin qui l'a amené avec lui un matin. On ne lui prête pas de mauvaise intentions, juste le mauvais... œil.
Granmother hausse les sourcils et joint les deux mains sur ses lèvres, dans une pose qui évoque une intense réflexion.
- J'ai confiance dans les choix de Yodalaï, ce gamin doit être doué et mériter l'attention que lui accorde le chamane blanc.
Belouis regarde sa grand-mère d'un œil scrutateur, ce n'est pas la première fois qu'elle le surprend en révélant un savoir, qu'il ne lui connaissait pas. Ne savait-elle pas son nom secret avant même qu'il ne lui révèle? La confiance qu'elle place dans le vieux chamane ne le surprend pas, ils se sont sans doute connu en d'autres temps, d'autres lieux. Peut-être quand il était enfant et qu'elle travaillait dans une taverne d'Adribard.
- Grand-mère, tu n'es pas une rédemptrice, ni une tribale. Qu'elle est ton avis sur la situation? Que devrais-je faire d'après toi?
Directement impliquée dans la conversation la vieille dame sursaute, embarrassée.
- Qu'auriez-vous à faire de l'avis d'une tavernière?
Tu l'as dis toi même, nous les jeunes, prenons pour des légendes, des faits que tu as connu. Nous avons besoin de ton éclairage, tu es sage et raisonnable, je ne veux pas me laisser guider par la colère.
Curieusement, Granmother hausse le ton et se fâche.
- Je ne veux pas me mêler aux affaires des tribus! Ni que mon nom y soit mêlé! Est-ce bien entendu?
Belouis rattrape sa grand-mère avant qu'elle ne quitte la pièce. Le maître d'arme se rend compte qu'il a du toucher un sujet sensible.
- Mamie, je te présente mes excuses. Je ne voulais pas te blesser, le moment est crucial pour moi, j'ai besoin de toi.
- Je n'irais pas à Cardiff
Personne ne te le demande! J'irais moi... j'ai besoin de tes conseils et de rien d'autre.
La vieille dame se calme.
- Le vrai successeur de Yodalaï est ce jeune garçon. Il a besoin d'un protecteur, pour faire valoir ses droits et être formé.
- Mais grand-mère, il ne pourra pas siéger au conseil du roy! Je ne pourrais pas le former à être chamane!!
La vieille dame ouvre les volets et la porte de son établissement.
- Kohan, voilà seulement une parti des ennuis qui t'attendent si tu te fourre dans ce guêpier.

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Marhalt
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PostSubject: épisode 4   Mon 7 May 2012 - 10:32

Custanius croise le tavernier Peter sur le perron de l'église. L'homme sort, une longue balafre rouge lui barrant la joue. Le jeune novice toise le gaillard qui fuit la tête basse. Custanius entre dans l'ombre de la petite église de bois. Il n'y a personne en vue, il glisse rapidement vers le confessionnal et toque sur le montant vétuste. La voix du père Clementius l'invite à entrer.
- Je ne viens pas à confesse mon père.
- Entre!
Le jeune homme s'exécute et s'agenouille dans le petit réduit. Il se signe quand le prêtre fait glisser le petit panneau de bois qui découvre la grille qui les sépare. Un silence pesant s'instaure. Inquiet, le jeune homme se décide à parler.
- Auriez-vous quelque chose à m'apprendre mon père?
- En ce lieu, je suis à l'écoute.
- Qu'est-il arrivé au tavernier?
- Est-ce la culpabilité qui te torture?
Custanius se redresse, que peut bien savoir le prêtre?
- Je n'ai rien à me reprocher mon père.
- En ce cas, tu peux disposer.
- Mon père?!
Le vieux prêtre rouvre le panneau qu'il avait déjà fermé. Les regards se croisent au travers de la grille.
- Aurais-tu quelque chose à me dire? Quelque chose en rapport, avec ton retard de l'autre soir? La perte de ton manteau? Le pain sec que nous avons mangé?
Le jeune homme se sent coincé, il ne coupera pas à une explication.
- C'est vrai mon père, je ne vous ai pas tout dis. J'ai donné mon manteau et notre pain, à une jeune mère et son nourrisson.
- C'est fort louable de ta part, la compassion ne t'aurait-elle pas égaré?
- J'ai permis à cette mère de franchir la frontière, ils ont des parents dans le marais d'Avalon.
- Le démon a de multiples visages.
- Mon père! Je suis venu en aide à une veuve et un orphelin en détresse.
- Ta bonne foi n'est pas mise en cause, qu'as-tu fait d'autre pour elle?
- Je lui ai donné le peu d'argent en ma possession, et lui ai recommandé d'aller a Cotswold trouver du travail à la taverne. Mais vous devez le savoir... Peter sort d'ici!
Le vieux prêtre soupire profondément.
- Il prétend qu'elle est une tentatrice démoniaque. Elle lui aurait dévoilé ses charmes dans la grange où il la logeait, elle et son enfant. Par dépit, parce qu'il ne cédait pas à la tentation, elle aurait voulu le tuer. Elle lui a laissé cette balafre en souvenir.
Custanius révolté, tombe des nues.
- C'est totalement absurde mon père! Je soupçonne ce gros porc d'avoir voulu abuser de la faiblesse d'une jeune femme dans le besoin.
- Calme-toi fils. Je comprend ton geste et la pitié que cette jeune femme a pu t'inspirer. Tu as agi comme il faut. Il est des gens qui attirent le malheur à eux, pour ces gens, nous ne pouvons que prier.
- Que savez-vous?
- Je ne peux rien te dire sans trahir le secret de la confession. Mais rassures-toi la petite et son fils sont sains et saufs.
- Où sont-ils?
- Dieu seul le sait.

Yvolaine se jette dans un buisson, la patrouille de gardes forestiers ne doit pas la voir. Elle n'a rien à cacher, mais n'a aucune confiance dans ces soldats sous payés, et imbus de leur pouvoir. Cela fait plusieurs jours qu'elle a quitté Cotswold de nuit. Ce sale type a vraiment cru qu'elle était une fille de rien. Il ne l'a pas emporté au paradis, il en gardera une marque à vie. Traverser les collines de Camelot fut une promenade tranquille, la zone est pacifiée et cultivée. En revanche, elle garde un mauvais souvenir des tertres et des pierres levées des plaines de Salisbury. Le hurlement des spectres et le glissement des ombres sur la lande, la glace encore d'effroi. C'est un soulagement d'avoir atteint la forêt de Campacorentin. La patrouille passe en plaisantant tranquillement, ils ne se doutent pas qu'une mère et son nourrisson sont tapis sous le feuillage. Le petit bonhomme n'a pas bronché, il est plaqué par un linge ample sur le corps de sa mère. Il ne dort pas, son grand sourire ravi sa mère. Chaque ombre ou chaque lumière est pour lui source de curiosité. Yvolaine prévient un début de gazouillis en lui fourrant un téton dans la bouche, ce n'est pas le moment de se faire repérer. Yvolaine s'adosse plus confortablement contre un tronc, profitant de la pause forcée. Après la forêt, ce sera le marais, il s'y trouve une tribu, elle espère pouvoir y être accueillie, elle et son enfant. Son fils, qui n'a toujours pas été baptisé, n'en déplaise au jeune moine. Elle n'ose pas le nommer de peur d'attirer le malheur sur lui. Le bambin fixe un point dans la forêt, comme chaque fois qu'il tête, il ne regarde rien de précis, cela signifie simplement qu'il est concentré sur le seul acte qu'il est capable de faire consciemment: manger. Par réflexe et désœuvrement, Yvolaine suit le regard de son enfant dans l'ombre de la forêt. Rien. Rien? Que sont ces branches qui s'agitent étrangement? Ces espèces de longues lianes velues qui se rejoignent dans un amas végétal impénétrable. Végétal? Animal... Le sang d'Yvolaine se glace dans ses veines. La réalité lui saute aux yeux, une araignée géante se déplace lentement dans sa direction, se confondant dans la flore foisonnante ambiante. Aurait-elle pu la distinguer si elle ne bougeait imperceptiblement? N'aurait-elle pu, insouciante, donner le sein a son enfant entre les pattes du monstre sans même le savoir?
Quasi transie d'horreur, Yvolaine inspecte les alentours, n'est-elle pas cernée par des bêtes? La mère songe déjà à hurler de terreur, prête a affronter des gardes avinés plutôt que de servir de repas aux habitants de la forêt. Il n'y a rien d'autre que cette unique araignée, la bête la poursuivra-t-elle sur le chemin forestier? Sans doute, mais la patrouille n'est pas loin. Yvolaine reprend sa respiration, le petit s'est endormi, elle serre les nœuds du linge très serrés. Elle cherche le bon moment pour bondir et s'enfuir a toute jambe. Le doute la prend, le trajet du monstre semble s'être infléchi, sont-ils vraiment les proies de la créature? Yvolaine plisse les yeux et cherche dans la pénombre ce qui pourrait attirer le monstre. Entre les racines d'un arbre géant, un homme assis en tailleur semble méditer. Dans l'ombre l'homme noir et immobile semble faire parti de l'entrelacs végétal dans lequel il se perd. Il ne se doute pas du sort qui l'attend. Ce n'est pas un homme, il fait parti du peuple, il est vieux, à les oreilles percées, et de son cou pendent plusieurs colliers chamaniques. Est-il venu dans la forêt pour méditer? Ou cherche-t-il la mort? Yvolaine sait par le récit des anciens que c'est une coutume du peuple. Les vieux, soucieux de délivrer les jeunes de leur charge, partent s'isoler dans la forêt et s'y laissent périr.
Yvolaine est fascinée par la lente progression de la mort vers sa proie. Frissonnante, elle serre son fils contre elle. Le vieux chamane, inconscient de la menace qui pèse sur lui, offre la vie à Yvolaine et son enfant.
La jeune demi-ogresse ne l'entend pas de cette oreille, elle ne se résout pas à livrer à la mort le chamane par son inaction. Yvolaine ramasse un bout de bois mort et le jette vers l'ogre. Il lui faut plusieurs tentatives pour atteindre son but. Il ne bronche toujours pas, est-il déjà si faible que rien ne peut le sauver? L'araignée progresse toujours, elle est dangereusement proche. Yvolaine désespérée, échoue de ranimer le chamane et maintenant il est trop tard pour courir à lui. Dans un ultime effort, Yvolaine hurle, elle rassemble le peu de langage du peuple qu'elle connait pour secourir le vieil homme.
- Vénérable! Vénérable! Éveillez-vous! La maleverte est sur vous! Il est encore temps de vous enfuir!
La forêt frémit sous les cris qui la secouent, un instant tout se fige, puis les petites créatures cachées détalent sous le feuillage. La maleverte tourne ses huit yeux vers Yvolaine. La chasseresse semble furieuse, qu'on ose lui disputer son gibier! Yvolaine comprend son erreur et jure de ne plus s'occuper des affaires des autres, elle prend ses jambes à son cou. Encore un buisson à traverser, elle est sur la route. De puissants bras coupent son élan. La patrouille. Elle remercie les cieux de la mettre sur sa route. Des rires rauques et les mots du peuple la détrompent instantanément, un parti de chasseurs ogres la cerne. L'un d'entre eux, sans gêne, tire sur les nœuds qui protègent son enfant en décrivant avec force rires sa trouvaille. Yvolaine lutte pour qu'on ne lui arrache pas son fils, le peuple mange les enfants, elle le sait. Elle se jette à genoux et implore les chasseurs.
- Ô vaillants guerriers du peuple! Ne prenez pas mon enfant, mais courrez plutôt dans la forêt sauver votre ancien, la maleverte le pourchasse.
Les guerriers sont surpris et s'interrogent dans leur langue gutturale, qui est cette femme du demi-peuple qui ose leur adresser la parole?
- Oseriez-vous manger un fils du demi-peuple qui a reçu le baptême du peuple?
Cette idée lui est venue en associant ses soucis passés et présents, elle tente le tout pour le tout pour sauver son fils.
Des cris sauvages transpercent la forêt, des chasseurs ont découvert le vénérable et mis en fuite la maleverte. Yvolaine tremble de terreur à l'idée que son subterfuge puisse être éventé. Les chasseurs victorieux rejoignent la troupe principale en encadrant le vieux sage.
- Ataman, cette demi-femme prétend que tu as baptisé son fils, ment-elle pour le soustraire à nos appétits?
Les yeux blancs de l'ataman se baissent vers Yvolaine, en position de soumission. La jeune femme est au bord des larmes.
- C'est vrai, je lui ai donné son nom secret. En attendant nous le nommerons... Comment le nommerons- nous?
L'ataman interroge Yvolaine de son regard vide.
- Il s'appelle Samson.
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Marhalt
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PostSubject: épisode 5   Mon 7 May 2012 - 10:33

Belouis et Tana quittent l'ombre fraîche de la forêt de Campacorentin pour la touffeur fangeuse des marais d'Avalon. Ils suivent la voie romaine, posée sur un haut remblais. Une piste rectiligne et stable qui traverse les brumes et les vases du marais. Rome à laissé sa marque sur le pays. Belouis retrouve le lieu de son enfance, là où sa grand-mère l'a élevé, quand elle travaillait dans une taverne de la cité d'Adribard. Des souvenirs plus récents et plus douloureux, lui remémorent sa première rencontre avec son prince défunt. Le maître d'arme baisse la tête et ferme son manteau, comme pour passer inaperçu dans ce paysage familier. Les deux compagnons ne souhaitent pas entrer en ville, pour reprendre la route le plus vite possible et décident d'acheter du poisson grillé et de la bière tiède à un marchand ambulant. Pendant leur courte pause, un jeune garçon demi-ogre qui les dévisageait, vient se renseigner timidement.
- C'est vous le capitaine Belouis?
Le maître d'arme acquiesce ne sachant quelle attitude adopter. Le visage du jeune garçon s'illumine.
- C'est mon père qui va être content! Vous êtes venus chasser les rédempteurs hein? C'est ça hein?
Le gamin détale, laissant les autres clients observer discrètement le duo finir son repas. Des chuchotements et des doigts pointés sous le manteau dans leur direction, achèvent de rendre Belouis mal à l'aise.
Quand ils reprennent la route, il pense laisser cette sensation derrière lui, mais rien n'y fait. Chaque passant semble le dévisager, certains même cèdent la place en interrompant leur marche. Tana hausse les épaules, tentant de minimiser aux yeux de Belouis ces réactions étranges. Le comble est atteint aux abords d'un vieux pont de pierre. Une poignée de demi-ogres, tenant leurs rompoyas droites, surgissent de la brume. Le plus vieux d'entre eux s'adresse à Belouis en baissant les yeux, comme il sied quand on s'adresse à un chef.
- Capitaine Belouis, nous sommes du village de Kuna, dans le marais. Notre cœur est triste depuis la perte du blanc, et plus encore depuis que les rédempteurs foulent au pied la tradition. Laisse-nous joindre nos voix à ton Daul.
Belouis inspire profondément, il ne se doutait pas que la situation s'était autant dégradée. Ils ne sont pas encore arrivés en Cornouailles, que les demi-ogres s'arment et parlent de Daul.
- Gens du village de Kuna, votre soutien m'est cher, et je serais fier d'entendre vos voix gronder dans le Daul.
La fierté se lit sur le visage des pêcheurs du marais. Ils attendent depuis plusieurs jours le passage du maître d'arme. L'un de ceux qui a lancé le défi à la face d'Albion, et qui a conduit sa tribu au combat. La mort de Yodalaï, et les manigances politiques qui l'entourent, troublent ces gens simples. Se savoir conduits par Belouis, courageux et sans malice, est un soulagement pour eux.
- Mais avant d'en arriver au Daul, nous tenterons de nous entendre avec nos frères dans le respect de la tradition.
De ce moment, à chaque intersection de la route menant en Cornouailles, des noms de villages ou de tribus sont prononcés par de rustiques gaillards sortis des brumes de la mémoire. Belouis ne reconnait pas la moitié des lieux ou ethnies évoqués, mais il accueille les naos blancs de marigot comme des parents que l'on n'a pas vu depuis longtemps. Chaque délégation affirme son soutien et son appartenance à la nation demi-ogre sous l'égide du roy Kystennin. Ils savent à peine les tenants et aboutissants politiques de la mort de Yodalaï. Mais ils savent que sur le champ de bataille, le vieux chamane blanc à assis la nation métisse à la même table que les autres nations du royaume. Aucun d'entre eux ne se laissera déposséder de ce nouveau statut. Certains des nouveaux arrivants offrent à Belouis de menus cadeaux et colifichets. Il se fait expliquer la signification de chaque don et la façon de les porter. Sa rompoya se trouve parée de nouvelles plumes et dents, des grigris colorés destinés à le protéger de multiples désagréments.
Les petits ruisseaux deviennent de grandes rivières et ce sont bientôt cent habitants des marais qui défilent sur la route de la Cornouailles.
Le passage est encombré, ce qui provoque de nombreux incidents. Des bretons paniqués par cette masse en arme, tournent les talons plutôt que de la croiser. Des patrouilles de gardes avaloniens n'osent pas intervenir se contentant de regarder de loin la troupe progresser.
Au cours de leurs pauses, alors que les demi-ogres libèrent le chemin en s'asseyant sur le bas côté, nul n'ose les traverser.
Nul n'ose? Un groupe de cavaliers se profile, ils viennent d'Adribard. Cavaliers et montures sont bardés d'armures frappés aux armes chatoyantes de grands seigneurs du royaume. Une dame bretonne, qui les accompagne, semble montée sur un poney, tant leurs chevaux sont immenses.
La petite troupe se lance au galop, et traverse la double file de demi-ogres dans une gerbe de boue et d'insultes. Les lourdes bêtes arrachent de leurs sabots des mottes de terre humide qui retombent en pluie sale sur les piétons révoltés.
- Poussez-vous les gueux!
- Arrières, arriérés!
Les cavaliers voltent à distance respectable et laissent éclater leur hilarité, les heaumes se lèvent, dévoilant des visages de demi-ogres réjouis. Les tribaux souillés bondissent comme un seul homme, crachant injures et brandissant leurs armes. Les rédempteurs les abandonnent à leur colère, leur rire se perd dans un tonnerre de sabots.
Belouis et Tana peinent à calmer leur monde, de longues minutes sont nécessaires pour raisonner et discipliner les tribaux humiliés. La dame bretonne qui n'a pas participé à la charge, pousse sa monture, pour la contraindre à traverser au pas les rangs des piétons. Le calme revient, comme s'il était indécent qu'une étrangère assiste à leur humiliation et leur colère. A la hauteur de Belouis, la dame fait halte et démonte.
- Bonjour capitaine Belouis.
- Aedyth!
La jeune hérétique prend un air de remontrance amusée.
- On ne peut pas dire que tu passes inaperçu.
- C'est un plaisir de savoir notre cause soutenue par nos frères.
- Un plaisir? Es-tu devenu fou? Une armée demi-ogre qui marche sur la seigneurie de Bethuen?
- Nous allons à Cardiff, présenter nos hommages à la dépouille de Yodalaï, et nous assurer de sa succession.
- Vous ressemblez bien à un cortège funèbre! La situation est délicate Belouis, ce n'est pas le moment de mettre les pieds dans le plat!
- Qui vient donc de nous insulter et de nous provoquer?! Tu veux que j'énumère les blasons portés par ces cavaliers?
- Ne fonce pas tête baissée! Le roy vous regarde! Albion vous regarde!
- Et l'église! C'est ton évêque qui t'envoies? De quel côté est-il? De quel côté es-tu?
- Vous traversez une crise, la façon dont vous la gérerez, influera beaucoup sur l'opinion que se feront les gens de vous!
- Tu veux que nous nous laissions dépossédés et insultés sans réagir?
- Ne répondez pas à la provocation! Vous faites le jeu de vos adversaires! Que vont raconter ces cavaliers? Qu'une armée de tribaux furieux s'apprêtent à fondre sur Bethuen? Es-tu un chef de bande? Ou un capitaine?
La discussion à voix haute est perçue de l'ensemble de la troupe. Les arguments de la jeune hérétique trouvent un écho chez les plus anciens. Un conseil est tenu, au cours duquel Belouis est investi de la représentation des différents villages et ethnies. Il sera leur porte parole au cours des funérailles du chamane blanc. Le temps n'est pas venu de faire une démonstration de force, le droit doit parler le premier. Par petits groupes, chacun regagne ses pénates le cœur gros. Belouis soupire en voyant son peuple se fondre dans la brume du marais.
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Marhalt
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PostSubject: épisode 6   Mon 7 May 2012 - 10:34

Le pied enfonçant jusque mi-mollet dans l'eau, cernés par la brume du marais. Yvolaine traîne son fils de cinq ans par la main. Leurs maigres affaires enfermées dans un balluchon, la demi-ogresse espère ne pas s'égarer dans ce monde qu'elle croyait avoir oublié. Samson pleurniche et tire sur sa main, il a peur, il a vécu et grandi dans la forêt, rien ici ne le rassure. Depuis leur départ de la forêt, elle a évité les routes, elle ne veut pas croiser de bretons ou d'avaloniens, elle ne leur accorde pas sa confiance. Elle a pu approcher des pêcheurs demi-ogres très méfiants. Ils l'ont renseignée sur la localisation du village où vit sa grand-tante qui s'est mariée avec un étranger au clan. Jamais elle n'a vu cette femme, tout cela s'est passé avant sa naissance. C'est son dernier espoir de trouver de l'aide, un endroit où vivre avec son enfant. Yvolaine avance vite, elle sent sa destination proche. Le petit est fatigué, il se laisse tomber dans l'eau en pleurant. La demi-ogresse excédée le houspille.
- Nous sommes bientôt arrivés, relèves-toi! Je ne veux pas que ma grand-tante accueille un vagabond trempé dans sa famille!
- Je veux pas voir ta grand-tante! Moi je veux Coco!
- C'est aussi ta grand-tante!
- Je ne la connais pas! Coco doit s'inquiéter, viens mama, on rentre au village des ogres.
- Je ne la connais pas non plus, mais elle est de notre sang, elle nous accueillera.
- Nan! Coco nous attend!
Yvolaine remet son fils sur ses pieds, elle s'agenouille pour le regarder droit dans ses yeux humides.
- Samson! Notre vie dans le village des ogres est finie! Nous ne sommes pas du peuple! Nous sommes du demi-peuple!
- Mais Coco est mon frère! Je l'aime, et il m'aime aussi! Et Ogoto? Il nous aime aussi!
- Coco n'est pas ton frère! C'est ton ami. L'ataman Ogoto est mort, il était notre protecteur. Le nouvel ataman nous a chassé. Nous sommes indésirables dans le village des ogres. Même si nous voulions y retourner, on nous jetterai des pierres.
Le petit garçon semble épouvanté par les déclarations de sa mère. Le monde dans lequel il a grandi s'effondre.
- Tu es mon fils, et tu dois être fort, tu ne dois pas me faire honte. Nous arriverons bientôt au village de notre parenté, nous devons être dignes. Nous ne sommes pas des mendiants, nous sommes des parents dans le besoin. Nous venons chercher du travail, nous venons servir la communauté pour que la tribu nous protège.
- Comme chez les ogres?
Un peu comme chez les ogres, mais en mieux, car nous serons chez nous, et tu pourras te faire de nouveaux amis.
- Mon meilleur ami c'est Coco!
- Bien sur oui, mais tu connaitras d'autres petits garçons et d'autres petites filles qui deviendront tes amis. Nous n'oublierons jamais Coco et Ogoto.
- Je ne les oublierai jamais. Les filles sont nulles!
Quelque peu rasséréné Samson accepte de suivre sa mère. La demi-ogresse presse le pas, elle espère du fond du cœur que tout se passera comme dans ses rêves les plus fous. Elle souhaite rebâtir un foyer avec son enfant dans une paisible communauté demi-ogre. Un aboiement lointain lui fait tendre l'oreille. S'il y a un chien c'est qu'il y a des humains, ou des demi-humains. Yvolaine s'oriente au son, et fend la brume. L'aboiement devient plus clair, s'y joint un chœur de meute. De rassurant ce signe de vie devient inquiétant. Une rangée d'énormes pieux pointés vers eux, crève le rideau grisâtre. Le village est là, elle devine les huttes, et les niches d'où les molosses alertent les habitants et la défient d'avancer plus prés. Yvolaine longe la rangée de pieux pour trouver l'entrée du village. Deux gardes se précipitent à leur rencontre.
- Ne bougez pas! Qui êtes-vous?
- Je me nomme Yvolaine et voici mon fils Samson. Nous venons du marais de Laurus, je viens visiter ma grand-tante qui est ma dernière famille vivante et lui demander secours.
Les deux gardes dévisagent les nouveaux venus et inspectent leurs possessions.
- Comment s'appelle ta grand-tante?
- La sœur de ma grand-mère s'appelle Gerolda, elle à épousé un pêcheur de votre village il y à très longtemps.
- La vieille Gerolda est morte depuis plusieurs années, nous allons te conduire au chamane, il décidera de ton sort.
Yvolaine ne sait que penser de cette nouvelle, sa vieille tante est morte mais on se rappelle d'elle encore dans le village. Est-ce bon signe? Sans doute oui, on ne les à pas encore chassés. Le chamane comprendra dans quelle détresse ils se trouvent, il décidera bien, les chamanes sont de bonnes gens. Sous les aboiements, les regards curieux ou hostiles, Yvolaine et Samson traversent le village. Le petit garçon se presse dans les jupes de sa mère, il n'a jamais vu de crocs aussi longs, bavant de salive comme de haine. Les gardes les abandonnent dans la hutte la plus grande.
Un jeune homme affable les reçoit, il les fait s'asseoir prés de l'âtre de la cheminée et y jette quelques bûches. Yvolaine lui sourit, timide. Samson épie tous ses gestes, mussé dans les jupes de sa mère. Le demi-ogre découpe deux tranches de pain dans une miche ronde, et les tartine d'un miel liquide et parfumé. Samson ne connait pas le pain, il n'a jamais mangé que les galettes plates et a demi brûlées des ogres, leur pain de guerre. Le petit garçon englouti sa tartine et se lèche doigts et babines. Tour à tour il observe de ses grands yeux bleus, sa mère, le jeune homme et le pot de miel sur la table. Le demi-ogre frotte son couteau sur la tranche de la miche, et découpe deux nouvelles tartines en souriant. Après leur avoir étalé une bonne couche de miel, il les tend a Samson, mais sans s'approcher, comme il l'avait fait la première fois. Le petit garçon hésite, il à peur de quitter le giron de sa mère, mais les tartines sont très tentantes. Il gigote et trépigne attendant une autorisation de sa mère ou de trouver le courage qui lui fait défaut. D'un hochement de la tête, Yvolaine l'incite a aller se servir. Samson ne se fait pas prier et trottine vers la table, chipe les deux tartines, revient devant la cheminée. Le jeune homme éclate de rire. Yvolaine fronce les sourcils sur de gros yeux fâchés.
- Samson! Est-ce ainsi que je t'ai élevé? Tu es un malpoli! Remercie vite l'ataman!
Tout penaud, et rougissant, Samson s'incline devant le jeune homme et chuchote..
- Mci taman.
- Samson!
- Merci messire ataman.
- Je ne suis pas ataman, je suis Yodalaï, l'apprenti du Blanc Rogart.
- Samson? Ce n'est pas un nom commun pour un fils du marais.
Une voix grave et profonde vient de révéler la présence du chamane blanc dans la pièce, personne ne l'a vu entrer. Samson se cache derrière sa mère, qui prend l'attitude de soumission requise en présence du haut chamane.
- Ataman, je suis Yvolaine du marais de Laurus, mon mari est décédé comme toute ma parenté là bas. Je suis venu demander asile à la famille de ma grand-tante Gerolda, mes derniers parents encore de ce monde.
Le demi-ogre grand et sec pose ses yeux sur le petit garçon caché.
- Lui, c'est ton fils? Samson? D'où tient-il ce nom?
- C'est un prêtre romain qui lui a donné.
- Un prêtre romain? Tu crois en la lumière des hommes?
- Non, je n'avais pas nommé mon fils, je voulais trouver un chamane pour respecter la tradition. Il... il a pris sur lui de le baptiser d'un nom lumineux.
- Depuis tout ce temps, l'as-tu fait baptiser?
La voix d'Yvolaine se trouble.
- Je ne l'ai pas fait baptiser dans la tradition...
Yodalaï garde un pauvre sourire de façade sur les lèvres. Ses yeux vont de Samson à Rogart. Le blanc plisse les yeux.
- Pourtant, il porte un autre nom n'est-ce pas?
Yvolaine reste muette. Samson dévisage les adultes sans comprendre la tension qu'il perçoit. Le blanc croise les bras et incline légèrement la tête.
- N'es-tu pas la maitresse d'Ogoto? La fille de la forêt?
Yvolaine se redresse, rouge de colère et de honte mêlée.
- Je ne suis pas la maîtresse de l'ataman Ogoto. Je fus sa servante. Je viens demander asile pour moi et mon fils, non recevoir des insultes.
- Tu viens réclamer un nom pour ton fils peut-être? Il est trop tard! Vous êtes souillés, et la tribu ne peut vous accueillir! Croyais-tu que ton déshonneur resterait caché? Pensais-tu abuser le blanc?
- Je n'espérais que compassion, et le respect des lois de l'hospitalité familiale. Un endroit où vivre moi et mon fils.
- Ta tante est morte, c'est heureux pour elle! C'était une brave femme, plaise aux dieux qu'elle n'ait jamais connu ton déshonneur.
- J'en ai assez entendu, nous n'avons plus rien à faire ici moi et mon fils.
Yvolaine sort précipitamment, entrainant son fils dans son sillon. Les aboiements des chiens résonnent encore longtemps dans leur tête après avoir quitté le village. Fatigués de leur course ininterrompue la mère et l'enfant se reposent sur un petit îlot au sec. Le petit garçon plein d'espoir, interroge sa mère.
- Alors? On laisse les vilains demi-ogres? On retourne voir Coco?
Yvolaine serre son fils contre son cœur en laissant éclater son chagrin.

Dans la hutte, Yodalaï enfile son manteau sous l'œil de son maître.
- Où cours-tu ainsi fils?
- Nous ne pouvons jeter dehors ces gens de cette façon!
- Si, nous le pouvons, nous le devons! C'est notre devoir de protéger la tribu. La noire nous guette, elle usera des plus vils stratagèmes pour infiltrer le village.
- Mais si ces gens sont sincères et innocents? En d'autres temps vous les auriez accueillis!
- En des temps plus insouciants, oui, ils auraient trouver leur place parmi nous, et j'aurais tu leur aventure dans la forêt. Tu pars quand même?
- Je reviendrais maître, ces gens sont une proie facile pour la noire, vous avez raison. Mais je ne partage pas votre avis, nous ne devons pas les abandonner a leur sort. C'est parce qu'ils sont fragiles que nous devons les protéger.
- Alors va, mon fils et fais ce que ta conscience te dicte.
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Marhalt
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PostSubject: épisode 7   Mon 7 May 2012 - 10:35

Le vent du large frappe Belouis, Aedyth et Tana en pleine face. Les caps enserrant la baie de Cardiff se dressent devant eux. Le village semble tout petit, vu de la route qui longe les falaises. Une bannière aux couleurs de la seigneurie de Bethuen flotte sur la maison de Yodalaï. De lourds chevaux paissent dans un enclos à l'écart des habitations.
- Ils n'ont pas perdu de temps.
Grommelle Belouis en serrant le poing.
- Ils cherchent à provoquer, n'entre pas dans leur jeu.
Aedyth hausse les épaules, comme si elle avait prévu tout ce qui se passe.
- Nous avons le droit de notre coté, je ne m'énerverai pas. Pas encore.
Que comptes-tu faire?
- Réunir le conseil tribal, le seigneur féodal ne peut interférer avec le droit coutumier. Le conseil désignera un nouveau chef, et nous ferons savoir au seigneur de Bethuen qu'il outrepasse ses droits.
- Yodalaï n'était pas seulement le chef, il était aussi le chamane.
- Je sais cela, réunir le conseil ne suffira pas, il faut quelqu'un de compétent à ce poste. Tana, comment s'appelle l'apprenti de Yodalaï?
- Il s'appelle Kal, c'est un brave garçon, mais il n'a pas achevé sa formation. Il ne conviendra pas.
- Il y a déjà eu des précédents n'est-ce-pas? Que disent les anciens?
- Quand un chamane disparaît sans successeur, des vieux sages peuvent célébrer le culte, en attendant qu'un successeur soit désigné.
- Et pour ce qui est des soins?
- On sollicite les chamanes d'autres villages, ou on fait appel a des soigneurs d'autres religions.
- Combien de temps manque-t-il à Kal pour parfaire ses connaissances?
- Cinq bonnes années, à condition qu'on lui trouve un maître.
- Je rendrais visite aux tribus du marais qui nous ont proposé leur aide, je trouverai un maître qui lui enseignera ce qu'il doit savoir.
- Il te faudra vaincre certaines réticences.
Belouis pose son regard sur Tana.
- Ces stupides superstitions?
- Il est plus facile de faire une réputation que de la défaire. On dit au village que Kal porte malheur.
- Je m'occuperai de cela en son temps. Si Yodalaï a choisi ce garçon pour successeur, ce n'est pas à moi de remettre son choix en cause.
Les trois compagnons se remettent en route vers le village.

La tribu endeuillée fait un accueil discret au trio, quelques accolades dignes, et de pauvres sourires illuminent brièvement les faces maussades. Belouis sent les regards et les espoirs se tendre vers lui. Sans réfléchir plus, il décide de montrer un signe fort aux villageois et monte droit à la maison du chef, décidé à en découdre au plus vite avec les rédempteurs. Aedyth tente vainement de le retenir par la manche mais est entrainée à sa suite avec la population fébrile. Devant le perron, le silence se fait. La porte s'ouvre laissant apparaître un vieux demi-ogre grisonnant, la calvitie cachée par un petit bonnet de cuir, et vêtu d'une belle robe de velours rouge.
- Capitaine Belouis?
La morgue du maître d'arme répond à l'affabilité de l'inconnu.
- Lui même.
Le vieux s'incline respectueusement. Belouis est déstabilisé, il pensait avoir à faire avec les cavaliers de la veille.
- Enchanté de faire votre connaissance capitaine. Je me nomme Toloméo, je suis l'intendant du seigneur de Bethuen, en charge des comptes et des relations avec la tribu vivant à Cardiff.
La voix grave et l'attitude digne de l'intendant imposent le respect. Le maître d'arme se sent désarmé devant cet adversaire inattendu. Aedyth grimace en le regardant, il commence à regretter d'avoir agi sans concertation. Sans l'avoir voulu, il s'est montré agressif envers une personne qui sait se maitriser.
- Mon seigneur et maître, dans un souci d'apporter son aide et son soutien à la tribu dans le moment grave qu'elle traverse, m'a dépêché à son côté.
- C'est louable de la part de votre seigneur, mais maintenant que je suis ici vous n'avez plus rien à y faire.
Aedyth lève les yeux au ciel.
- Soit messire capitaine, je vais vous céder la place. Permettez que je vous informe des mesures que j'ai conseillé de prendre en votre absence.
- Faites.
- Nous avons dû précipiter les obsèques du chamane blanc. Dans l'ignorance du mal qui l'a frappé, cela nous a semblé plus sage.
- Qu'avez-vous?...
Belouis bout de colère, Aedyth le presse de coups de coude dans les côtes, et répond à l'intendant.
- C'est une décision fort sage que j'aurais recommandé également à votre place.
Toloméo s'incline respectueusement devant la jeune bretonne.
- J'ai également proposé aux anciens de se tenir prêts a se réunir à votre arrivée, pour que le conseil puisse tenir séance. Avec votre permission, le conseil se réunira ce soir.
Belouis fulmine, sans son impatience à découvrir ses adversaires, il aurait appris tout cela avant d'être au pied du mur. Il aurait pu temporiser et rencontrer les sages avant le conseil comme il en avait l'intention. Toloméo à tout verrouillé, tout organisé, il a eu tout son temps pour préparer le terrain. Belouis est pris au piège. Il renvoi l'image que Toloméo donne de lui, un guerrier courageux mais impétueux et sans cervelle. Que valent ses conseils en face du rusé et policé intendant? Le capitaine demi-ogre s'enlise dans le marais de la politique.

Seuls dans la maison de Yodalaï, Aedyth tombe à bras raccourcis sur Belouis.
- Toloméo un, Belouis zéro! Bravo!
L'hérétique ponctue sa sentence d'applaudissements sarcastiques.
- Tu croyais qu'on t'enverrais des grosses brutes a baffer? Grâce a ta prestation, je suis sûre que le travail de sape de ces derniers jours va porter ses fruits!
Belouis se prend la tête à deux mains.
- Je ne suis pas fait pour ce travail...
- Personne ne l'est, mais tu es seul à avoir l'autorité morale pour tenir tête aux agissements des rédempteurs.
- J'ai tenu tête!
- Non tu t'es montré arrogant et dédaigneux, impulsif et agressif sans raisons. Tu as inversé les rôles en une seule rencontre. Nombre de membres de la tribu considéreront les conseils de Toloméo avec respect lors du choix du nouveau chef.
- J'ai tout gâché...
- Pas encore, le chef ne peut être issu que de la tribu, même s'il se révèle bien disposé à l'égard des rédempteurs. Il est susceptible de changer d'avis, qui qu'il soit.
- Tu penses déjà que nous avons perdu?
- C'est très possible, Tana m'a dit que Kang le bouvier serait le candidat de Toloméo.
- Kang? C'est lui qui porte chaque semaine au château la taille due au seigneur. Dix stères de bois de chauffage et cent livres de poisson séché.
Depuis toutes ces années, ce doit être celui qui a le plus côtoyé le château et ses gens.
- Le plus facile a soudoyer!
- Le plus facile a convaincre, ne le sous estime pas, il croit sans doute bien faire.
Belouis hausse les sourcils.
- Kang au conseil du roy...
- Ce n'est pas encore fait, il nous faut notre propre candidat. Pourquoi pas Tana?
- Il n'y a pas meilleurs choix, il est trop tard pour faire sa campagne, mais c'est notre seule chance. Aedyth étais-tu sincère a propos de ces funérailles précipitées? N'y vois-tu rien d'étrange? Toloméo ne tente-t-il pas de nous dissimuler des choses de cette façon?
- C'est possible, mais je ne souhaitais pas te voir l'accuser publiquement. Vraies ou fausses, ces accusations t'auraient desservies. Peut-être que Toloméo comptait sur cela pour t'enfoncer encore un peu plus.
- Alors, on reste les bras croisés?
- Non, nous parons au plus pressé, et nous verrons une chose après l'autre. Mais surtout Belouis...
- Oui?
- Apprend a te taire, a patienter, et a réfléchir.

Une a une les mains se lèvent, le conseil est réuni, le vote est en cours. Belouis serre le poing jusqu'au sang. Dans un éclair de lucidité, tout lui apparait clairement comme une machination parfaite. Nul au village ne soupçonne les rivalités qui existent entre tribaux et rédempteurs a la capitale. Toloméo s'est insinué dans les affaires de la tribu avec intelligence, à première vue rien ne distingue les deux candidats. Ils sont tous deux fils du clan, et jamais Toloméo n'a pris parti officiellement pour l'un ou pour l'autre. En privé c'est autre chose, les allusions fusent, et il est toujours bon d'être du même avis que l'intendant du seigneur. Toloméo n'assiste même pas au conseil, mais son influence s'y fait sentir comme une lourde chape. Treize voix pour l'un, douze pour l'autre, Kang est élu à une voix. Belouis maudit son inconséquence, si un seul des anciens a changé d'avis hier, c'est sa faute et celle ne nul autre.
- Vive Kang, le nouveau chef de la tribu!
- Vive Kang!
Les éclats de la célébration de la victoire de Kang s'atténuent doucement, écrasés par les aboiements furieux des chiens et les hennissements effrayés des chevaux. Les membres du conseil se dévisagent inquiets. Ils n'ont pas souvenir d'une telle manifestation de la part des bêtes du village. La porte s'ouvre faisant se tourner toutes les têtes. Un frêle garçon au teint pâle, s'avance au milieu de l'assemblée muette. Sa voix claire et limpide claque dans la pièce.
- Le Déodande est de retour, il à tué Yodalaï, et maintenant il vient te chercher.
Le gamin pointe le doigt sur Kang. L'homme recule d'un pas, les cheveux dressés sur la tête.
- Qui est ce garçon?
Interroge Belouis.
- C'est Kal, l'apprenti de Yodalaï.
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Marhalt
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PostSubject: épisode 8   Mon 7 May 2012 - 10:36

C'est le plus rude hiver que le marais ait connu. La neige tombe depuis plusieurs semaines, recouvrant tout de son manteau trompeusement douillet. La fumée des cheminées seule distingue les habitations des collines naturelles. Samson sort par la fenêtre, la porte est encore bloquée. Il est l'un des premiers levés et c'est le début de sa journée de travail. Le gamin de douze ans, en paraît une quinzaine, il récupère la pelle sous l'appentis et déblaye la porte principale de la taverne. Quand il peut enfin l'ouvrir, il dépend la grosse marmite du foyer central, et la remplit de neige, le puits est gelé. Avant de suspendre la marmite, Samson racle les cendres, et rajoute des bûches sèches qu'il a coupé cet été. Les dormeurs sont nombreux dans la salle principale, l'auberge est pleine de gens bloqués par le mauvais temps. L'immense cheminée est le centre de la bâtisse, elle est accessible à la fois des cuisines et de la salle, on peut y tenir debout à plusieurs. La patronne n'est pas encore éveillée, elle et Yvolaine travaillent tard le soir. C'est Yodalaï qui leur a présenté la vieille dame, la cohabitation n'a pas toujours été facile, mais aujourd'hui la vie suit son train train quotidien. Depuis qu'il sait fendre du bois, elle lui verse un petit salaire, qu'il donne entièrement à sa mère. Après avoir fait un minimum de bruit dans la salle commune, Samson attrape sa pelle et referme la porte derrière lui. Il doit dégager les abords de la taverne du point du jour. Une trainée de pas quitte la taverne. Pendant qu'il s'occupait du foyer, un client est parti en promenade. La première fois il a cru qu'un indélicat fuyait sa facture, et il l'a pisté jusqu'au petit lac gelé. C'était cet homme étrange, il loge avec son épouse dans la meilleure chambre de la taverne, ils ne sont pas sans le sou, et la vieille leur donne du messire et du madame. Tous les deux ont l'air rustique, et robuste, plus que les bretons et avaloniens qu'il connait. C'est parce qu'ils viennent des hautes terres, lui a-t-on dit. Les hautes terres, les highland, s'habillent-ils tous avec ces jupes à carreaux là bas? L'homme ne fuyait pas, il s'exerçait sur la surface glissante du lac. Les deux pieds bien à plat, il avançait et reculait en faisant des passes d'arme avec sa longue pique. Dans ses mains elle virevoltait et la lame tranchante traçait des courbes et des pointes dans l'air, en sifflant à une vitesse incroyable. Inlassablement l'homme répétait les même figures, par petites séquences, comme pour se régler puis en développé, il enchainait de longues passes d'exercices compliqués. Samson vient régulièrement le regarder faire, il commence a reconnaître les mouvements, et a saisir le but recherché. Par jeu, il tente de reproduire les gestes avec sa pelle, sa maladresse lui fait mesurer la grande expérience du guerrier.

Il est prés de midi quand Samson rentre pour déjeuner, encore une fois l'ambiance est explosive. De nombreux voyageurs pauvres sont piégés par le mauvais temps, ils n'ont pas de sous pour se payer une chambre, et le peu qu'il leur restait est parti en nourriture. La vieille les laisse dormir dans la grande salle et les autorise a cuir ce qu'ils trouvent dans la cheminée commune. Mais certains sont mieux lotis que d'autres, et les odeurs alléchantes de certaines casseroles travaillent les estomacs. Les vols et disparition de victuailles créent une atmosphère délétère. Cette fois-ci c'est Lana la prostituée qui hurle à la mort, en prétendant que sa soupe au lard a réduit de moitié, le temps qu'elle tourne le dos, et la tranche de lard qui y baignait ne s'y trouve plus. Elle accuse un vieux prêcheur déplumé qui vit de mendicité. Le vieux ne se laisse pas faire et le ton monte. Ils sont près d'en venir aux mains, malgré la présence de la patronne et d'Yvolaine. C'est l'arrivée du guerrier qui calme le jeu, il se fait tout expliquer et ouvre sa bourse pour dédommager Lana. Le silence se fait et chacun attend que Lana empoche la pièce et se taise enfin. Mais elle refuse l'aumone et tempête encore plus, avant de regagner sa chambre, sa casserole à la main.
Le calme revenu, la dame des highland se montre sur le palier, son mari la rejoint et lui explique la situation. Samson entend sans le faire exprès la réponse de la dame.
- "Ce n'est pas de l'argent qu'elle voulait. Je suis sûr que cette dame aurait volontiers partagé son repas avec qui lui aurait demandé. On a préféré lui voler, alors qu'elle ne souhaite qu'un peu de considération malgré le métier qu'elle pratique."
Après coup, ça tombe sous le sens, mais Samson ne l'avait pourtant pas compris
C'est ce mauvais temps qui met tout le monde sur les nerfs.

En dehors du mauvais temps, la conversation porte sur les demi-ogres, ou le roy Arthur. Les uns comme les autres guerroient. Les tribus ogres se déchirent et nul ne sait pourquoi, même Yodalai qui les visite régulièrement, ne sait leur expliquer cette histoire de « noire » qui divise les villages. Quant au roy Arthur, il a maté les plus récalcitrant des seigneurs bretons et avaloniens, et grâce à ses chevaliers de la table ronde, il est en passe d'unir le pays. Se tournera-t-il vers le nord et les highland? Certains le pensent, mais d'autre imaginent bien le roi Bruce se mettre en marche vers Camelot. Mais de cela, on parle a voix basse, surtout quand le chevalier des highlands est présent. Ce n'est pas qu'on le craigne, car l'homme inspire le respect, mais nul ne voudrait l'offenser. Après le repas, Samson s'entend appeler par le chevalier. C'est bien la première fois, et soucieux de plaire au guerrier, il vient prestement aux nouvelles.
- Oui sire?
L'homme déleste sa bourse des dernières piécettes qu'elle contient, et la tend vide au jeune garçon.
- Rempli-moi cela de petits cailloux s'il te plait.
Samson ne pose pas les questions qui lui viennent en tête. Il prend la bourse et promet de revenir le plus vite possible. Il déniche des petits cailloux secs dans la grange et en bourre la bourse avant de la rendre a son propriétaire. Le chevalier inspecte le contenu et soupèse le tout. Il ôte quelques cailloux et noue les cordons très serrés.
- Viens avec moi.
Samson ne se fait pas prier, mais demande l'autorisation à la mère Brulin qui s'empresse de la lui donner. Le chevalier lui donne sa pique à porter. Le jeune garçon est très fier, il essaye d'imiter la gestuelle du chevalier quand il se déplace avec son arme. Le guerrier lui dit de le suivre, trois pas en retrait. Le curieux équipage part dans les rues enneigées d'Adribard sous l'œil circonspect des clients de la taverne du point du jour. Ils traversent la ville léthargique, les habitants se blottissent au chaud. Le guerrier s'arrête devant la salle d'arme au pied du château, et s'adresse à un garde emmitouflé dans plusieurs couches de vêtements. En trainant les pieds, le garde consent à entrer et aviser les élèves qui croisent le fer. Quelques têtes curieuses se montrent aux fenêtres givrées. Un jeune avalonien, les sourcils froncés, se montre sur le perron. Il toise de haut le chevalier et son page.
- Monsieur, ce n'est pas convenable.
Le highlander s'incline sans aménités.
- Je comprend.
- Ne croyez pas que nous nous dérobons!
La colère semble avoir remplacé la suspicion dans le regard du jeune homme. Samson ne comprend pas son attitude, le guerrier s'est montré très correct, peut-être trop. L'avalonien prendrait-il pour du mépris, ce qui n'est que retenue?
- Soyez a la sortie de la ville dans une demi-heure.
Samson en conclut que la conversation s'adresse autant a eux, qu'aux élèves dans la salle d'arme. Le jeune homme se laisse emporter par sa vanité, il ne veut pas manquer une occasion de se faire mousser.

Ils sont venu à trois, et semblent sûrs de leur fait. Le highlander pose sa bourse sur une grosse pierre. Le jeune avalonien fait de même. Un duel pour une somme d'argent... c'est extrêmement indigne. Samson commence a comprendre, ce n'est pas expressément interdit, mais cela démontre un manque de moralité certain. Le jeune garçon est déçu d'apprendre que le highlander s'abaisse à ces pratiques. De plus la bourse est pleine de cailloux, que se passera-t-il si le guerrier perd? Cet homme qui lui paraissait paré de toutes les qualités, ne serait-il qu'un escroc? Samson baisse la tête en rendant son arme à celui qui retrouve son statut d'étranger à ses yeux. Les avaloniens ont cédés a l'envie de rabattre son caquet à ce provocateur, sans toutefois souiller le lieu ou ils exercent. Aussi sans doute, pour ne pas risquer d'être vus par un supérieur. Samson ne sait plus que penser et surtout qui soutenir. Cet étranger roublard qui lui a montré un peu d'intérêt? Ou ces avaloniens hautains et fiers qui n'ont jamais posé les yeux sur lui, mais qu'il croise tous les jours en ville?
Le combat commence, l'étranger reste stoïque et reçoit sans broncher les premiers assauts. Le jeune avalonien prend de l'assurance et enchaine les coups rapides de son arme d'hast. Samson a du mal à juger l'adresse du jeune homme, mais il comprend bien que l'étranger attend son heure. Et puis en cinq secondes, tout est fini, le highlander s'est comme enroulé le long de l'arme du jeune homme, et d'un coup de coude, l'a désarmé. L'arme git au sol, derrière le guerrier, impossible pour l'avalonien de s'en approcher. Il ne connaissait pas cette technique. Sa garde a été traversée, traversée par un homme, et pas par une arme contre laquelle il était prêt. Le highlander a fait de son corps une arme.
Mécontent mais résigné le jeune homme s'incline.
- Je vous remercie de la leçon que vous m'avez donné.
- C'est moi qui suit votre obligé, je vous présente encore toutes mes excuses pour la façon cavalière de me présenter à vous.
L'homme empoche les bourses, tous se séparent sans plus un mot. Sur le chemin du retour, le guerrier s'arrête chez plusieurs commerçants.

En rentrant à la nuit tombée à la taverne, le highlander est accompagné de plusieurs livreurs qui portent ses achats. Des sacs de farines et de légumes secs, des pains ronds, des pots de confitures et de miel, de la viande fumée, des pâtés, des saucissons, des jambons, une jarre d'huile, des bouteilles de vin et des tonneaux de bière. Les yeux s'ouvrent grands devant tout ce déballage. Samson sait qu'il ne reste rien de la bourse du jeune avalonien. Le guerrier adresse la parole a la tavernière afin d'être entendu de tous.
- Madame Brulin, j'ai amené ici de quoi nourrir tout le monde pendant plusieurs jours. Avec votre permission nous nous serviront de votre cuisine.
- Bien entendu messire, vous faites plus d'un heureux.
- L'inactivité et l'attente nous pèse, je vous invite tous à préparer pour ce soir un repas de fête, qui nous réchauffera le corps et le cœur.
La taverne apathique se transforme en ruche bourdonnante, chacun voulant montrer joyeusement son savoir faire culinaire. Il n'y a plus ni client, ni personnel, ni patron, mais une agréable compagnie s'apprêtant à festoyer ensemble. Samson met la main à la pâte en remplissant les marmites d'eau et en convoyant des brouettées de bois sec. Le jeune garçon travaille le cœur léger, il n'a jamais fait qu'assister aux fêtes, il n'a jamais pris part a aucune. De ci de là, des sifflotements ou chants s'élèvent, qui font que nul ne sait quand la préparation s'est achevée et quand la fête a commencé. Les tables sont dressées avec le couple des highlands comme hôtes d'honneur. Les applaudissements et rires ponctuent les récits et chants des pays de chacun. Quelques musiciens occasionnels font danser les couples sous les vivats.
La porte de la grande salle s'ouvre, laissant le froid de la nuit hivernale s'insinuer dans la pièce. Lana rentre de son ouvrage. La jeune femme surprise, s'assombrit d'un coup.
- Je vois qu'on s'amuse bien ici.
La remarque jette un froid, comme si tous se sentaient coupables de ne pas l'avoir attendue. La dame des highlands se lève.
- Je vous en prie, joignez-vous a nous, mon époux donne une fête pour briser la monotonie de l'hiver.
Lana s'incline à peine.
- Madame, c'est trop de bonté je ne saurais accepter.
Le vieux prêcheur se lève alors.
- Viens t'assoir Lana, je t'ai gardé ma part, je n'ai rien touché, et je ne mangerais rien si tu ne viens pas. C'est moi qui t'ai volé ton repas ce midi. Je ne suis qu'un pauvre mendiant affamé, mais je ne mangerais plus rien si tu ne viens pas.
Il n'y a plus un souffle dans la pièce, tous sont suspendus aux lèvres de Lana. Ses traits durs s'adoucissent.
- Grand-père, il ne faut pas te priver pour moi, je vais te faire honneur et m'asseoir à ta table.
Les sourires reviennent, la patronne se hâte d'entonner une chanson joyeuse pour ranimer la fête. Samson se glisse contre sa mère et lui dit à l'oreille.
- Mama, quand je serais grand je veux être highlander.
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PostSubject: épisode 9   Mon 7 May 2012 - 10:37

Kang n'a pas le temps de se réjouir de son nouveau statut de chef du village. La déclaration de Kal l'a totalement déstabilisé. Les aboiements des chiens et la terreur des chevaux soulignent, l'étrangeté du moment. Par la porte demeurée ouverte, Toloméo et Aedyth ont assisté à la menace du jeune garçon. La prise de fonction de son poulain ne se passe pas comme l'aurait souhaité le vieux roué. Kang peine à se reprendre, l'intendant du seigneur de Bethuen vole à son secours. Il entre dans la salle du conseil, autorisant de fait, tous ceux qui attendaient sur le perron à le suivre.
- Je vous salue, Kang, chef du village de Cardiff.
Le vieux demi-ogre s'incline devant l'ancien bouvier qui retrouve enfin ses couleurs.
- Ne prenez pas garde aux divagations d'un gamin à l'imagination trop fertile.
La mise en cause directe du garçon le fait se hérisser.
- Je ne ment pas! Les bêtes ne mentent pas! Le Déodande est là dehors!
- Superstitions!
- Le Déodande est dans les ombres, il cherche sa proie!
L'insistance du jeune garçon, glace le sang de l'assistance. La sincérité qui l'habite, ne fait aucun doute. La terreur au fond de son regard est communicative. Belouis est resté calme dans son coin, savourant les lamentables débuts de chef de Kang. Il observe avec curiosité le jeune garçon exalté qui monopolise l'attention. Le maître d'arme se demande comment Toloméo va redresser la situation et redonner une dignité au bouvier. Aedyth se glisse contre le maître d'arme et lui souffle à l'oreille.
- Bravo!
Le capitaine ouvre de grands yeux devant l'accusation.
- Mais je n'ai rien fait! Rien dit!
- Ce n'était pas ironique, je te félicite de n'avoir pas pris part à tout ça.
- Nous pourrions profiter de l'occasion pour enfoncer le clou! Kang semble débordé.
- Pas un mot! Pas une allusion! Respecte ton nouveau chef!
- Mais...
- Ne doute pas une seconde que Toloméo t'associera à Kal et sa réputation douteuse si tu fais mine de broncher.
Les regards de l'intendant et du capitaine se croisent. Belouis ne se rappelle pas avoir vu autant de détermination dans les yeux de ses adversaires en combat. C'est la guerre, et le maître d'arme ne maitrise ni le terrain, ni les armes de ce conflit. Prudemment le capitaine, ne répond pas à la provocation. Il laisse le champ libre à l'intendant, se réservant pour des combats plus équilibrés.
Le vieil intendant capte l'attention de l'assemblée avec une adresse consommée digne d'un comédien. Son calme contraste avec la peur ambiante. Sa condescendance amusée vis-à-vis du jeune garçon semble éloigner les fantômes maléfiques évoqués.
- Le Déodande? Que viendrait faire cette créature chez nous? A part effrayer les petits enfants! Nous n'avons rien ici qui puisse retenir son attention.
- La bête rôde!
- La bête? Une bête oui, un gros loup, ou peut-être une âme en peine, échappée des catacombes de Cardova. Pas de quoi fouetter un chat.
Ce langage de raison a tôt fait de rendre sa sérénité à l'assemblée. Kang reprend le dessus et ose prendre la parole.
- Nous organiserons une battue pour apaiser la population.
- Chef Kang, le seigneur de Bethuen sera ravi de mettre à votre disposition le capitaine Tarkan et ses compagnons pour diriger cette battue.
Cette mise à disposition opportune n'en sonne pas moins comme un recadrage habile. Seul le seigneur a droit de chasse sur ses terres. Toloméo profite de l'occasion pour faire entrer trois grands combattants aux armures rutilantes, prototypes parfaits des vassaux demi-ogres de la capitale. Belouis reconnaît certaines armes des cavaliers rencontrés sur la route de cornouailles. L'air se charge d'électricité. Tarkan retient un sourire dédaigneux à l'attention de Belouis. Aedyth pose la main sur l'avant bras du capitaine, lui rappelant qu'il ne doit pas céder à la provocation.
- Nous organiserons une battue dès demain matin.
Tarkan s'exprime haut et fort. Toloméo hausse légèrement un sourcil à son attention.
- Avec votre permission chef Kang.
- Faites pour le mieux capitaine Tarkan. Je me joindrais à vous, afin que l'on sache que je ne suis pas sensible aux racontars de gamins.
- Ne faites pas cela Kang! Le Déodande vous tuera!
Les sentences de Kal résonnent comme des peurs enfantines. La présence des soldats, la fin des hurlements des chiens, ont rassurés le conseil. Peut-être aussi les nombreuses chandelles qu'a fait allumer à la hâte l'intendant. L'âme humaine gagne en vaillance quand il n'y a pas de recoins d'ombre dans son foyer. Toloméo s'approche du jeune garçon et le prend par l'épaule.
- Je ne doute pas de ta sincérité Kal, nous te remercions du souci que tu te fais pour le nouveau chef du village. Yodalaï t'a choisi pour apprenti, mais il n'a pas su achever ta formation. Nous ne doutons pas qu'il a fait un bon choix en ta personne.
Toloméo suspend son discours et dévisage Kang. Le chef, comme tout le monde attend que l'intendant achève ce qu'il a commencé de dire. Quelques longues secondes s'écoulent avant que Kang ne se secoue.
- Kal... tu n'es pas assez qualifié pour remplacer Yodalaï... pas encore. Nous avons... j'ai pris la décision de faire venir une chamane pour que le village ne manque pas de soins.
- Je pourrai poursuivre ma formation auprès d'elle?
Le regard fuyant de Kang évite les yeux plein d'espoir de Kal.
- Il est préférable que tu trouve une personne plus chevronnée pour t'enseigner son art. Peut-être que le capitaine Belouis pourra te trouver un maître dans un village voisin?
Les yeux se tournent vers le capitaine. Ainsi est-ce cela qu'ils ont prévu, se débarrasser à la fois du successeur légitime et de l'ami fidèle. Les éloigner pour parachever l'emprise des rédempteurs sur le village. Mais c'est aussi ce qu'il comptait faire, trouver un maître au jeune garçon et s'assurer de sa bonne éducation. Une envie furieuse de refuser s'empare du capitaine, une envie irraisonnée, par esprit de contradiction. Belouis se domine et va même jusque s'incliner devant Kang.
- Ce sera un honneur pour moi.
La tension du conseil retombe d'un coup, Toloméo triomphe modestement. Il a obtenu tout ce qu'il voulait, pourtant un goût amer reste dans la gorge de nombreux membres du conseil. Les pressions qu'exerce l'intendant sur le nouveau chef ne sont pas passées inaperçues. L'intervention incongrue du jeune Kal a mis à jour des influences indésirables.

Aedyth et Belouis se retrouvent seuls sur le ponton du village. Ils écoutent les vagues clapoter contre les piliers de bois.
- On dit que sous la mer, il existe des ruines de maisons, des traces de l'ancien village, avant qu'il ne soit englouti.
- C'est vrai, Dio m'en a parlé, c'est Rosalie qui lui a montré.
- Je ne crois pas que le village courre le même risque.
- Je ne crois pas non plus... mais il en courre d'autres.
- Existe-t-il un moyen de provoquer une autre élection?
- Si nous réussissons à destituer Kang...oui.
- S'il était destitué, il ne serait pas réélu.
- Jamais il n'aurait dut être élu...
- N'y pense plus, ce qui est fait, est fait. Songeons à l'avenir, tu va t'occuper de Kal?
- Oui, mais ce qui me chagrine, c'est de donner l'impression que j'obéis à Toloméo.
- Je suis au contraire très fière que tu ai réussi à te tenir correctement. Je ne doute pas que ton sentiment soit partagé par d'autres personnes que toi. Malgré tout son talent, Toloméo n'a pu cacher que Kang lui était totalement inféodé.
- Kang est le chef...
- Pour le moment oui. Tu comptes te joindre à la battue?
- On ne me laissera pas le faire.
- Pourquoi pas? Je suis sût que Toloméo aimerai que ça se termine mal entre Tarkan et toi.
- Même si j'y suis convié, je déclinerai l'invitation. Je dois aller me recueillir sur la tombe de Yodalaï... et j'espère, prendre conseil de lui...
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PostSubject: épisode 10   Mon 7 May 2012 - 10:38

Dongal laisse la bride sur le cou de sa monture. Le petit alezan fougueux s'ébroue avant de profiter de la liberté qui lui est donnée. Le jeune cavalier se penche sur l'encolure du bel animal, comme pour s'effacer complètement et épouser le rythme du galop. La colline qu'ils dévalent est couverte d'ondulations d'une haute herbe verte, qu'ils fendent comme le rostre d'une galère romaine fend l'océan. Au fond de la vallée, serpentent un chemin de terre et un ruisseau bruyant. Dongal sent l'hésitation de sa monture, profiter du plat pour prendre encore plus de vitesse, ou choisir les éclaboussures d'eau glaciale? Pourquoi pas les deux? L'alezan piaffe quelques instant dans l'eau cristaline, aspergeant son cavalier généreusement, puis bondit sur la route encore dégoulinant. Dongal rit aux éclats en s'épongeant les yeux du revers de la manche. Personne n'est là pour observer l'héritier du clan Campbell se livrer à des jeux que son père aurait qualifié de puérils. Au détour d'un bosquet d'ombre fraîche, le jeune garçon aperçoit la colonne sur la route. Il ramène l'allure du petit cheval au pas, et se recoiffe d'un geste rapide dans les cheveux. Les hommes du clan sont en marche. Le mois passé, le roi Bruce MacMaelchon a autorisé les initiatives contre les bretons. Il avait réuni les chefs de clan, pour tenir conseil au sujet du roi Arthur, et de l'expansionnisme Breton.
Les highlander sont demeurés cois après le départ des romains observant la guerre que se livraient les seigneurs Bretons. Le débarquement de plus en plus fréquent de navires saxons en provenance du nord, ne fait rien pour les rassurer. L'émergence d'un pouvoir centralisé breton n'est pas du gout du roi Bruce. Le roi Arthur en unissant les différents royaumes bretons et avaloniens sous sa bannière se substitue à l'autorité romaine. Les highlander pensent avoir raté une occasion d'accroitre leurs domaines aux dépends des romains en étant trop attentistes. La situation est alarmante, où s'arrêteront ce roi guerrier et ses pieux chevaliers? Déjà que les tondus en robe de bure arpentent les highland depuis des années, christianisant la population par villages entiers. Le roi Arthur s'appuie sur l'église et ses évêques pour étendre son influence, et pour ne pas être vu comme un envahisseur par ses nouveaux sujets. Les moines ne sont-ils pas l'avant-garde de son armée? Il est temps de montrer aux bretons que les fiers highlander ne se laisseront pas faire. Le roi Bruce n'entre pas officiellement en guerre contre le roi Arthur, mais a décidé de laisser carte blanche aux seigneurs de clan belliqueux.

Dongal Campbell rejoint les hommes de son clan en marche pour la guerre. Il a seize ans et ne porte pas encore l'épée, juste un long skean dhu dans son bas droit. Un raid guerrier, son premier, il n'a jamais combattu, et piaffe autant que sa monture à l'idée d'être accepté parmi les guerriers. Mais d'abord il devra recevoir une épée des mains de son père, le rude et sec Gérald Campbell. Le jeune homme respecte et craint cet homme sévère qu'il connait très mal. Le seigneur du clan Campbell est un proche du roi Bruce MacMaelchon, c'est un farouche guerrier attaché aux traditions et aux croyances de son peuple. C'est un opposant actif aux activités de l'église dans les highland. Il considère les prêtres et les moines comme des espions naguère aux ordres de Rome, aujourd'hui à la solde d'Arthur. Grande est sa colère de voir sur ses terres, des églises se dresser et des paysans et nobles embrasser la foi chrétienne. La promesse d'un hypothétique royaume des cieux aprés la mort, lui semble une escroquerie qui capitalise sur la crédulité des gens. Il ne voit dans l'église qu'un immense outil politique dont le roi breton connait les arcanes. Heureusement un highlander, chrétien ou non, reste un highlander, il est assuré de la fidélité des gens de son clan, liés qu'ils sont par les liens familiaux et les serments d'allégeances.
Dongal arrête sa monture sur un talus, non loin de la colonne de guerriers qui soulève de la poussière. Il se dresse dans ses étriers pour regarder un cavalier remonter la troupe au trot, dans sa direction. Le jeune garçon reconnait la crinière flamboyante de l'arrivant. Un large sourire illumine sa face.
- Angus !
- Sire Dongal, la bienvenue parmi nous!
- Angus, pas de sire entre nous, ne sommes-nous pas frères?
Angus FitzGérald est le fils bâtard du seigneur Campbell. Le jeune homme à été reconnu par son père il y a peu, après plusieurs escarmouches victorieuses contre les saxons. La bonne humeur et le courage du jeune homme lui ont acquis l'affection de la troupe et attiré l'attention de son géniteur. Le seigneur à voulu réparer une erreur de jeunesse autant qu'afficher sa fierté d'avoir un fils de cette trempe. Cette légitimation ne lui donne aucun droit de succession dans le droit coutumier, mais il peut dorénavant afficher sans honte sa filiation. Plus vieux de huit années que Dongal, il est son modèle en tout.
- Sire Dongal, notre parenté, ne doit pas me faire oublier que vous serez un jour le chef de notre clan.
- Un chef de clan ne peut-il avoir d'affection pour son frère?
- Un chef de clan doit se garder de ce qui peut altérer son jugement.
- Remettrais-tu en cause le choix de mon père de te légitimer? Son affection pour toi altère-t-elle son jugement?
- Je reconnais bien là l'éducation romaine des fils de chef, il est préférable de croiser le fer avec toi que d'échanger des propos de circonstances.
Les deux cavaliers rient tranquillement quand un piéton tonsuré s'arrête à leur hauteur.
- Le bonjour mes gentils seigneurs.
Le prêtre romain s'exprime dans une langue des highland sans accent.
- Père Custanius? Je m'étonne de vous voir accompagner des guerriers à la guerre.
- Le seigneur est partout où se trouvent ses brebis.
- J'entendais par là, que je m'étonne que mon père vous laisse suivre son expédition! Ne craint-il pas de vous voir faire de l'espionnage pour l'ennemi?
- Peut-être ne le craint-il pas? Peut-être le souhaite-t-il tout au contraire.
- Vous prêtez à mon père des calculs démoniaques. Espionnez-vous pour le roi Arthur?
- En aucune façon, mais je suis sûr que des clercs zélés n'ont pas les mêmes réticences que moi. L'avis de votre père est loin d'être infondé. Assurer la survie de l'église en favorisant le pouvoir séculier est une idée répandue.
- L'église se mêle donc de politique? Je croyais les prêtres uniquement soucieux des âmes.
- Le salut des âmes est conditionné par leurs actes ici bas. A cet égard les prêtres sont amenés à se mêler de tout.
- Le salut des âmes peut-il s'opposer au salut de l'église? N'y a-t-il jamais conflit d'intérêt?
Le prêtre rit.
- Tous les jours mon fils, et souvent le prêtre prend sur lui les fardeaux que d'autres s'empressent de se décharger sur lui.
- Comment êtes vous sûr de prendre les bonnes décisions? Ou de donner les bons conseils?
- Je n'en ai pas la certitude, je suis prêtre mais aussi un être humain, soumis au doute et aux erreurs.
Angus néglige le prêtre et s'adresse à Dongal.
- Un seigneur de clan ne peut se permettre le doute et les erreurs. Un chef hésitant n'inspire pas confiance à ses hommes et mine leur moral avant la bataille.
Dongal comprend la mise en garde discrète de son ainé. Un futur chef de clan ne doit pas se laisser influencer par un prêtre d'une religion étrangère. Le jeune homme aimerait avoir l'assurance du jeune guerrier. Dongal mets un terme a la conversation.
- J'espère que votre présence parmi ne vous occassionera pas trop de conflits personnels dans l'exercice de votre ministère. Au revoir mon père.
- Au revoir jeune seigneur.
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Marhalt
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PostSubject: épisode 11   Mon 7 May 2012 - 10:38

Belouis referme la trappe de sa lanterne. La flamme vacille et libère un petit filet de fumée noire. Le demi-ogre quitte Cardiff à la nuit tombée. Les villageois s'enferment chez eux, la peur de la créature maléfique vide les rues. Il gravit le chemin qui mène sur la falaise. De là haut, il se tourne pour contempler le phare qui brille sur l'un des deux promontoires enserrant la baie de Cardiff. Sa lanterne et le phare sont les deux seuls points de repères dans l'obscurité. L'odeur iodée et le chant du flux et du reflux indiquent que la mer attaque la côte. Plus que jamais, celui qui marche avec les esprits, se sent au bord des ténèbres.
- Yodalaï?
A-t-il senti une présence? Ou prend-il ses vœux pour la réalité? Il se rappelle cette journée ensoleillée, où le spectre du chamane lui est apparu. Il a pris l'ombre pour le vrai. C'est toujours comme cela, ses visions ont l'apparence du réel. Il lui semble avoir toujours eu ce don. Ce don? Cette malédiction? Voir ses amis morts, est-elle chose si heureuse que cela? La même foule de questions sans réponses se bousculent sous son crâne. Pourquoi lui? Pourquoi eux? Comment, quand cela se déclenche-t-il? Il regrette de n'avoir pas plus de contrôle sur le phénomène, et de n'avoir pas fait plus de recherches à ce sujet. Yodalaï semblait avoir une petite connaissance de la chose, il regrette maintenant de ne pas lui avoir demandé plus d'explications. Le chamane emporte dans la tombe bien des mystères.
- Pardonne lui!
Belouis répète les dernières paroles du spectre de Yodalaï. Qu'entendait-il par là? Pardonner à qui? Pardonner quoi? Pardonner à son meurtrier? Forcement le vieux chamane connait son meurtrier. Une dénonciation post-mortem par un revenant est-elle recevable devant un tribunal? Le vieil homme souhaite-t-il seulement être vengé? Son meurtrier mérite-t-il le pardon? Ce n'est peut-être pas un meurtre... serait-ce un accident? Toutes ces manigances des rédempteurs ne seraient que le fruit de son imagination? Juste une opportunité saisie au bond? Belouis ne veut pas croire à un accident, il veut un coupable, il veut venger son ami. Il ne veut plus entendre les paroles d'apaisement du spectre. Les larmes lui montent aux yeux.
- Qui va là!
La voix du maître d'arme tonne dans les ténèbres. Sa rompoya renvoie l'éclat fauve de sa lanterne. Belouis perçoit un mouvement en dehors de la demi-sphère de lumière. Il ploie les jambes, pose sa lanterne au sol, et saisi sa rompoya des deux mains. L'arme effectue quelques vives rotations agressives, affirmant la maitrise de son espace. La lame courbe s'immobilise, pointant dans une direction. Belouis se mue en statut.
- Montrez-vous!
Un silence aussi dense que les ténèbres répond à l'injonction. Les secondes sont de plomb. Belouis ferme les yeux brièvement et prend une profonde inspiration. Le maître d'arme plonge dans le noir de toute la longueur de son arme. Du choc du métal contre métal, jaillit une étincelle. Belouis est déjà replacé au centre du cercle lumineux.
- Tarkan, je sais que c'est vous!
- Qui croyais-tu que c'était? Le Déodande? Cette fable pour gamins arriérés?
Le rédempteur fait un pas dans le cercle de lumière. Il est en arme, les armoiries d'un seigneur couvrent son armure de facture bretonne.
- Le Déodande peut-être pas, mais assurément quelqu'un qui répugne à attaquer les gens à la lueur du jour!
- Ne te donne pas plus d'importance que tu n'en as, Belouis! Je n'ai pas besoin de me cacher pour te battre! Qu'aurais-je gagné à te tuer? Un paysan de moins?
- Pourquoi m'épies-tu dans le noir?
- Tu ramènes toujours tout à toi? Parce que je suis là, parce que je monte la garde pour veiller sur le sommeil des bonnes gens de Cardiff, alors je suis là pour t'épier? Tu ne dois pas avoir la conscience bien tranquille pour te sentir ainsi le centre d'attentions malveillantes.
- Ce n'est pas moi, qui ne répond pas quand on l'interpelle dans le noir. Est-ce de l'impolitesse ou le dégout d'avoir été repéré avant d'avoir perpétré son forfait?
- Le seigneur de Bethuen veille sur ses gens, nul ne peut entrer ou sortir de Cardiff sans que nous le sachions. Que notre vigilance passe pour un forfait à tes yeux, je n'en ai cure. Passe ton chemin maintenant et évite de voyager la nuit comme un voleur.
Les deux guerriers se toisent du regard plusieurs longues minutes. Belouis ramasse sa lanterne et reprend sa route dans la lande sombre. Longtemps, l'incident occupe ses pensées. Tarkan semble le soupçonner de quelques obscures manigances. L'effet miroir est indéniable. Tarkan n'est-il comme lui, que le champion de sa cause? Ne sont-ils que deux coqs dressés sur leurs ergots, se soupçonnant mutuellement? La mort de Yodalaï ne serait-elle qu'un accident dont personne ne serait responsable?
Le chamane blanc a été inhumé dans les catacombes de Cardova. L'entrée de l'ancienne nécropole romaine coiffe le sommet rond d'une colline herbue. Belouis se rappelle la dernière fois qu'il y est venu, quand il a rencontré l'âme errante de son jeune seigneur décédé. Le maître d'arme a la gorge nouée, il baisse les yeux en sentant le souffle du passage de spectres romains oubliés. Pourquoi vient-il là? Belouis essaye de réunir ses pensées de façon cohérente avant de plonger dans les entrailles de la nécropole. Il doit se recueillir sur la tombe de son ami Yodalaï. Le vieil homme et sa tribu l'ont accueilli en égal parmi eux. Ils lui ont donné son nom d'homme au cours de la communion. Ils ont scandé le Daul des demi-ogres. Il les a mené à la bataille. Ensemble ils ont rendu aux tribus demi-ogres leur dignité. Le roy s'apprêtait à nommer Yodalaï au conseil de succession. La mort soudaine et mystérieuse du chamane blanc trouve-t-elle sa raison dans des dessous de tables politiques obscures? Belouis espère obtenir des réponses à ses questions en invoquant l'esprit de son ami défunt.

La lanterne éclaire la volée de marches qui s'enfonce sous terre. Belouis ne se laisse pas le temps de réfléchir, il descend les degrés, plus décidé dans ses gestes que dans sa tête. L'odeur de la mort le saisi à la gorge. Ce n'est pas l'odeur douceâtre du sépulcre, mais les relents nauséeux de la charogne.
Ce rappel violent du trépas de son ami, trouble le demi-ogre. Les rédempteurs se sont-ils contentés de jeter le cadavre dans un recoin des catacombes? La colère monte, les villageois lui ont indiqué le chemin pour retrouver le caveau du chamane, Belouis lève sa lanterne et avance. Les couloirs sombres défilent, des alcôves abritent des anciens tombeaux aux inscriptions latines révélées par la lueur dansante de la lanterne de pêcheur. L'odeur épouvantable agresse les narines au point que Belouis se protège le nez de la main. Le tombeau de Yodalaï n'est plus très loin. Un vieux sac de cuir semble avoir été oublié dans un coin du passage. Un sac? Sainte lumière non, prés de vomir, Belouis lève sa lanterne au dessus du monticule suspect. Le cadavre d'un sarrasin recroquevillé, voilà l'origine de cette puanteur abominable. Un cadavre frais, en regard des squelettes dormant ici depuis des décennies. Le masque mortuaire exprime l'horreur et la souffrance d'une fin horrible. L'homme a eu la colonne vertébrale brisée, il est plié en deux, la brisure au niveau des reins, son assassin l'a laissé s'affaler comme un tas de chiffon contre le mur. Sa tenue de cuir et ses deux lames ne laissent aucun doute sur son métier. Un sicaire, une fripouille, un voleur, un assassin, un détrousseur de cadavres sans doute qui sera tombé sur plus fort que lui. Belouis n'ose même pas imaginer la force de l'homme qui a puni cette racaille. Il arrache une vieille bannière tombant en lambeaux pour couvrir le cadavre, malgré le dégout qu'il lui inspire. Belouis l'abandonne sur place désireux de voir si la crapule a eu le temps de sévir avant de mourir. La salle ou repose le chamane est de taille moyenne, une caveau récemment installé occupe seul l'endroit. Des traces du déplacement du lourd objet griffent le dallage. Le couvercle de pierre est en place, le nom de Yodalaï y est gravé en lettres romaines rehaussées de peinture blanche. Belouis respire, il reprend son calme, tout a l'air en ordre. Il pose sa rompoya, sa lanterne, il ôte son heaume et s'agenouille devant la sépulture.
- Repose en paix mon vieil ami.
Il pose la main sur la pierre froide, comme un salut révérencieux. De longues minutes, il reste silencieux, invoquant dans ses prières, l'esprit de son ami disparu. Ne lui répondent que le vide, et l'absence. Le sentiment de son impuissance, et de son inutilité, gronde. Il lâche la pierre et serre le poing.
- Qui dois-je pardonner? Me laisseras-tu dans l'ignorance mon ami?
La main est poisseuse, Belouis l'ouvre et la découvre couverte de sang. Il y voit comme une réponse a ses interrogations. Une réponse qui soulève bien des questions, le caveau pleure-t-il du sang? Il ramasse la lanterne et l'approche de la pierre, une trainée luit depuis le couvercle jusqu'au sol. Une pensée révoltante traverse l'esprit de Belouis, le sarrasin a sans doute eu le temps d'ouvrir le caveau. Il se redresse et s'arque-boute sur le lourd couvercle pour le faire glisser. Yodalaï est bien là, mais sa robe blanche est souillée sur le ventre. La découverte de la profanation rend Belouis fou-furieux. Ses hurlements résonnent à l'infini dans les galeries et les salles désertes. Il revient sur ses pas et donnent plusieurs coups de pied vengeurs au supplicié. Il va de l'un a l'autre cadavre dans un monologue décousu, et fini prostré contre le caveau de Yodalaï. La douleur l'égare plusieurs heures, n'osant pas encore poursuivre plus loin son investigation. C'est enfin ce qu'il se résout à faire, et découvre que l'on a subtilisé une partie des entrailles du chamane blanc. Le corps a été découpé proprement, par quelqu'un qui semble s'y connaître. Belouis rajuste son ami du mieux qu'il peut, et repose le lourd couvercle. Il se recueille profondément devant la sépulture. Il prend conseil de lui même et décide de ce qu'il doit faire. Le maître d'arme se lève enfin et déambule dans les couloirs proches. Il trouve ce qu'il cherche, un caveau facilement reconnaissable, pour y cacher la dépouille du sarrasin. Belouis vérifie les armes du mort. Elles n'ont pas servi, une substance visqueuse translucide les recouvre, attestant qu'elles n'ont rien découpé de vif ou de mort. Il garde une des deux lames identiques, laissant la seconde avec son propriétaire et un squelette dans le caveau choisi. Le géant demi-ogre tourne les talons, en murmurant.
- Je suis Kohan celui qui marche avec les esprits, que je sois damné si je n'arrive pas à faire parler ce mort.
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Marhalt
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PostSubject: épisode 12   Mon 7 May 2012 - 10:39

Dongal piaffe d'impatience, l'armée stationne au sommet d'une colline boisée d'où elle domine un paisible village breton. Il est prêt a fondre sur l'ennemi, il ne comprend pas comment les soldats peuvent être aussi calmes et impassibles. C'est leur objectif et pourtant nul ne semble s'en soucier. Ils se reposent et se restaurent après leur longue marche matinale. Que diable ne soit-il pas leur chef, il aurait vite fait de leur botter le train et de remettre la colonne en branle. Il lui tarde que son père lui remette son épée. Le chef de clan n'est toujours pas arrivé, cela explique au moins, si ça ne le justifie pas, le manque de hardiesse des highlander. En laissant errer son regard sur le paysage, le jeune garçon remarque un petit nuage de poussière sur le chemin en contrebas. Un homme vêtu de bure lance son long bâton sur la route du village breton. Un prêtre chrétien! Le père Custanius, à grandes enjambées, fonce alerter l'ennemi. Dongal hurle au traître, sortant vaguement les hommes de leur torpeur. La voix grêle d'un gamin n'a pas assez de résonance pour faire bouger de rustiques gaillards. L'apathie des soldats dégoute le jeune garçon, il comprend qu'il est le seul qui puisse faire quelque chose et enfourche son petit alezan furieusement. Lancé au triple galop il avale les deux kilomètres qui le séparent du traitre, sous les yeux des highlanders médusés. Enfin l'incident semble remuer certains qui laissent de côté leur gamelle et se lèvent pour scruter la route. Sans se soucier plus de la piétaille qu'il laisse derrière lui, Dongal rattrape le moine, le dépasse dans une tempête de sabots et de poussière, et fait volter sa monture pour barrer le passage à l'espion. Le moine s'arrête, il s'incline en souriant au jeune garçon.
- Bonjour sire Dongal, mes félicitations, vous êtes un fier cavalier.
- Ne vous fichez pas de moi vil traître, et faites demi-tour!
- Traître? Quelle allégeance aurais-je trahi? Je ne sers qu'un maître, le tout puissant.
- Vous avez trahi notre confiance! Vous nous avez suivi avec l'accord de mon père, et à la première occasion, vous allez alerter ses ennemis de ses intentions.
- Alerter ses ennemis?
Le moine désigne du bout de son bâton ferré le sommet de la colline. L'armée des highlander y est parfaitement visible, aucun effort n'a été fait pour la masquer. Les bannières claquent au vent, et les pointes de lances et boucliers brillent d'un éclat métallique. L'agitation des hommes et bêtes témoins de l'altercation du haut de la crête est sensible.
- Vos ennemis n'ont pas besoin de moi pour être alertés sur votre présence.
- Que m'importe la négligence ou l'incurie des hommes de mon père, je ne puis vous permettre d'aller plus loin.
- Comment savez-vous que ce n'est pas la volonté de votre père? Que savez-vous des choses de la guerre? Vous ne portez même pas d'épée. Ne faites pas d'actes inconsidérés.
Prononcée d'un ton calme et sans sourire aucun, la phrase n'en touche pas moins le jeune garçon au vif. Remettre un orgueilleux à sa place, même gentiment, n'est jamais une bonne idée.
- En attendant que mon père décide de votre sort, veuillez faire demi-tour.
- C'est hors de question, je vais là où mes pas me conduisent, et c'est dans ce village que vous allez bientôt attaquer que ma présence sera la plus utile.
Dongal n'a jamais été confronté à une telle situation, d'ordinaire la hiérarchie suffit à régler les conflits. Il est le fils du seigneur, donc on lui doit obéissance sans discuter, ou alors c'est lui qui obéi à sa mère, son père ou son précepteur. Qu'un homme en robe, issu vraisemblablement de la paysannerie lui résiste le surprend, et que ça se passe sous les yeux des hommes de son père l'énerve. Il doit sortir à son avantage de la situation.
- Je vous ordonne de me suivre, ou il vous en cuira.
Trop conscient de l'escalade, Custanius réprime une envie de sourire. Il tente de faire prendre conscience des réalités au jeune homme.
- Sire Dongal, c'est tout à votre honneur de vous soucier des intérêts de votre père. Si il m'a autorisé à suivre la troupe, n'a-t-il pas prévu ce genre d'incident? Je ne lui suis pas inféodé, et encore moins à vous. Votre devoir est de l'aviser, si vous pensez devoir le faire, mais vous n'avez aucun pouvoir de m'empêcher de faire ce que je souhaite.
- Vous abusez de la bonté de mon père, c'est une insulte que je ne peux laisser passer, arrière fourbe!
Dongal bondit au sol et sort sa courte lame.
- Vous m'obligez à me servir de la force contre vous. Obéissez et je ne vous ferais aucun mal.
Custanius ne bronche pas mais hausse la voix.
- Croyez-vous qu'un jeune chien fou puisse entraver ma marche? Votre père ne vous a pas fait assez donner le fouet. Rangez ce jouet avant que je ne corrige vos lacunes d'éducation.
Dongal sent la fureur l'envahir, une correction? Maintenant qu'il est un homme, c'est lui qui les distribue. Que peut contre lui ce civil en robe? Il lui brandit sous le nez son skean dhu. Le moine fond sur lui, une douleur au poignet lui fait lâcher sa lame. Le bâton virevolte, le fauche et l'allonge dans la poussière. Dongal hurle de rage et tente de se relever. Implacable le bâton le couche durement. Sont-ce des vagues de rires qui descendent les pentes de la colline? Rouge de honte et de colère, le jeune garçon lutte contre le bâton hargneusement. Un coup sur la tempe le sonne, et lui ôte toute force. Le jeune garçon tombe à genoux. Custanius chasse la monture de l'héritier des Campbell et ramasse son arme.
- Dongal, je vous dispense de remerciements pour cette leçon d'humilité. Peut-être un jour vous rendrais-je votre lame? Il vous faudra pour cela la mériter.
Le prêtre reprend son chemin.

A pied, désarmé, battu, sale comme un peigne, Dongal rebrousse chemin au vu et au su de l'armée de son père. Le jeune garçon renifle sa honte tremblante. Il n'a jamais connu pire humiliation, il maudit l'église et ses prêtres. Sa monture l'a abandonné, comme si elle le sentait indigne de la monter. Le retour est terrible, sur le chemin, sous le soleil de plomb et le jugement des hommes. Ces soldats qui seront les siens un jour, et qu'il méprisait encore quelques minutes plus tôt pour leur inertie. Est-il l'objet du mépris de ces hommes? Qu'est ce qu'un chef qui est la risée de son armée? Il a trop honte et ne rentre pas dans cet état. Il fait la toilette de son corps et de son âme dans un abreuvoir à moutons. Rasséréné, il se met en quête de sa monture, qu'il trouve dans un bosquet ombrageux à brouter une herbe sèche. Il trouve enfin le courage de rentrer au camp, la faim, et la bataille proche luttant avec l'humiliation publique.
Les cavaliers de son père sont là. C'est un grand soulagement, l'action ne va plus tarder et aidera à effacer les mauvais souvenirs. Le camp fourmille d'activité, contrastant avec la matinée léthargique, son retour passe inaperçu. Gérald Campbell donne ses instructions devant sa tente, ses lieutenants et sergents répondent à ses questions et opinent du chef à chacune de ses remarques. Le chef de clan armé de pied en cape, penche son profil aquilin et sa barbe rousse sur un parchemin où des lignes dessinent la région alentour. C'est le conseil de guerre, il aurait dû être aux cotés de son père. Dongal n'ose pas venir saluer Gérald et interrompre le conseil. Il espère qu'une occasion discrète se présentera pour lui souhaiter la bienvenue.
Une magnifique épée pend à l'arçon de la selle du cheval de son père. Un serpent en dessine la garde et une pierre rouge en orne le pommeau. Le cœur du jeune garçon bondit. C'est sans doute l'épée que doit lui remettre son père. Son épée, pour sa première bataille, le symbole de son accession au rang d'homme et de guerrier. Dongal retourne dans le giron du conseil, espérant accrocher l'œil de son père et peut-être provoquer la remise de l'épée. Mais la réunion s'achève sans que ses efforts ne soient récompensés. Les subalternes dispersés, Dongal s'avance et s'incline devant son père.
- Bonjour sire mon père.
La foudre du regard de Gérald Campbell, achève les illusions que Dongal pouvait nourrir. Il est au courant.
- Mon fils...
- Pardonnez-moi mon père, j'ai raté de peu le début du conseil, ne voulant pas vous interrompre, je n'en ai pas moins suivi vos instructions très attentivement.
- A la guerre, arriver en retard signifie la défaite.
- Père j'ai l'entière responsabilité de ce retard, assignez-moi ma place dans le plan de bataille et je me ferais pardonner par ma conduite au combat.
- Votre place au combat?
- Oui père je me montrerai digne de vous!
Le chef de clan semble réfléchir. Dongal invoque toutes les divinités imaginables pour qu'une occasion de briller dans la bataille se présente, il lorgne vers la belle épée. Le regard du garçon n'échappe pas à Gérald.
- Soit, je t'assigne à la garde de nos bagages et de nos chevaux de bats et de traits.
- La garde père? Mais n'est-ce pas indi...
- Croyais-tu que pour ton baptême du feu je te mettrais à la tête de l'armée?
- Non père mais...
- Estimes toi heureux si après ce que l'on me rapporte sur ta conduite, je te confie une quelconque mission.
Dongal accuse le coup en baissant de ton.
- Père n'allez-vous pas me confier une arme pour mener à bien cette mission?
- Une arme? Bien sûr fils, mais tu apprendras que même la naissance ne donne pas tout, il reste encore des domaines où le mérite prime.
Dongal est heureux de s'en tirer à si bon compte, une petite réprimande contre le droit de porter une épée. Curieusement Gérald dépasse sa monture sans s'arrêter. Dongal regarde son père monter dans le fourgon du maître de forge et fouiller dans la réserve. Le chef de clan choisit une vieille épée rouillée et émoussée et la tend à son fils.
- Rassures-toi mon fils, si ce ne sont pas les épées qui donnent leur valeur aux hommes, ce sont bien les hommes qui donnent leur valeur aux épées qu'ils portent.

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PostSubject: épisode 13   Mon 7 May 2012 - 10:40

Le maître arrive, il remplit les gamelles d'eau et flatte le chef de meute. Le maître marche sur deux pattes, il a chaussé ses bottes de chasse et sa corne pend à son coté. Le chef de meute gronde et repousse la meute de quémandeurs à coup de crocs. Il est jaloux de son rapport privilégié avec le maître. Des poils grisonnants parsèment le pelage du chef de meute, il vieillit et plus que jamais il est sourcilleux des honneurs qui lui sont dûs.
Le maître ne distribue aucune nourriture, l'excitation monte, c'est jour de chasse. La meute se précipite autour du maître en jappant de joie. Le maître écarte les trop jeunes, les trop vieux, les trop faibles, les femelles grosses, les malades. Nullement découragés, les refoulés tentent de forcer le barrage de la sélection en couinant plaintivement. Les élus donnent de la voix hargneusement, le goût du sang les fait déjà saliver. Le chasseur est choisi, évidement, il est le meilleur pisteur de toute la meute. Le vieux mâle dominant le surveille du coin de l'œil. A la moindre provocation il aura droit à un coup de crocs bien senti. Le chasseur fait mine de ne rien voir et ne baisse pas la tête. Il a encore grandi depuis la saison passée et son pelage flamboie dans la lueur du soleil levant. Le chasseur attire les regards des jeunes femelles, mais il ne leur rend pas. Une seule femelle l'intéresse, la dominante, elle seule compte à ses yeux. Le chasseur économise son énergie, il ne bondit pas et ne jappe pas inutilement. La chasse promet d'être longue.

La meute suit le dominant, à la droite du maître. Ils traversent le village sous les saluts de gardiens, d'autres quatre pattes qui ne sont pas de la race des chasseurs et qui ne connaitront jamais l'honneur de la chasse. Ils se contentent de donner l'alarme et de garder leur petit territoire, amateurs bruyants qui remplissent leur office. Les chasseurs passent devant eux en les ignorant. Le maître est rejoint par d'autres deux pattes, ce ne sont pas des chasseurs, leurs vêtements brillent, ils font du bruit et leur odeur de crottin ne trompe pas. Cela va être une grande chasse, pas juste avec le maître, comme d'ordinaire. Beaucoup d'autres deux pattes rejoignent la troupe, certains sont les maîtres d'autres meutes ou d'un ou plusieurs gardes. Le ton monte, les plus jeunes chasseurs n'ont jamais connu de chasse aussi importante, ils prennent les nouveaux venus pour des intrus. Les chefs de meute donnent de la voix, autant pour ramener dans le rang les écervelés que pour montrer qui ils sont aux autres quatre pattes. Les maîtres laissent la hiérarchie s'établir, parfois en l'aidant de force coups de bâton. Le chasseur grogne discrètement à l'encontre des jeunes de sa meute qui tardent à rentrer dans le rang. Le dominant s'en aperçoit, cela ne lui plaît pas, il se sent bafoué dans son autorité. Il abreuve copieusement le chasseur d'aboiements rageurs. Ce n'est pas à toi de faire la loi! Pas encore! Semblent se défier les deux mâles. L'heure n'est pas aux querelles, le chasseur fait sa soumission de mauvaise grâce. Les maîtres reprennent la route.

Une forte odeur emplit les nasaux des chasseurs. Cette odeur, ils la reconnaissent mais ils ne connaissent pas son propriétaire. Depuis plusieurs jours la créature dont ils respirent les effluves rôde autour du village, alertant les gardiens. Ce n'est pas une odeur de gibier, mais celle d'un prédateur, les chasseurs perçoivent toute l'intelligence et la menace contenue dans ces traces. L'instinct millénaire de la chasse s'éveille au sein des meutes, les cris de ralliement et de défi se succèdent. Des maîtres à deux pattes juchés sur des énormes quatre pattes attendent les chasseurs dans une clairière. Ce sont ces quatre pattes qui produisent le crottin, et s'ils n'étaient de dévoués serviteurs de leurs maîtres, ils feraient de bonnes proies. Les chasseurs comprennent quelle est leur objectif, de toutes les odeurs de la clairière c'est elle la plus forte. Ce n'est ni un lapin, ni un cerf, ni un renard, leur cible est un grand prédateur dangereux. La bête est arrivée et venue par le même chemin, la piste est facile à suivre. La meute hurlante se précipite derrière leur chef en courant. Le chasseur reste au niveau des maîtres, il ne se soucie pas de encore de la piste facile, ce n'est pas maintenant que ses talents opèreront.

La chasse bat son plein, le soleil est au plus haut dans le ciel. La meute n'a pas perdu la trace, pourtant la bête a tenté plusieurs fois de la mettre à l'épreuve. La créature est revenue plusieurs fois sur ses pas et a fait des bonds de coté, afin de masquer une trace ténue par une autre plus forte. Ces astuces sont habituelles chez les renards, un bon chasseur sait les repérer. Le dominant ne s'y laisse pas prendre, et quand il a déjoué le piège, il ramène tout son petit monde éparpillé par de longs aboiements vainqueurs. Le maître ne manque pas de le flatter, et de montrer aux autres maîtres comment il a bien dressé son serviteur. La créature est maligne, mais elle ne fait que gagner un peu de temps, les chasseurs finiront par l'acculer pour la curée.

Le chasseur valide les choix du dominant, rien jusqu'à maintenant n'a présenté une réelle difficulté. Il se contente de suivre tranquillement le rythme. Un jeunot lui colle au train. Il ne fait pas partie de sa meute, ni d'aucune autre d'ailleurs, est-il seulement un chasseur? D'où vient-il? Depuis combien de temps le suit-il? Cela déplait au chasseur, il se tourne et le gronde, puis le mord. Le gamin couine et s'éloigne, la queue entre les jambes. Rapidement, comme s'il avait oublié l'incident, il revient dans le sillage du chasseur. Mais dés que le grand mâle tourne la tête, il prend la pause de soumission. Le choc est immense pour le chasseur, une révolution vient de s'amorcer, s'il accepte l'allégeance du gamin, il fonde sa propre meute. N'est-ce pas ce qu'il a toujours souhaité? Le temps est-il venu? S'il se trompe, ce petit jeune risque sa vie. Le dominant tolère que le chasseur soit à l'écart, seul comme un paria. Cela évite bien des confrontations. Mais si le chasseur attire à lui des membres de la meute, cela sera vécu comme une sécession, une rébellion que le dominant se verra contraint de réduire. Le temps n'est pas encore venu, le chasseur mord durement le jeunot, qui détale en jappant de douleur.

La piste est perdue, la meute s'abreuve dans la rivière où la bête les a semés. Le chasseur croise le regard du dominant, le défi est lancé. Les maîtres démontent et font boire les montures. La meute s'éparpille sur les berges, la truffe au ras du sol, les queues fouettent l'air. La rivière est profonde, même une créature nageant en surface aurait laissé sa signature olfactive. Le chasseur comprend que la bête a plongé pour remonter ou descendre le courant. Elles ne sont pas nombreuses les créatures capables de courir sur terre et de nager sous les flots. La chasse est donnée à une créature de même nature que les maîtres, pourtant l'odeur est tellement différente que le chasseur n'est pas satisfait de sa conclusion. Quoiqu'il en soit, sa découverte le conforte dans l'idée que la bête qu'ils chassent est capable de prouesses bien supérieures à un gibier ordinaire. Le chasseur opte pour l'amont, en pensant que la créature n'est pas avare d'efforts pour semer ses poursuivants. Il croise de nombreux chasseurs, la truffe au sol cherchant désespérément la piste. Il les néglige, s'ils n'ont rien trouvé dans ces endroits évidents, ce n'est pas lui qui fera deux fois le travail. Le temps est compté, chaque seconde éloigne la bête, et lui donne plus de chances d'échapper à la meute. Le chasseur détale ventre à terre, faisant confiance à son instinct. Les oreilles dressées, les naseaux largement ouverts, il fonce le long de la rivière, s'arrêtant à chaque particularité de terrain susceptible d'offrir assistance au fugitif. Rien, il est bredouille, pas la plus petite particule olfactive ne vient titiller son museau. Pas de trace visible sur l'autre berge, pourtant il sait qu'il tient le bon bout, la créature a juste descendu le courant, c'est lui le chasseur qui a fait le mauvais choix. Un petit jappement lui fait tourner la tête, le gamin est là, tout frétillant de la queue. Il se soumet devant les crocs du chasseur. Quel entêté ce gamin, il ferait mieux de faire sa cour au dominant. Le grand mâle renonce à le châtier, privilégiant la chasse. Le jeunot lève la patte contre un arbre, le chasseur l'imite, puis va laper de l'eau fraîche à la rivière. La langue pendante, il observe l'arbre qui pousse sur l'îlot au milieu de la rivière. Le courant est fort ici, aucun chasseur n'oserait traverser. Le vent chasse les odeurs vers l'autre rive. C'est l'endroit idéal pour semer des poursuivants. Le chasseur remonte la rive vers l'amont et se jette à l'eau. Le gamin tente de l'imiter mais la force du courant le dissuade, il bondit sur la rive et s'ébroue en couinant. Le grand mâle à bien vu. Le courant le déporte lentement mais sûrement vers l'îlot. La piste est retrouvée, le chasseur est fier de lui, les marques du passage de la créature récompensent son audace. Il lance le cri de ralliement, repris aussitôt par le gamin sur le bord qu'il vient de quitter. Un couinement fait se retourner le chasseur. Le dominant est là, il vient de chasser le gamin, il reprend à son compte le ralliement. Le vieux dominant exulte et semble dire qu'on ne l'aura pas encore cette fois-ci. De partout les réponses fusent, le ralliement a été entendu. Les maîtres cornent le rassemblement, la chasse reprend. Un passage guéable voit les pattes de toutes sortes franchir l'obstacle argenté. Une cavalcade enthousiaste et sauvage fonce sur les traces de la créature. La traque est aisée, comme si la bête se sentait à l'abri.

Le terrain se vallonne, se hérisse d'arbuste touffus, et de ronciers agressifs. La chasse se distend démesurément. Les premiers traqueurs filent facilement sur la piste, au contraire des montures qui doivent souvent trouver un passage moins dangereux pour leurs fines jambes. Le chasseur est parmi les premier, comme le dominant, ils vérifient que les plus hardis ne se trompent pas dans la précipitation. Aussi vite que puisse aller la bête, elle sera rejointe tôt ou tard par la meute de chasseurs courant ventre à terre. Devant, le vacarme des aboiements gagne en volume. La bête est repérée. Elle se terre dans une combe, noire d'ombre. La piste mène ici, aucune autre trace n'en ressort. La présence de la créature est perceptible, les chasseurs la défient en concert. Les deux pattes sont encore loin, la meute grossit petit à petit. Elle se précipite dans les fourrés au signal du dominant. Le chasseur ne suit pas, cela lui semble trop simple tout à coup. La proie a montré une bonne connaissance de la chasse pratiquée par la meute. Pourquoi se serait-elle laissée acculée ici? Aucune effluve de transpiration n'indique sa fatigue, ni sa peur. La combe est impossible d'accès aux montures, et même quand les maîtres arriveront, les ronciers les ralentiront fortement. La meute de chasseurs fonce tout droit vers un autre chasseur, qui les a attiré droit dans son piège.
Le chasseur hurle le ralliement, rien n'y fait, les chasseurs suivent le mouvement. Les aboiements rageurs de ceux qui sont déjà descendus entraînent les arrivants. Un furieux combat commence, que le chasseur ne peut que deviner aux cris et sons qu'il perçoit derrière la muraille végétale. Les meutes ont délogés leur proie, les hurlements d'agonie le disputent aux aboiements plaintifs. La bête, coupe, tranche, bouscule, les craquements de branches se mêlent à ceux des os brisés. L'odeur du sang recouvre tout. Le chasseur échoue à dissuader ses semblables de ne pas attendre les maîtres.
Seul, le gamin arrivé en trottinant, la langue pendante, ne semble pas prendre conscience du drame qui se joue. Il fait sa soumission et ajoute sa voix au concert ambiant. Le chasseur se poste résolument devant lui pour l'empêcher de passer. Un chasseur sort des ronces, la bave aux lèvres, les flancs rougis, il traîne ses entrailles sur le sol quelques mètres avant de s'effondrer. Un maître arrive enfin, il démonte et corne immédiatement le rappel. Quelques chasseurs hagards émergent de la combe, ils couinent et glapissent en enfouissant leur museau sous leur patte. Ils sont si peu, qu'on a peine à réaliser que plusieurs meutes de chasseurs vaillants ont foncés dans la combe. La colère et le chagrin s'emparent des maîtres. Le silence de la combe est effrayant. Des éclats d'argent jaillissent des fourreaux, les maîtres tranchent les ronces pour se frayer un chemin. Seul l'un d'entre eux demeure avec les montures. Le chasseur est désorienté, aucun membre de sa meute n'est revenu, le maître lui a fait signe de rester avec les montures. Que sont devenus les autre? Il n'ose y songer.
Des cris, des pleurs, les maîtres découvrent le charnier, la colère gronde. Le chasseur les entend de moins en moins bien, ils pénètrent au plus profond de la combe maudite. L'entrée de l'endroit est empli de l'odeur de la bête, les montures sont nerveuses, elles sont les premières à ressentir sa présence. Une ombre ténébreuse surgit du néant, elle traverse les montures terrorisées, pour se précipiter sur le seul maître présent. La peur panique du deux pattes transpire de tous ses pores, il est vidé de ses étriers par sa monture qui détale à la suite de ses congénères. Le chasseur est la dernière chance du maître. Il ordonne au gamin de fuir, et saute à la gorge du monstre.

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Marhalt
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PostSubject: épisode 14   Mon 7 May 2012 - 10:41

Tenu à l'écart des préparatifs guerriers, Dongal assiste à la mise en branle de l'ost highlander. Principalement composée de piétons, l'armée se met en rang sous les ordres de Angus Fitzgérald. Le jeune homme est l'archétype du combattant highlander, il porte fièrement le kilt au tartan des Campbell. Une petite targe couvre sa main gauche, il brandit une lourde épée de la main droite. Les druides et bardes, entonnent des chants de guerre relatant les hauts faits des fils des hautes terres. Les bannières claquent au vent, les carnyx de cuivre résonnent jusque dans la vallée. Gérald Campbell salue son armée avant de s'éloigner à la tête de ses cavaliers conformément au plan convenu. Les magiciens sont très rares, les chefs de guerre qui comme le roy Arthur peuvent profiter des services d'un enchanteur comme Merlin, sont enviés. Il ne fait nul doute pour les guerriers highlander, que les victoires militaires du chef breton reposent essentiellement sur l'usage peu orthodoxe de la magie.
Dongal, extrêmement déçu de ne pas pouvoir les accompagner, regarde les soldats descendre la colline. Le jeune homme sent le poids de la honte pendre à sa ceinture. Il tourne résolument ses pas vers la carriole du maître de forge. L'homme, torse nu sous son tablier de cuir, active un soufflet qui fait rougeoyer la braise d'un brasero. Dongal se campe hardiment devant le forgeron et dégaine son épée.
- Bonjour maître forgeron.
- Bonjour sire Dongal.
- Donnez moi une épée qui me convienne mieux.
- N'est-ce-pas l'épée que votre père vous a donné?
- C'est celle là en effet, mais elle est rouillée, et son tranchant est émoussé.
- Votre père l'a prise dans les rebuts destinés à la refonte.
Dongal sourit contrit.
- Vous voyez bien qu'elle ne peut me convenir. Trouvez m'en une plus adaptée.
- Celle-ci est-elle trop lourde?
La question insidieuse du forgeron, montre bien le peu d'estime qu'il porte au jeune homme. Une sourde rancœur envahi le jeune homme. L'épée que lui a donné son père, montre aux yeux du monde, tout le cas qu'il fait de son fils. Les hommes, hier obséquieux, adoptent aujourd'hui des comportements frisant l'insolence.
- Cette épée n'est pas trop lourde, je veux juste en changer, comme vous l'avez dit c'est un rebut. Comment puis-je me battre avec cette arme?
- Comment pourrais-je déjuger le choix de mon seigneur? C'est l'épée qu'a choisi votre père pour vous, vous devriez être fier de la porter.
Dongal est atterré, le forgeron, un simple artisan refuse de se soumettre à son autorité. Les arguments qu'il avance sont imparables. La punition que lui inflige son père lui apparaît dans toute son implacable froideur. Il lui semble que toutes les personnes restées au camp, sont les témoins goguenards de son impuissance humiliée. Bouffi d'orgueil bafoué, Dongal tente une autre approche.
- Mon père t'a choisi pour forgeron! Alors fait ton office, gratte cette épée et rend lui son tranchant!
- Sire Dongal, je n'ai pas de temps à vous accorder, j'ai un cheval à ferrer. Du reste, l'entretien d'une arme appartient à son propriétaire.
- Mais je n'ai jamais fait ça!
- Si vous me promettez de ne pas en parler à votre père, je puis vous prêter des outils.
- Ne vous donnez pas cette peine je me débrouillerai autrement.
Dongal s'éloigne rageur, il n'a pas dit son dernier mot, il veut sortir vainqueur de l'épreuve que lui impose son père. Il regagnera sa confiance et tout rentrera dans l'ordre. Il fera rendre gorge à tous ces paysans mal dégrossis. Le fils de seigneur alpague le fils de forgeron, du coté des chaudrons du maître coq.
- Hey toi!
Surpris mais nullement impressionné le garnement répond à l'appel.
- Ouais?
- Voilà mon épée, tu as une heure pour la faire briller.
Le gamin éclate de rire.
- Une épée? Où donc? Ce piquet de tente?
- Gare à tes impertinences ou je te fais donner le fouet!
- Je dis ce que je veux, et je ne suis pas votre valet! Je n'ai rien à gagner à faire vos corvées!
La réplique mi-révoltée mi-intéressée du garnement, révèle à Dongal toute l'étendue d'un nouveau pouvoir, parfaitement à sa portée.
- Tu n'auras pas affaire à un ingrat. Tu gagneras ma reconnaissance et mon estime, ainsi que ces pièces de cuivre.
- Mazette! Pour sûr que je trouverais bien à me dégager après avoir aidé mon père.
Le gamin empoche l'argent.
- La même somme quand tu auras fini. Si tu m'en trouves une de remplacement qui ait meilleure allure, tu ne seras pas perdant
- A votre service mon bon seigneur.
Le fils du forgeron détale avec le vieux glaive rouillé, laissant Dongal soupirer d'espoir retrouvé.

Si l'or peut acheter la fidélité, rien n'est perdu. Il faut bien être un rustaud pour se laisser corrompre pour si peu. Dongal réfléchit aux possibilités que lui offre ces nouvelles découvertes. Il sait comment employer maintenant, l'or que lui donne son père. Ses pas le mènent en un point d'où il peut observer la bataille en contrebas. Il rate celle-ci, mais il y en aura d'autres. Le roy Bruce MacMaelchon laisse ses vassaux provoquer des incidents de frontières, les feux ne sont pas prêts de s'éteindre. Alors qu'il se tortille le cou pour tenter de voir où en sont les choses, le fils du forgeron apporte une épée au fils du seigneur.
- Voilà pour vous sire Dongal, une épée que j'ai trouvé, et qui vous donnera bien plus fière allure.
- Par exemple! Je savais bien que ton père cachait des trésors!
Dongal s'empare d'une épée toute simple, mais belle et propre. Le parfait symbole de la chance qui tourne.
- Tu as bien mérité ta récompense, continues à bien me servir, il y en aura d'autres pour toi.
Dongal débourse les pièces promises sous les yeux du gamin fier de lui.
- File maintenant!
- A vos ordres sire, au plaisir de vous servir à nouveau.
- Je ne manquerai pas d'avoir recours à tes services.
Dongal s'isole derrière des buissons, pour fendre l'air de quelques passes d'armes hésitantes. C'est tout ragaillardi qu'il retourne à son poste d'observation.
La vérité c'est qu'à cette distance on n'y voit goutte. Sont-ce des alliés? Des ennemis? De la poussière et des éclats de voix, de loin, une bataille c'est très confus. Est-ce vraiment une bataille? Une armée qui pénètre dans un village non fortifié, y a-t-il seulement des défenseurs? Ce fichu prêtre a dû alerter tout le monde. Tout à ses pensées, le jeune garçon ne cesse de s'approcher pour comprendre ce qu'il voit. Du mouvement dans les bois, le long de la rivière, des renforts bretons? Non. Les cavaliers de son père? Non. Des civils, des femmes et des enfants qui fuient les combats. Personne ne les vois. Dongal s'égosille en pure perte, il est trop loin. Il faut alerter les hommes de son père, le fils de seigneur dévale la colline en hurlant. Il coupe à travers tout, sans suivre la route sinueuse. Emporté par son élan, il garde son équilibre par miracle, dans une descente vertigineuse et incontrôlable. Seuls les fugitifs bretons entendent ses cris perçants, et se figent de surprise en le voyant fondre sur eux. Un caillou qui roule, une cheville qui se tord, mettent un terme à la course par une formidable culbute. D'un nuage de poussière et d'herbe sèche, émerge un jeune garçon hagard, l'épée au poing.
- Halte là!
Les bretons ne savent quelle attitude adopter, il n'y a aucun homme parmi eux pour prendre une décision. Dongal commence à penser qu'il maitrise la situation, ce qui flatte immodérément son ego. Une jeune fille, dans une robe blanche et bleue, les cheveux dénoués et l'air décidé, sort de la masse et ramasse une pierre. Le jeune garçon devine bien ses intentions, mais n'a pas été élevé pour se battre contre des femmes et des enfants.
- Vous feriez mieux de lâcher cette pierre, mes hommes ne vont pas tarder!
La fière jeune fille lui répond dans une langue des hautes terres sans accent.
- C'est un gosse, il ne peux pas nous arrêter.
Dongal bondit pour éviter le jet, puis une pluie de projectiles. Meurtri et furieux, le jeune garçon bat en retraite, poursuivi par une meute furieuse.
Les cavaliers highlander mettent un terme à la sarabande. Les civils sont cernés. Dongal époussette ses vêtements, et se campe crânement devant son père.
- Ils ont failli s'échapper!
Le seigneur du clan Campbell saute à bas de sa monture et gifle son fils.
Mon fils, un déserteur!
Le claquement sec fait taire tout le monde à la ronde. Giflé en public, jamais Dongal n'avait subi la colère de son père devant des témoins.
- Mais père!
La seconde gifle envoie le jeune garçon rouler au sol.
- Ne me répond pas devant mes hommes! Tu m'a désobéi! Tu as quitté ton poste pendant la bataille! Sais-tu ce que mérite un soldat qui se comporte comme toi?
Dongal se met péniblement à genoux, il n'ose plus parler, ni lever les yeux. La honte et la douleur le submergent. Répondre pour s'expliquer, c'est s'exposer à un nouveau châtiment.
- Déserteur et voleur!
Dongal se révolte devant l'accusation injuste. Il croise le regard décomposé de son père, rien, quand il est dans cet état, ne peut être ramené à la raison.
- Où as-tu volé cette arme!?
Dongal est emmené au village sans plus d'égards que les prisonniers.
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Marhalt
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PostSubject: épisode 15   Mon 7 May 2012 - 10:42

Le bêlement des moutons rappelle à Aedyth ses années de noviciat. La jeune femme court dans l'enclos, derrière les petits culs laineux bêlants. La vieille Gorale, l'épouse d'un ancien du conseil, lui a demandé de passer voir deux brebis tremblantes. L'exercice n'est pas simple, l'enclos est vaste et le troupeau rétif. Aedyth est heureuse de se rendre utile, d'autant que ses relations avec les villageois n'ont pas toujours été simples. Aux ordres de l'évêque Kustan, depuis que les religions d'albion conjuguent leurs efforts dans la guerre que mène le royaume, la jeune fille exerce ses talents dans la région. Les demi-ogres sont les derniers arrivés de toutes les nations albionnaises, rares sont ceux qui les connaissent bien. Les rédempteurs se sont fondus dans le système féodal en faisant tout pour faire oublier leurs origines tribales. C'est l'image des rédempteurs qu'a en tête l'albionais moyen, quand il parle du peuple métis. Aedyth a vécu dans le village, et pourtant, elle ne peut prétendre tout savoir des tribaux. Jamais aucun villageois n'a fait appel à ses connaissances pour le soigner, pour le bétail c'est autre chose. La vieille Gorale, la regarde en souriant, assise sur un tabouret derrière la barrière. La jeune bretonne trousse sa robe blanche, serre les pans dans sa ceinture, les jambes à l'air, à la manière des jeunes demi-ogresses et cavale derrière les ovins. Une telle tenue provoquerait sûrement une émeute à Camelot, mais c'est la façon de faire ici. Les deux brebis sont enfin séparées, l'hérétique peut enfin les examiner et leur dispenser ses soins. Une mise à l'écart de plusieurs jours sera nécessaire, mais ce n'est rien de grave. Aedyth revient vers l'ancienne en se frottant les mains sur le tissu de sa robe.
- Ce n'est rien grand-mère, un petit traitement à suivre et quelque jours au repos a l'écart, et il n'y paraitra plus.
- Le malheur ne cesse de s'abattre sur nous, j'espère que tu dis vrai.
- La mort de Yodalaï est un grand malheur, mais il ne faut pas croire que le mauvais œil est sur nous.
La vieille hausse les épaules.
- Yodalaï était notre chamane depuis des années, tous ont oublié que le blanc a chassé la « noire » dans les temps sombres.
- Le blanc? La noire?
Aedyth n'avait jamais noté de signification particulière au blanc du titre du vieux chamane.
- Il n'y a plus de blanc, la noire est libre d'agir.
- Vous faites référence à de vieux événements?
- C'était la guerre, les partisans de la noire sont sortis des bois pour combattre l'ataman blanc.
- L'ataman? C'est un chamane ogre? Non?
- Oui c'est un chamane du peuple, mais le demi-peuple ne donne plus ce titre.
- Qui était l'ataman blanc?
- Le maître de Yodalaï, celui qui lui a transmis ses connaissances.
- Un ogre?
- Non, le dernier demi-ogre à porter le titre d'ataman. Maintenant le savoir est perdu, Kal n'a pu achever sa formation.
- Le capitaine Belouis va emmener Kal dans les tribus pour achever sa formation.
- Il n'y a plus de blanc.
- Yodalaï a choisi le jeune Kal pour successeur. Kal doit avoir les ressources en lui pour devenir blanc.
- Kal a le mauvais œil, c'est de sa faute si le blanc est mort.
- La situation est sans doute plus compliquée que vous ne pensez. Le roy allait désigner Yodalaï a son conseil de succession. Il n'y a pas besoin de chercher dans le passé des ennemis, alors que le présent en offre a foison.
- Et le déodande?
Aedyth est heureuse intérieurement que ce soit la vieille demi-ogresse qui aborde le sujet.
- Le déodande? Je ne sais pas ce que c'est, les chasseurs nous ramèneront le cadavre d'un gros loup ce soir, j'en suis sûre.
La vieille soupire.
- C'est la vengeance de la noire qui frappe.
- Mais qu'est-ce donc que ce déodande a la fin?
- C'est … une personne a qui on a causé du tort... et qui revient pour se venger.
- Une personne? La noire?
- C'est à elle que je pense.
- Pourquoi elle? Pourquoi maintenant?
- Ce fut le plus grand ennemi de Yodalaï, il l'a vaincue et chassée.
- Pourquoi maintenant?
- Peut-être pour nous rappeler que nous sommes le demi-peuple et que nous ne devons rien à Albion!
La vieille durcit le ton, et regarde l'horizon, comme si le spectre d'anciennes batailles allait surgir du néant.
- L'avenir du demi-peuple est parmi ses frères d'albion.
- La noire est venu chercher vengeance et reconquérir son royaume.
La vieille s'appuie sur sa canne, et regagne sa hutte achevant par cette sentence une conversation fort intéressante au goût d'Aedyth.

La jeune femme saute la barrière prestement, d'une manière que sa robe détachée n'aurait jamais permis. En se recevant, le sourire aux lèvres, elle remarque que son bond a eu des spectateurs. Leur physionomie gênée voire outrée, laisse a penser que rien ne leur a été caché de ses dessous. Aedyth vire au pivoine, et dénoue sa ceinture pour se couvrir les jambes jusqu'au sol. La jeune femme fait une profonde révérence aux nouveaux venus. Toloméo fait les présentations.
- Demoiselle Aedyth, voici dame Friega Van Rijsel et Mara, une jeune chamane qui va s'installer ici pour le bien-être des villageois.
Friega Van Rijsel, ce nom n'est pas inconnu de la jeune femme. C'est une paladine récemment arrivée de Rome. D'une faction dure de l'église, elle s'étonne de la voir se mêler à une race aussi polémique que les demi-ogres.
- Dame Van Rijsel, c'est notre bon évêque qui vous envoie?
La dame vêtue d'acier, lui lance un regard froid.
- Je suis venue de moi-même saluer le nouveau chef de ce village.
- Vraiment? Il est élu depuis peu, vous devez être bien informée.
- Je loge chez le seigneur de Bethuen, j'ai saisi l'occasion de visiter ce lieu si pittoresque.
Aedyth lui sourit aimablement, la visite de la jeune femme, n'a surement rien d'innocent. L'évêque sera content du rapport qu'elle lui enverra.
- Dame Mara, du marais sans doute? Les villageois seront ravis de vous voir, malgré tous mes efforts, ils ne m'autorisent que le soin de leurs bêtes.
- Du marais oui, n'en veuillez pas aux gens du demi-peuple, on ne change pas des décennies de méfiance en un jour.
- Le chef Kang n'est pas là, malheureusement pour vous mesdames.
- Il chasse le déodande, nous festoieront ce soir devant le trophée de cette bête hideuse.
- Le déodande?
Mara la chamane fronce des sourcils inquiets.
- Un gros loup.
Affirme Toloméo avec conviction.

La nuit est tombée, la chasse tarde a rentrer, l'inquiétude gagne. Belouis attrape Aedyth par le bras et l'entraîne à l'écart.
- J'ai visité le tombeau de Yodalaï, j'y ai fait une découverte.
- Ce n'est pas le moment, tu m'en parlera plus tard, n'entends tu pas la chasse rentrer? Je ne veux rien rater de l'entrevue de Friega Van Rijsel et de Kang.
- Qui est cette fille?
- Plus tard !
La joie du retour des chasseurs se mue en cauchemar. Le cortège silencieux n'est escorté d'aucun chien, la pâleur des visages, contraste avec leur saleté et les trace de sang. Un corps est trainé sur un travois assemblé a la hâte.
- Kang est mort!
- Le déodande a tué Kang!
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Marhalt
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PostSubject: épisode 16   Mon 7 May 2012 - 10:56

Dongal se recroqueville au pied du poteau auquel il est enchainé. La nuit est tombée depuis peu, comme un vaincu il est tenu à l'écart des festivités qui succèdent à la bataille. Le village est tombé aux mains des highlanders presque sans combattre, seuls quelques habitants ont fuit. Il ressasse les derniers événements qui ont conduits à son humiliation. Il en veut à la terre entière. Les hommes célèbrent leur victoire et se partagent le butin pendant qu'il purge la punition infligée par son père.
Voleur ! Accusé d'être un voleur! Maudit soit le fils du forgeron! C'est lui le voleur! Mais Gérald Campbell n'entend pas son fils. Noblesse oblige, on n'échappe pas à sa responsabilité quand on est le successeur du chef de clan. Il faut être exemplaire et irréprochable. Voilà la justice de son père! Justice, il se la fera lui même sur la peau du félon qui a volé l'épée. Il se jure de ne plus rien demander, de ne plus rien dire, de ne plus rien faire pour contrarier son père. Maudit soit-il.
Il n'a pas entendu venir la personne qui pose une cruche d'eau, et un morceau de pain devant lui. Il étanche sa soif sans lever les yeux.
- Merci, Ô merci je mourrais de soif!
- Je vous en prie jeune seigneur.
Le ton de la voix renfrogne le jeune garçon. Le prêtre chrétien pose sa lanterne au sol, la lumière éclaire son visage. Bienveillance ou subtile moquerie? Dongal se redresse, en alerte.
- Vous? Mon père ne vous a pas encore châtié? Nul ne lui a dit vos manigances?
- Mes manigances? Je ne cache rien de mes activités. Votre père sait que j'étais dans le village avant l'attaque, il sait aussi que grâce à moi, des villageois ont pu fuir.
- A cause de vous! Je ne comprend pas mon père ! Si je n'étais pas enchainé!
- Si vous n'étiez pas enchainé vous feriez sans doute d'autres bêtises! Mangez!
- Je n'ai pas d'ordre à recevoir de vous!
Dongal jette la miche de pain dans la poussière.
- Des ordres? Ce ne sont que des conseils... ou des leçons...
Le rouge monte aux joues du jeune homme.
- Une leçon? Vous m'avez pris en traître! Il n'en sera pas de même la p...
- La prochaine fois que vous lèverez la main sur moi, vous mordrez la poussière de la même façon jeune prétentieux.
- Vous prospérez sur le malheur des autres, mon père à bien raison.
- Quelle incohérence au sujet de votre père, le comprenez-vous enfin?
Ce maudit prêtre! Pourquoi appuie-t-il toujours là ou ca fait mal?
- Partez!
- Finissez de grandir jeune homme.
- Ne soyez pas trop pressé de goûter ma vengeance.
- Ne soyez pas trop sûr de vous.
Le prêtre s'éloigne laissant Dongal hors de lui, comme un loup en cage. Sa colère passée, le jeune homme regrette d'avoir jeté la miche de pain. Hors de portée, elle n'en attise que plus sa faim.
Un cri déchire la nuit, une femme hurle et pleure. Des éclats de voix la font taire. Le silence revient.
Des frissons parcourent l'échine de Dongal, le froid? Il n' a jamais été si seul de toute sa vie. Les rires et les chants reprennent. Il ne sait combien de temps s'écoule avant qu'un pas lourd ne s'approche. Le captif lève les yeux d'un air de défi.
- Angus !
Le soldat sourit, le captif enchainé rougit de honte. Enfin une visite amicale, une marque d'intérêt. Quelqu'un qui ose braver la sentence de son père.
- Je suis venu vous apporter à manger. Un peu de soupe et quelques croutons pour vous réchauffer le corps, et de la bière pour le cœur.
Dongal se rue sur la soupe tiède, les croutons ont presque fondu dans le brouet. Angus FitzGérald remplit deux gobelets d'une bière brune, et la déguste en regardant son cadet se restaurer. Le jeune garçon n'ose lever le nez de son bol en posant sa question.
- Notre père est très mécontent n'est-ce pas?
- Très.
- Demain je lui expliquerai que je n'ai rien volé.
- Ha?
- C'est le fils du forgeron qui m'a donné cette épée.
- Thorn?
- Je lui ai glissé une pièce pour avoir une épée digne de moi, je ne pensais pas qu'il la volerait.
- Ce n'est pas bien malin... Votre père n'appréciera pas.
- C'est moins grave qu'un vol?!
- C'est aussi une remise en cause de son autorité, vous refusez l'épée qu'il vous a donné.
- Reconnais que cette épée est une horreur.
- C'est la punition de votre père.
Angus tend un gobelet au jeune garçon, il l'avale d'un trait.
- Tout est la faute de ce maudit prêtre!
- Arrêtez!
Le ton surprend Dongal, son demi-frère le regarde durement.
- Arrêter quoi?
- De toujours trouver des coupables! Ne pouvez-vous accepter vos erreurs? Est-ce comme ca que se conduit un chef? Il fait payer aux autres le prix de ses fautes?
Dongal est atterré, tant de violence contenue dans la voix de son frère. Sa réponse est faible et enrouée.
- C'est quand je suis au plus bas, que toi aussi tu me frappe?
D'un bond Angus est sur pied, l'épée à la main. Il abat la lame et brise les chaines de Dongal.
- Je ne te frappe pas mon seigneur, je veux te libérer de ces chaines que tu forges toi-même.
Soulagé et horrifié à la fois, Dongal se frotte les poignets. Comme il admire ce frère, si fort, si dur, qui ose.
- Mais? Si mon père me voit?
- Dites la vérité!
- Tu me disais, il n'y a pas deux minutes, de ne pas rejeter mes fautes sur les autres!
- Avez-vous brisé vos chaînes?
- Je n'ai pas volé non plus!
- Et pas provoqué le prêtre! Qu'avez-vous dans le crâne ? Ne savez-vous pas reconnaître vos fautes de celles des autres?
Le silence s'instaure entre les deux frères, Angus remplit le gobelet de Dongal. Chacun semble perdu dans ses pensées. Un cri perce la nuit, le cadet dévisage son ainé qui n'y prête aucune attention.
- Qu'était-ce?
Angus fronce les sourcils sans comprendre, un autre hurlement illumine sa face.
- Ça? C'est le tribut...
- Le tribut?
- Le tribut que doivent les femmes à leur vainqueur.
Dongal reste muet, mesurant l'ampleur de sa naïveté. Les soldats de son père font subir les derniers outrages à leurs captives. La lanterne vacillante fait surgir des ombres sur le profil d'aigle de son frère.
- Mon père laisse faire?
- Ton père? Notre père a prélevé son tribut sur ma mère.
Un souffle glacial s'abat sur Dongal, jamais il n'avait imaginé cette femme, la mère de son demi-frère.
- J'ai eu de la chance que notre père me remarque. Pense à nos frères et sœurs qui ont dû vivre, bâtards, dans des familles ennemies, fils et filles du pêché et de la défaite.
Angus vide son gobelet et, d'un regard, incite son cadet à en faire de même.
- Voyez-vous cette épée que notre père m'a donné?
- C'est l'épée qui pendait à l'arçon de son cheval.
Constate amèrement Dongal, ainsi donc, elle était pour Angus.
- Elle vous était destinée, mais il me l'a offerte.
- Je l'ai déçu. A ses yeux, je suis une épée rouillée, et toi cette magnifique lame. N'y a-t-il plus de bière?!
- Vous ne manquez pas de courage, vous êtes juste trop impétueux.
- Cette bataille aurait dut être mon baptême du feu, j'aurais dû devenir homme.
- Il y a bien des façons de devenir un homme. Allons chercher de la bière, je prends tout sur moi, si nous croisons le seigneur Campbell.
Les deux frères se lèvent, et se dirigent vers le brouhaha confus de la place du village. L'odeur de moutons embrochés sur de grand feux, et arrosés de jus par des villageois leur flatte les narines. La nervosité des bretons est palpable, et se manifeste par divers comportements. Qui tremble, qui répond avec obséquiosité au moindre caprice des vainqueurs, qui se fait le plus discret possible. La population en majorité est enfermée dans l'église, mais de nombreuses femmes sont requises au bon vouloir des highlanders. L'alcool aidant, Dongal oublie ses malheurs et siège parmi les hommes de son père. Il cogne son gobelet sur la table pour qu'on le remplisse, et dévore à pleines dents de bonnes tranches de viandes dégoulinantes de graisse. Angus veille du coin de l’œil sur son jeune frère. La maladresse d'une servante, enflamme la colère avinée du jeune highlander.
- Maladroite! cherche moi un autre gobelet et remplit le vite!
- Oui sire!
- Attend! Je te reconnais! Tu es la fille qui m'a traité de gosse!
Cette même robe blanche et bleu, ce regard de défi.
- Tu n'es pas bretonne! Tu m'as lancé une pierre!
- Seriez-vous plus avisé ivre, qu'a jeun?
- Je ne te permets pas !
Dongal soufflette la jeune fille, geste éminemment humiliant. Les tablées proches se tournent goguenardes vers les acteurs de l'esclandre. Loin de se démonter, la donzelle pousse le highlander. Déséquilibré par l'alcool et le banc qui lui refuse un recul suffisant, Dongal se retrouve les quatres fers en l'air. Cible de l'hilarité générale, il se relève avec toute la dignité bafouée de la colère sur le point d'exploser. Il ne gifle que du vent. La fille bat en retraite, regrettant amèrement son geste. Une tornade furieuse s'abat sur elle. Dongal l'attrape par les cheveux, et la traîne au sol devant le parterre de rieurs. La fille hurle et n'ose pas se débattre, espérant s'en tirer avec quelques coups.
- Pardonnez-moi sire! Je ne voulais pas vous faire tomber!
- Il est trop tard maintenant! Tu vas me payer cet affront!
Jamais auparavant, Dongal n'avait brutaliser une fille. Il n'a pas été élevé comme cela, ses paroles dépassent sa pensée. Son attitude déchaine l'approbation des guerriers de son père. Les rieurs ont changé de camp, grisé de ce succès, Dongal en rajoute des tonnes. Des remarques grivoises lui suggèrent la suite à donner, au grand désarrois des bretons. La jeune brute s'enferme dans une grange avec la gamine suppliante.





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Marhalt
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PostSubject: épisode 17   Mon 7 May 2012 - 11:08

La mort de Kang, a plongé le village de Cardiff dans le désarrois et la colère. La grande chasse menée par les rédempteurs à la poursuite de la créature mystérieuse, s'est soldée par un échec retentissant, et la mort du chef du village. Le désarrois s'empare des villageois qui comprennent que la protection offerte par le seigneur de Bethuen est illusoire. C'est la colère chez les rédempteurs, qui se sentent insultés, humiliés, eux qui la veille se rengorgeaient de mettre un terme à une superstition enfantine. Chacun y va de sa théorie pour expliquer comment une créature seule a pu leur tenir tête et s'enfuir. La créature n'est pas seule, elle a des complices. Des tribaux qui refusent que Kang, un candidat soutenu par les rédempteurs, soit devenu chef du village. Toloméo s'empare de cette explication, et fait le tour des anciens. Il prévoit déjà le nouveau conseil, et la future élection. Celle de Kang était son œuvre, il n'entend pas se laisser déposséder aussi facilement de ses efforts. Les anciens le reçoivent beaucoup plus froidement qu'a l'ordinaire. Il l'avait prévu, les derniers événements l'ont un peu décrédibilisé. Il va falloir travailler en profondeur pour regagner leur confiance. Identifier les obstacles, pour les abattre ou les contourner. Friega Van Rijsel est partie, l'invité du seigneur de Bethuen, hautaine et froide n'a pas caché son scepticisme. Toloméo enrage d'avoir perdu la face devant elle. Pour l'heure il fait antichambre prés de la dépouille de Kang. C'est là qu'il doit être vu, et qu'il peut voir tous les habitants qui un à un, viennent rendre hommage au disparu. Aedyth et Belouis se présentent en milieu de matinée, l'envoyée de l'évêque Kustan et le capitaine sont de sérieux adversaires. Friega Van Rijsel l'a mis en garde contre l'hérétique, et jusqu'à la mort de Kang, il croyait avoir mis Belouis hors course. Toloméo les salue, plein de déférence.
- Ma sœur, capitaine, quelle triste circonstance.
- Maître Toloméo, comme nous tous, nous avons appris le décès du chef Kang, et nous venons nous incliner devant lui.
- Il n'était pas votre candidat, je le sais, mais il était le chef incontestable du village.
Le ton doucereux de Toloméo est entendu de tous. Son attitude recueillie contraste avec son regard rusé, et ses œillades entendues aux anciens présents. La provocation sous-entendue dans ses propos n'échappe à personne. Belouis tressaille sous l'affront, puis sous le pinçon que lui applique avec force, une Aedyth jouant l'émotion.
- Aux frontières, la mort violente est de règle, mais ici... quelle horreur.
- Il est la seule victime de cette chasse maudite, cela ne peut-être innocent.
Toloméo se tourne, pour appuyer cette accusation déguisée. Belouis, rouge, se libère des ongles de la bretonne. Aedyth craint que la situation ne dégénère. Belouis grogne.
- Deux chefs de village, morts en si peu de temps... Vous avez raison Toloméo, ce ne peut-être une coïncidence.
En élargissant la perspective, Belouis place Toloméo au même niveau que lui. Si la mort de Kang nuit aux rédempteurs, celle de Yodalaï est un drame pour les tribaux. Aedyth respire, Belouis ne s'en tire pas mal. Le lieu ne se prête pas aux joutes verbales, elle décide de dévier la conversation pour en rester sur une égalité satisfaisante.
- Comment ce drame a-t-il eu lieu? Le capitaine Tarkan vous en a-t-il parlé?
Aedyth se penche sur Kang, l'envie la démange de lui ôter son suaire.
- Le... Le Déodande ou qui que ce soit, les a attiré dans une combe piégeuse. Il a massacré tous les équipages de chiens.
- Tous les chiens?
- Les chiens ont suivi sans difficulté dans la combe, les chasseurs étaient loin derrière et n'ont pu les rappeler à temps.
Aedyth se redresse et fouille la pièce du regard, cherchant des yeux Mara la chamane. Une idée vient de lui traverser l'esprit, mais elle ne veut pas interrompre Toloméo.
- Persuadés que la bête se terrait dans la combe, les chasseurs ont démonté et s'y sont rués, laissant Kang seul avec les montures. Vous connaissez la suite.
- Empêtrés dans les ronces, les chasseurs n'ont pu secourir Kang.
La remarque de Belouis attire la foudre du regard d'Aedyth, inutile de provoquer plus que nécessaire Toloméo et les rédempteurs.
- Qui a examiné le corps? Mara?
La question posée brutalement d'un ton péremptoire, prend de court le conseiller demi-ogre.
- Examiner le corps? Personne je crois... il est mort non? Quel intérêt?
- Vos hommes ont vu le Déodande?
- Non!
- Kang l'a vu! S'il ne peut parler, son corps le fera pour lui. Allez chercher Mara, je ne veux pas être accusée de trafiquer les résultats de mon examen. Mais surtout, je ne veux pas, par ignorance porter atteinte à la dignité du défunt, en enfreignant vos coutumes.
L'ambiance déjà glaciale dans la salle, tombe à un niveau polaire. On n'a jamais vu ça, examiner un défunt! Les anciens sont outrés, la toilette mortuaire est finie, pourquoi déranger le mort? Aedyth explique calmement à qui veut l'écouter que cet examen est nécessaire. Que cela fait peu de différence entre quelques minutes après le décès ou une journée. Les réticences sont profondes, il faut attendre l'avis de Mara que l'on a été cherchée au ponton. Elle recousait un doigt déchiré par un hameçon. La jeune femme, attendue comme le messie, se présente devant la dépouille de Kang. Belouis la voit pour la première fois. Elle est vêtue de façon pratique mais pas austère, ses cheveux bruns laisse échapper quelques mèches de la pince de cuivre qui les attache. Le capitaine baisse les yeux quand leur regard se croise. Il se force à les relever, mais c'est fini, elle salue les autres personnes. L'affaire lui est expliquée. Mara hoche la tête, l'assemblée est suspendue à ses lèvres.
- Dame Aedyth a raison, un examen s'impose, et rien dans la tradition ne s'y oppose. Je vais vous demander de quitter la pièce. Si dame Aedyth veut bien m'assister, nous pourrons rendre plus vite le défunt aux villageois.
Devant la décision de la jeune chamane, qui n'a montré aucune hésitation, les réticences disparaissent. Aedyth mesure le chemin qui lui reste à parcourir pour acquérir la confiance des demi-ogres. A peine arrivée, Mara est acceptée, elle est chamane et demi-ogre, elle ne porte pas malheur, et son charme semble agir sur toute la gent masculine alentour. Aedyth surprend le regard qu'adresse Belouis à la jeune femme.
- Puis-je rester?
- Vous?
- Je suis le capitaine Belouis, et je veux tout savoir sur le Déodande, je veux venger la mort de nos chefs.
- Aedyth le soupçonne d'avoir des motifs moins avouables, mais c'est Toloméo qui s'interpose.
- Si le capitaine reste, je reste aussi, mon seigneur, le sire de Bethuen tient beaucoup à élucider ce mystère.
- Ce n'est pas un spectacle! Ouste, tout le monde dehors, vous aurez nos conclusions comme les autres.
Toloméo insiste, Mara ne semble pas comprendre l'enjeu politique, ce qui la rend plus sympathique aux yeux d'Aedyth. Elle ignore la politique, ou en fait fi, elle n'est peut-être pas une créature inféodée à Toloméo après tout.
- Je vous comprend, ce n'est pas un spectacle, mais ce ne sont pas non plus des morts comme les autres, laissez nous nous faire une opinion, le capitaine et moi même. Nous traquons un tueur de chefs.
Mara se laisse convaincre, mais impose le silence aux deux hommes, et leur donne des instructions.
- Dégagez cette table, nous allons l'allonger ici. Prenez ces lanternes et éclairez nous.
Mara et Aedyth ont retroussé leurs manches, l'une découpe au couteau les fines coutures du linceul, pendant que l'autre, maintient le corps stable. Lentement Kang apparaît, de son visage, pétrifié dans une expression d'horreur, au corps largement recouvert de bandages. Les bandelettes n'arrivent pas à maintenir la bouche fermée. Aucun mot ne trouble le silence des opérations. Un malaise palpable plane sur la pièce. Au fur et à mesure que les dames découpent les bandes du torse et de l'abdomen, des sous couches roses puis rouges sont mises à jour. Belouis éclaire la zone que découpe Mara, il accompagne ses mouvements au plus près. Le parfum de la jeune femme, emplit ses narines, il ne peut détacher son regard de la nuque gracieuse, caressée de mèches de cheveux rebelles.
- A droite capitaine!
- Pardon?
Tous les regards convergent vers Belouis. Le maître d'arme rougit de confusion.
- Éclairez-moi plus à droite capitaine, je ne vois plus rien.
- Je vous demande pardon.
Belouis obéit, la lumière révèle les blessures de Kang, la peau est percée en de multiples endroits de façon quasi symétrique.
- Les côtes brisées ont percé la peau, c'est comme si...
- Comme si, on l'avait plié en deux, pour lui briser la colonne vertébrale.
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Marhalt
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PostSubject: épisode 18   Mon 7 May 2012 - 11:19

Un voile rouge devant les yeux, un martèlement lancinant sur les tempes, la langue collée au palais, Dongal s'éveille péniblement d'un sommeil sans rêve. Il garde les paupières closes, tant lui semble insurmontable l'effort à fournir pour les ouvrir. Où est-il? Il ne s'en rappelle plus, crénom, dormir encore. Le rouge se marbre d'orange, tirez les rideaux que diable! Le jeune garçon enfouit son visage dans le creux de son coude. Le noir enfin, la paille, le son de la paille froissée, accompagne son mouvement. L'odeur de la paille, son léger picotement contre la chair à nue. Il est dans une grange, son père à du le faire libérer... Son père? Non, son demi-frère Angus. Dongal tente de replonger dans le sommeil, mais une partie de son esprit résiste au réconfort de l'abandon. Mi rêvant, mi conscient, il se voit, nain au milieu des soldats géants de son père. Il prend son repas à leur table, partageant leurs libations sous le regard de dieu son père omniprésent. Un prétexte pour se faire valoir, voilà ce que lui a offert cette fille, et une occasion de se venger d'elle. Il n'est pas un gamin, maintenant, elle le sait. Plus un gamin... Il se rappelle l'endroit où il se trouve, la grange dans laquelle il a entrainé la fille. Toute l'horreur de la réalité, le dessaoule d'un seul coup. Qu'a-t-il fait? La honte le submerge. La colère, l'alcool, le plaisir de briller, de se faire accepter... Qu'a-t-il fait? Pas un son, juste son souffle rauque de dormeur au nez bouché. Où est-elle? Il se dresse sur ses coudes et décolle ses paupières. Le soleil traversant les planches mal jointes, lui foudroie la rétine. Il se laisse retomber dans les ténèbres salvatrices, anéanti. Mais les ténèbres ne lui accordent pas le repos escompté, la culpabilité cuisante vient lui fouailler les tripes. Il se fait violence pour surmonter l'épreuve du soleil, plisse les yeux d'abord dans l'ombre, puis les ouvre, enfin se dresse sur son séant. Une éternité passe. Son sexe le démange, machinalement il se gratte et le découvre encroûté de sang. Paniqué, il procède à un examen rapide, et se rassure en comprenant que ce n'est pas le sien. Rassuré? Non, aussitôt la honte et la culpabilité l'assaillent. Où est-elle? Que lui a-t-il fait? Ce qu'il lui a fait, il ne le devine que trop. Que lui a-t-il fait d'autre? Peut-il y avoir pire? Oui... ce sang...
Son regard s'accoutume, il distingue mieux la grange. Elle est là, recroquevillée dans un coin, entre deux sacs de grains pour les bêtes, le regard tremblant de larmes et de haine, rivé dans le sien. Le choc le pétrifie, comment peut-on subir un tel regard et survivre? Il baisse les yeux. Sa robe blanche et bleue est tâchée de sang, elle serre les bras autour de ses jambes qu'elle a remonté sous son menton. Rassemblant son courage, Dongal se lève et fait mine de s'approcher. La fille tend les mains dans la paille, et brandit une fourche de bois aux pointes durcies au feu.
- N'approche pas!
Dongal recule d'un pas et lève les mains, en un geste qui se veut apaisant.
- Je n'approche pas, je ne te veux pas de mal!
- Ce que tu veux, tu l'as déjà pris!
La fille se lève, ses cheveux châtains dénoués, hérissés de fétus, la fourche dirigée vers le ventre.
- Ma famille est riche, je te dédommagerai.
- L'honneur a-t-il un prix? A combien estimes-tu le tien?
Des coups sourds battent la porte de la grange, la voix du père Custanius retenti.
- Hélène! Est-ce vous que j'entends? Qui est avec vous? Ouvrez!
La porte s'ébranle sous le choc.
- Ouvrez, qui que vous soyez!
La voix gronde de colère. Dongal se résout à ouvrir, sans avoir pu parler à cette Hélène pour la calmer, sans avoir pu lui présenter ses excuses. Le prêtre bondi dans la grange, le bâton à la main. La jeune fille lâche la fourche et se réfugie dans le giron du moine, sans mot dire. Le prêtre comprend la situation et sa colère se mue en fureur.
- Immonde petite crapule!
Le bâton du moine se lève. Dongal est abasourdi du déchaînement de colère qu'il provoque, il n'a ni l'envie de combattre ces gens, ni de les raisonner, il vendrait son âme pour être à mille lieues. Pourquoi lui plus qu'un autre? Les soldats de son père n'ont-ils pas fait pire?!
- Je n'ai fait que ce que ce qui est acceptable en guerre...
Un coup de bâton manque de le faucher, il bondi juste à temps hors de la grange.
- C'est ainsi que vous justifiez vos actes abominables?!
Le prêtre le poursuit, physiquement, comme de sa vindicte. Dieux qu'il a raison! Jamais Dongal ne s'abaissera à le reconnaître.
- Mon père vous en apprendrait sur cela!
Le jeune Dongal éperdu de chagrin suite à son forfait, a disparu. Une minute auparavant, il se serait damné pour conquérir son pardon des lèvres de la jeune Hélène. Jamais il n'acceptera les leçons de morale de ce maudit chrétien, encore moins les leçons d'escrime. Dongal détale, attitude peu chevaleresque, mais le courage lui manque pour dénouer la situation, du large par pitié!
Jamais de sa vie, il n'avait pensé tomber si bas un jour. Être dominé par des pulsions indignes et fuir une confrontation pour éviter de rendre des comptes. Mais il est dit que pour ce jour le pire est encore à venir.

Gérald Campbell barre la route de son fils, dans le village endormi, il semble être le premier éveillé. Une sourde colère marque ses traits d'aigle.
- Fils, où cours-tu donc de si bon matin?
Il tient à la main les chaînes rompues, qui entravaient son fils la veille, et ses calmes propos masquent mal la brutalité de ses intentions. Le coup du sort frappe Dongal au ventre.
- Père, je ne souhaitais pas vous désobéir.
- Désobéir? Est-il vraiment encore question de cela? Menteur, voleur, déserteur, violeur maintenant si j'ai bien compris.
Les pas de Custanius et d'Hélène ont cessé, ils se taisent et observent la scène.
- Les apparences sont contre moi père, laissez-moi vous expliquer.
- Les apparences? Tu oses répliquer à ton père? Tais-toi, tu me fais honte! Comment nier l'évidence!
Dongal se sent injustement coincé, pris au piège d'une situation qui lui échappe.
- Si vous m'accordiez votre confiance, père!
- La confiance se mérite!
- N'avez-vous jamais commis d'erreur? Votre fils Angus n'est-il pas une preuve de vos égarements passés?
Dongal comprend immédiatement l'erreur qu'il commet, en résistant à son père, il ne fait qu'attiser sa colère. Gérald Campbell déboucle sa ceinture et marche sur son fils. Dongal renonce à battre en retraite, mais il ne se laissera pas faire. Custanius, la colère tombée, prend Hélène par les épaules et veut l'emmener à l'écart. Mais la jeune fille, hargneuse, tient à rester.
- Je veux assister à son châtiment!
Dongal dévisage la jeune fille.
- Mademoiselle, vous demander pardon ne m'est d'aucune utilité. Cependant je le fais, car je suis sincère. Ne rêvez pas, ce n'est pas mon père qui pourra dorénavant m'infliger mon pire châtiment.
La boucle de ceinture siffle dans les airs, elle vient frapper Dongal en pleine tête. Une giclée de sang fuse dans la lumière, le jeune homme vacille, mais prend sur lui pour ne pas crier.
- Petit tordu, tu vas te rappeler longtemps de la raclée que tu vas prendre.
- Vous ne me donnerez plus de raclée père.
Dongal se ramasse sur lui même et bondi sur son père. Sous la surprise du choc, le seigneur des Campbell chute de tout son long. Dongal s'empare de la ceinture trainant au sol et la jette dans un enclos à cochons. Sans voix, Gérald Campbell se relève péniblement, refusant la main tendue du père Custanius. Quelques hommes émergent des maisonnées avoisinantes, les cris les ont tirés de leur sommeil. Le spectacle qui s'offre à eux semble les pétrifier. Dongal sort d'une écurie, tirant son cheval par la longe.
- Je ne garderai que mon cheval et cette épée rouillée que vous m'avez offerte.
- Viens ici canaille! Ce cheval n'est pas à toi!
Dongal hésite quelques secondes, comme encore retenu par une ancienne allégeance. Jusqu'où peut-il aller?
- Vous avez raison père, ce cheval n'était pas à moi, mais maintenant si, je vous le vole. Appelez vos hommes au secours, si ça vous chante.
- Tu vas voir la correction que tu vas prendre quand tu vas revenir! Pas la peine de te réfugier dans les jupes de ta mère! Reviens immédiatement, tu adouciras ta punition!
Dongal selle sa monture et l'enfourche.
- Je ne reviendrais pas père.
Pressé d'en finir et de peur que les hommes de son père ne se décident à l'attraper, Dongal talonne sa bête et détale sans se retourner. A la sortie du village, il croise le regard d'Angus adossé à un encadrement de porte.
- Salopard!
Lui lance-t-il dans un tonnerre de sabots.
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PostSubject: épisode 19   Mon 7 May 2012 - 11:32

Belouis tend la torche fumante au dessus du cadavre du sarrasin. Il a conduit Aedith dans les catacombes pour qu'elle examine le corps. La jeune femme se penche sur le sarcophage de pierre en se haussant sur la pointe des pieds.
- Tu l'as trouvé ici?
- Non, mais pas très loin, contre un mur.
- Pourquoi l'as-tu caché ici?
- C'est mon otage.
- Ton otage?
- Même si son cas importe peu à son employeur, je doutes que sa famille renonce à lui offrir des funérailles décentes.
- Son employeur? Je ne comprends pas.
- Ça viendra, dit-moi ce que tu en pense d'abord.
La jeune hérétique procède à un examen rapide. Elle demande l'aide du demi-ogre pour l'aider à déplier le corps et l'allonger à plat. Le mort déjà raide résiste, des craquements lugubres résonnent dans les couloirs humides.
- Ce sont les même blessures, tu as raison, ce doit-être le même assasin.
- Le déodande?
- Ou qui que ce puisse être. Toi qui est demi-ogre, qu'en pense-tu?
- Je n'ai jamais vu de déodande, ce pourrait-être un homme, ou un démon, ou les deux.
- Pourquoi aurait-il tué ce sarrasin ici?
- Parce qu'il y vit?
Aedyth lève les yeux sur Belouis, puis jette rapidement un œil dans les couloirs sombres. Les catacombes de Cardova lui paraissent soudain bien plus sombres qu'elles ne sont. Le visage fermé du grand maître d'arme ne la rassure pas du tout.
- Tu es sérieux?
- C'est une hypothèse.
- Peut-on vivre ici?!
- On peut y mourir.
- Mais lui? Qu'y serait-il venu faire?
Elle désigne du menton le sicaire étendu.
- Tu vas pouvoir répondre toi-même à ta question, et éclairer ma lanterne.
Belouis lève sa torche, et part d'un pas décidé. Le halo de lumière projette l'ombre dansante du géant sur les murs sombres. Aedyth, d'abord interdite devant les mystères de son ami, se décide à le suivre précipitamment. Elle rejoint Belouis dans la salle ou est inhumé Yodalaï. Après une minute de recueillement, le géant s’arque-boute sur le pierre tombale et la fait glisser. Le corps du chamane blanc apparait, la robe tâchée de sang. Les yeux d'Aedyth s'élargissent d'étonnement.
- Que s'est-il passé?
- A toi de me le dire.
- Aide-moi.
Le sarcophage de pierre est trop élevé pour qu'elle se penche, Belouis soulève la bretonne et la dépose dedans. Précautionneusement, l'hérétique s'accroupit aussi respectueusement que possible. Elle relève la robe du mort, mais le sang séché ne lui facilite pas la tâche. Avec la lame de son petit poignard, elle entreprend de décoller méticuleusement le tissu de la peau et des chairs du vieux demi-ogre. Belouis l'assiste de son mieux en orientant la lumière de sa torche.
- Alors?
- Ce n'est pas donné à tout le monde de pratiquer ce type d'incision et d'extraire un estomac de façon si précise.
- Alors ce n'est pas le sicaire.
- Je n'ai pas dit cela, les assassins ont en commun avec les soigneurs, leur grande connaissance de l'anatomie. Connaissance très utile quand il s'agit de trucider son prochain. De plus les lames d'un sicaire sont tout à fait adaptées à ce type d'usage.
- Ce pourrait-être le déodande.
- Ce n'est pas à exclure, mais j'avoue mes lacunes sur ses connaissances anatomiques. Tu as retrouvé l'estomac?
- Non, mais pourquoi vouloir profaner son corps? Un rituel maléfique?
Aedyth rajuste du mieux qu'elle peut la dépouille du vieux chamane. Belouis l'aide à descendre du sarcophage de pierre.
- Ce peut-être plus simple, enfin si on peut dire. Si on suppose que Yodalaï ait été empoisonné, il peut rester des traces de poison dans son estomac, d'où l’intérêt de faire disparaître cette preuve.
- Poison, sicaire, ça se marrie bien. Théorie intéressante. Mais pourquoi risquer de se faire prendre alors qu'ils avaient réussi leur coup? Revenir prendre l'estomac est stupide. Ça n'explique pas non plus la mort du sicaire, il a fait une mauvaise rencontre.
- Le déodande.
- Pas le genre de gars à finasser...
- Je vois mal le déodande s'occuper d'un estomac aussi proprement.
- On en revient au sicaire, il ne devait pas être seul, son ou ses complices ont détalé sans demander leur reste et en emportant l'estomac. J'ai infiniment plus de chance de les retrouver eux, que le déodande.
- Leur rencontre avec le déodande? Un Hasard? Ça paraît gros.
- J'ai du mal à comprendre. Un différent avec un complice? Ils seraient de mèche? Un désaccord? Ça tourne au vinaigre? Si je retrouve les complices du sicaire j'en aurai le cœur net.
- Tu vas laisser tomber la piste du déodande?
- Pas la laisser tomber, non. Mais tu crois que je peux faire mieux qu'une meute de chiens et une troupe de demi-ogre armés jusqu'aux dents? Il a réussi à perpétrer son crime et à leur échapper.
- Ça me paraît bien pratique de tout mettre sur le dos d'une créature inconnue et dotée de capacités aussi surhumaines.
- Les capacités ne sont pas à mettre en doute, les cadavres de Kang et du sicaire existent bel et bien. Mais je suis plus familier de Camelot et des tavernes que des légendes de mon peuple.
Belouis referme le caveau du vieux chamane blanc. Les deux amis se recueillent une dernière fois, avant de prendre le chemin de la surface.
- Tu ne vas pas essayer d'en savoir plus auprès des gens de ton peuple? Tu as plus de chance d'en apprendre que moi qui suis bretonne.Tu cherche un maître pour Kal, ce peut-être une bonne occasion de faire le tour des anciens des tribus et de les questionner.
- Oui mais j'ai peur d'être confronté à des superstitions et des légendes plutôt que des faits.
- Il y a une autre piste, l'église d'Albion possède de nombreux documents, grimoires et parchemins qui pourraient t'en apprendre plus.
- C'est plus de ton ressort que du mien.
- Je dois rester ici, mais toi tu compte aller à Camelot.
- J'y réfléchirai.
- Toloméo?
- Dans le doute, je préfères le tenir dans l'ignorance de ce que nous avons appris.
- Mara?
Belouis suspend son pas à l'évocation de la demi-ogresse. Des sentiments contradictoires le traversent. Aedyth le scrute, intriguée.
- C'est Toloméo qui nous l'a présentée...
- Alors nous ne lui dirons rien, ça te chagrine?
- J'ai le sentiment que nous devrions lui faire confiance.
- Ce que tu ne sais pas, tu ne peux le répéter.
Le demi-ogre acquiesce d'un soupir de regret.
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PostSubject: épisode 20   Mon 7 May 2012 - 18:48

Les gardes avaloniens investissent l'auberge du point du jour au petit matin, Ils réveillent la maisonnée sans ménagement. Des tables sont bousculées, des chaises renversées, des portes enfoncées. Les dogues, au cou cerclé de fer, jaillissent dans la chambre d'Yvolaine, à peine retenus par une laisse tendue à limite de rupture. La demi-ogresse, en panique, bondit sur son lit au grand plaisir des soldats bardés de fer. Le sergent Berry, bouscule ses hommes, caresse les chiens et se campe devant la serveuse en chemise de nuit.
- Où est ton fils?!
- Samson dort dans son atelier, que lui voulez-vous!
Yvolaine pose une question dont-elle a bien peur de connaître la réponse. La veille, de jeunes fils de bourgeois acoquinés à des apprentis de leurs pères, se sont enivrés dans l'auberge. L'abus d'alcool et l'effet malsain du groupe sur l'individu, se sont ligués, pour faire déraper les plaisanteries grasses en attitude graveleuses, et gestes déplacés. Il s'en est fallu d'un cheveu que la jeune serveuse Doria ne se fasse trousser sur une table devant toute la clientèle ébahie. Une douzaine de gaillards avinés, goguenards et hargneux, faisaient leur loi en salle. Les pauvres clients ne savaient que faire pour ne pas s'attirer d' ennuis, devant la mauvaise tournure des événements. Certains avaient fui, d'autres se repaissaient du spectacle croustillant offert. La vieille dame Brulin, qui pensaient en avoir vu d'autre, tentaient de ramener les jeunes à la raison. Mal lui en pris, les jeunes brutes la bousculèrent et Yvolaine dut l'extirper de la cohue, un couteau à la main. Quelques estafilades et giclées de sang rouge achevèrent de faire exploser la fureur de la bande. Plusieurs ivrognes voulaient se venger de manière outrageante, de la résistance de la demi-ogresse. Puis Samson entra dans la mêlée, personne ne s'en aperçut, pourtant du haut de ses dix-sept ans il dominait le plus grand des avaloniens d'une tête, et était trois fois plus large que le forgeron de la ville. Les coups ont commencé à pleuvoir et les jeunots à voler. Le jeune valet d'auberge était habitué à mettre dehors les clients que l'alcool rendaient nuisibles. Du même âge que ses adversaires, il les terrassait tous sans pitié, il les connaissait depuis l'enfance, et ils leur rendait leurs crachats et leurs pierres, leurs moqueries et leurs insultes. Les coups qu'il recevait, semblaient se heurter à un mur. Ceux qu'il portait, brisaient, doigts, bras et côtes. Oui Yvolaine à peur de savoir pourquoi la garde cherche son fils.
- Tu sais très bien pourquoi nous cherchons cette bête malfaisante, cela fait bien trop longtemps qu'il nous nargue. Tous ceux de ta race sont des bêtes! Un louveteau peut-être mignon quand il est jeune, mais adulte il mordra la main qui le nourrit.
- La vérité c'est que Samson a fait votre travail, il a rétabli l'ordre dans l'auberge.
Le sergent Berry gifle Yvolaine.
- Ta gueule, tu caches un dangereux fugitif, si j'en réfère au prévôt tu seras châtiée. Souviens-toi que tu n'est que tolérée ici, tu es une femelle inoffensive, tout juste bonne a servir à table et à écarter les cuisses. Ça fait longtemps qu'on aurait du mettre ton gosse au pas, il est trop agressif.
Un garde balafré entre dans la pièce.
- Son bâtard a fui, il n'est pas dans son appentis, il doit chier dans son froc!
- Où est ton fils?
- Il se lève très tôt pour allumer les feux et mettre de l'eau à bouillir. Il n'a rien à se reprocher ! Il a juste mis dehors une bande d'ivrogne.
- Il a cassé le bras du neveu du prévôt, son compte est bon. Tu sais ce qu'on fait aux étalons pour les rendre plus dociles?

Doria trouve Samson au bord du lac, comme chaque matin, il vient s'y entraîner, il n'a jamais oublié les gestes du guerrier des hautes terres. Il s'est fabriqué, pour ses exercices, une longue hache. Il a emmanché une vieille cognée soigneusement aiguisée, sur une hampe taillée de ses mains. La jeune avalonienne s'effondre en larme dans ses bras.
- Samson, tu dois t'enfuir, la garde te cherche, elle est à l'auberge.
- Mama?
- Ils l'ont prise, ils essayent de lui faire dire où tu es.
- Je ne peux pas la laisser entre leurs mains.
- Mais s'ils te prennent?
- Je subirai leur colère.
Samson lève sa hache et la pose sur son épaule. D'un pas décidé, il prend la route de la ville.
- Ne m'accompagnes pas, il n'est pas bon d'être de mes amis ces jours-ci. Si on te voit en ma compagnie, on te le fera payer.
- Je vais aller voir l'aumônier du seigneur Adribard, c'est un homme juste et bon, il ne laissera pas faire cela. Il m'écoutera et madame Brulin aussi. Ne rentre pas maintenant, cache toi une journée ou deux, le temps que je voie le père John.
- C'est d'accord, vas-y, j'irais en forêt dans la cabane des charbonniers.
Un sourire illumine le visage de Doria, elle dépose un baiser sur la joue du jeune demi-ogre et détale en levant ses jupes. Sitôt la fille disparue, Samson se remet en marche vers la ville. Comme si elle pouvait l'entendre, il s'adresse à Doria.
- Cette ville n'est pas la mienne, ces gens ne sont pas les miens, la seule personne sur qui je peux compter depuis le jour de ma naissance est ma mère. Je ne l'abandonnerai pas.

L'arrivée du jeune demi-ogre est précédée par la rumeur, les volets claquent, les passants fuient. Les gardes, les lames au clair attendent sur le perron de l'auberge. Yvolaine, enchainée, la chemise de nuit déchirée, et tâchée de sang est exhibée comme un trophée. Le jeune demi-ogre s'empourpre de fureur. Sa mère lui hurle de se calmer.
- Samson! Tout va bien! Je vais bien, je n'ai rien! Ile ne me tuerons pas! Sauves-toi! Ne les laisse pas t'assassiner!
Le sergent Berry ricane.
- N'écoute pas ta mère fiston. Lâche ton arme et il ne lui arrivera rien.
- Je suis là! Vous pouvez la relâcher.
- Ta mère est très énervée, j'ai peur qu'elle ne fasse des bêtises si je la libère. Soit raisonnable, lâche ton arme.
- Et que se passera-t-il?
- Nous t'emmènerons au pilori pour y recevoir le fouet.
- Sauves-toi, ils veulent te châtrer!
Le désespoir d'Yvolaine déclenche l'hilarité de la soldatesque, les chiens tendent leur laisse et aboient vers le jeune garçon.
- Même si c'était vrai, penses-tu pouvoir nous échapper? Vas-tu laisser ta mère aux mains de mes hommes frustrés de ne pas t'avoir attrapé?
La vielle dame Brulin s'indigne.
- Sergent ce que vous faites est ignoble! Si vous aviez fait votre devoir hier soir, rien de tout ceci n'aurait lieu d'être. Je vous défend de brutaliser ma servante qui me sert loyalement depuis des années. Tout comme son fils, qui a protégé les clients de la taverne hier soir
- Allez vous plaindre auprès du prévôt ma bonne dame, je ne fais qu'exécuter les ordres!
- Oui je vais y aller, et je suis sûre qu'on vous enverra arrêter les gredins d'hier soir.
- Les gredins ont eu leur châtiment, des mains même de votre petit protégé.
- Alors que lui voulez-vous à la fin?
- Justice ma bonne dame! Justice! Une bête sauvage ne peut se substituer à la justice!
Le sergent s'amuse de la situation, il jouit visiblement du pouvoir que lui confère sa position.
- Sergent je vous interdit de...
- Tu vas la fermer ta gueule? T'as pas fait assez de mal? C'est pas ta faute peut-être, d'avoir accueilli ces monstres parmi nous? Tu vois ou ça mène de mêler des bêtes aux êtres humains? Tu vas attendre qu'il tue tes clients pour comprendre? Gamin on pouvait le tolérer! T'as pas vu le monstre qu'il est devenu? Mais qu'est ce que tu aimes chez eux? Tu te fait sauter? C'est ça? C'est ton étalon, vieille salope!
La vieille dame choquée reste transie d'effroi devant tant de haine. Tous les regards convergent vers le sergent Berry rouge de colère. Le silence est rompu par le choc de la hache de Samson heurtant le sol. Le sergent retrouve un sourire, et envoie un de ses hommes ramasser l'arme.
- Lâchez les chiens!
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PostSubject: épisode 21   Tue 8 May 2012 - 10:57

Tana reste ferme, il reconnaît la valeur des arguments de Belouis, mais les événements récents ne l'incitent pas à revendiquer la place laissée vacante par Kang. Assis sur le ponton de Cardiff, les deux amis évoquent la situation. Tana estime qu'elle est bloquée, il n'y a aucun candidat, donc il n'y aura pas réunion du conseil pour choisir un chef. Belouis préfère garder l'avantage sur Toloméo tant que celui-ci ne s'est pas trouvé un candidat dévoué à sa cause.
- Je veux partir avec l'esprit tranquille. Je veux être certain que les manigances de Toloméo ont trouvé leur terme.
Tana soupire profondément, la mort des deux chefs successivement, l'inquiète au plus haut point.
- Il n'y aura personne pour prendre le risque de subir le sort de Yodalaï ou Kang, et surtout pas moi.
Belouis gronde de colère.
- Comprends-tu l'occasion que nous manquons de nous débarrasser de Toloméo et de sa clique?
- Je comprends que tu vas partir et que si je deviens le chef, je serais seul en travers de sa route et de celle du déodande! Toloméo ne s'arrêtera pas à une réunion du conseil. Tu sais bien qu'il t'accuse à demi-mot de la mort de Kang!
- Je n'y suis pour rien!
- Directement ou indirectement il tente d'instiller dans l'esprit des gens que tu as une part de responsabilités dans sa mort! A qui le crime profite?!
Belouis bondit sur les planches grinçantes du ponton.
- Le vieux chacal, il ne perd pas son temps! Vois-tu pourquoi c'est important que tu te présentes!? Il va bientôt se trouver un complice, un ahuri à qui il fera croire monts et merveilles, du moment qu'il l'écoute!
- Alors seulement je me déclarerai. Ne m'en demande pas plus, moi non plus je ne veux pas voir la tribu en des mains aussi... peu calleuses.
Le pêcheur regarde ses grosses pognes rongées par le travail en mer. La sentence de Tana semble irrévocable, elle ne satisfait qu'à moitié le maître d'arme, mais il finit par l'accepter.
- Tu me le promets?
Le regard noir, en coin, de Tana à son endroit, dissuade Belouis d'attendre une réponse.

Aedyth trouve Kal assis sur le perron d'une maison. Le regard du jeune garçon est explicite, on lui a interdit d'entrer. Comme pour s'excuser il explique.
- Mara assiste Dara dans ses couches.
Aedyth comprend parfaitement le sentiment d'exclusion qui hante l'apprenti chamane. Elle même n'est pas bien accueillie pour ses talents de soigneuse. Elle décide de tirer parti de la situation.
- Moi aussi ils ne m'ont pas invitée tu sais.
Le gamin grommelle, comme si il ne trouve pas la comparaison adéquate.
- Toi c'est pas pareil, tu es...
- Une étrangère? Oui pourtant Yodalaï était mon ami et nous nous sommes battus ensemble pour ce village, et ses habitants.
- Je suis des leurs! Je suis l'apprenti de Yodalaï, ils déshonorent son souvenir en me traitant ainsi!
- La situation est compliquée et l'avenir incertain, ils cherchent à se préserver, pas toujours de la bonne façon, je te l'accorde. Laisse leur du temps et ils reconnaîtront ta valeur.
- Ils ne songent qu'à m'exiler cinq années, à me confier à ce gros balourd de Belouis.
- Ils veulent que tu achèves ta formation, et Belouis est quelqu'un de confiance.
- Mara est quelqu'un de confiance, ne puis-je être formé par elle?
Aedyth s'assoit à coté du jeune garçon, pensive.
- C'est une bonne idée, il faudra lui demander. Tu la connais bien?
- Elle est venu voir le blanc quelque fois.
- Le blanc? Yodalaï? C'est quoi ce titre de blanc?
- Dans la tradition ogre, il y a deux atamans, le blanc et le noir, qui s'opposent. Notre héritage du peuple, comprend sa religion. Yodalaï était le blanc.
- Mais vous êtes le demi-peuple, les demi-ogres! Il y a un blanc et un noir chez vous aussi? Qui est le noir?
- Je ne sais pas, Yodalaï était le blanc, il a combattu la noire et l'a vaincue.
- Qui est le blanc maintenant?
- Je ne sais pas.
- Il doit y avoir une élection? N'es-tu pas son héritier? N'est-ce pas toi le blanc maintenant?
- Je ne suis pas le blanc, on est le blanc, ou on ne l'est pas, ça ne se décide pas. Tout comme le noir.
- Mais si le blanc est mort? Ou le noir. Par qui ou comment sont désignés leur successeur?
- Si le blanc meurt, il y a un autre blanc, ou un autre noir.
- Qui?
- Je ne sais pas.
- Le blanc? C'est le bien? Le noir? Le mal?
- Kal dévisage Aedyth, puis il place la tranche de sa main devant son visage de façon à le séparer en deux, comme des reflets dans un miroir.
Laquelle de mes moitiés est celle du bien? Celle humaine? Ou celle ogre?
Aedyth ne sait que répondre.
- Voilà pourquoi tu ne peux comprendre.

Belouis gravit la pente jusqu'à la maison de Dara, c'est là qu'on lui a dit qu'il trouverait Kal. Le gamin ne quitte plus les jupes de Mara. Il le trouve en compagnie d'Aedyth. L'arrivée du maître d'arme ne semble pas le ravir. Les cris d'un nourrisson viennent rendre leur sourire à tout le monde. Mara sort sur le perron en s'essuyant les mains.
- C'est une fille!
- Mara! Enseigne-moi ton art, tu le peux non?
Aedyth et Belouis se taisent, après tout, si elle acceptait, cela leur ôterait une épine du pied. Belouis ne serait pas obligé de l'accompagner pour lui trouver un maître. La demi-ogresse esquisse un sourire.
- Je le pourrais, mais ne le ferais pas. Je n'ai pas encore l'expérience pour transmettre mon savoir, et l'enseignement prodigué à mon élève, ne serait pas reconnu par les autres chamanes.
- Et alors? On s'en fout des autres? Tout ce dont a besoin le village c'est d'un bon chamane!
- Un bon chamane oui, mais pas de toi! Même si je te prenais pour apprenti tu subirais le même ostracisme, demande à Aedyth ce qu'elle pense de l'ouverture d'esprit des villageois!
Force est à l'hérétique de reconnaître le bien-fondé de l'opinion de la demi-ogresse.
- Tu crois vraiment qu'après cinq années d'exil, ils auront oublié la réputation qu'ils m'ont faite? Dans cinq ans, nous en serons toujours au même point, autant rester ici et leur prouver chaque jour ma bonne volonté.
- Dites lui, vous Belouis qu'il doit obéir au conseil.
- Ce n'est pas le conseil qui à décidé! C'était Kang, il est mort maintenant, cette décision stupide n'a plus lieu d'être!
Kal s'emporte, mais Belouis le contredit aussitôt.
- Je viens du conseil, le fait que tu ai prédit la mort de Kang, les a convaincu de t'éloigner, ils ont confirmé cette disposition. Nous devons partir au plus tôt. S'entêter, ne les attendrira pas, bien au contraire. Seul le temps le pourra, et les nouvelles qu'ils recevront de ton apprentissage.
- On tue le chamane blanc, on éloigne son apprenti! Ne voyez-vous pas que l'on prépare le terrain à des choses horribles !
- Tu te donne bien plus d'importance que tu n'en a réellement. Mara et Aedyth demeureront ici pour veiller au grain. Cesse de geindre et prépare ton sac.
Grognon, le gamin comprend qu'il n'aura pas gain de cause, il se résout à suivre son aîné en traînant les pieds. Les piaillements du nouveau-né attirent Aedyth dans la maison. Seule Mara demeure sur le perron.
- Ne vous inquiétez pas capitaine Belouis, je m'occupe de tout.
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PostSubject: épisode 22   Tue 8 May 2012 - 11:07

Samson émerge du sommeil comme d'un cauchemar. Il lâche un cri et regrette aussitôt de ne plus être dans les limbes protectrices. Son corps entier fulgure de douleurs infernales. Une présence lui impose un tissu humide sur la bouche et le nez. Samson voudrait hurler et se défendre contre cette agression, des volutes brûlantes envahissent nez, bouche, et poumons. Samson lutte pour ne pas sombrer. Le ténèbres le saisissent.
La forêt, l'ombre des immenses arbres de Campacorentin le cerne. Coco est là, son ami, son frère, ils rient, ils se battent comme de jeunes chiots. Coco est le plus fort, jamais il ne perd, sauf quand il se laisse battre. Ils s'aiment, et jamais ils ne laissent les autres s'immiscer entre eux. Ils voudraient être jumeaux, ils le sont presque. Ils sont frères de lait, frères de sang, depuis cette cérémonie dans le forêt. Cérémonie qui s'est achevée dans les rires et la bagarre comme tout ce qu'ils font. Ogoto est mort, son presque père, le presque père de Coco. L'ataman du clan qui les a recueilli, protégé. Ils sont chassés de la forêt, Coco et Samson, sont séparés, à jamais.
Samson ouvre un œil, la lumière pourtant tamisée de la chambre lui vrille le cerveau. Il grogne. La présence à ses côtés bouge et grommelle.
- Nom d'un chien, tu aurais dû dormir une journée de plus avec la dose que je t'ai administré. Ne lutte pas fils, dors!
La voix de Yodalaï, l'ami de sa mère. Le Chamane du marais. Il est dans une chambre amie avec des amis. Samson est soulagé d'un poids. Que s'est-il passé? Les gardes! Les chiens! Six chiens, six molosses dressés pour le combat, avaient-ils vraiment cru que ces sales bêtes lui feraient peur, même désarmé? La meute se ruait sur lui, tous crocs bavant dehors. Mordu, griffé, cerné, acculé sous les rires de la populace vindicative. Les quolibets et les paris fusaient, dignes des pires jeux romains. Du sang, le sien, celui des chiens, il leur brisait la mâchoire pour leur faire lâcher prise. Mis à terre, il protégeait son cou pour ne pas sentir les crocs s'enfoncer dans la chair tendre. Un à un il les terrassait, sous les regards incrédules. La rage des hommes se déchainait, ils le battait, traînait jusqu'au pilori, fouetté au sang. Exposé aux humiliations pendant... combien d'heures? De jours? Que lui ont-ils fait? Les menaces de sa mère lui reviennent en mémoire. L'ont-ils châtré? Une douleur infinie le saisi quand il veut s'assurer de son intégrité physique.
- Ne bouge pas fils ! Calme toi, tu es en sécurité.
Samson n'entends pas être raisonnable, il veut savoir, il est incapable de s'exprimer, et le moindre geste lui arrache des gémissements de douleur pitoyables. Yodalaï vide une fiole dans un linge et l'applique sur les voies respiratoires du jeune demi-ogre.
La forêt.

Samson s'éveille et ses premières pensées vont à son entrejambe. Le geste est douloureux, sans fluidité, mais accompli sans trop de difficulté. Le jeune garçon retourne dans la forêt, rassuré. Le monde se réduit à ses rêves d'une enfance enfuie, et cette chambre, qu'il reconnaît appartenir à l'auberge du point du jour. Il est veillé, par Yodalaï, sa mère, Doria et même la vieille Brulin. C'est Doria qui recueille ses premières paroles.
- J'ai faim.
La surprise laisse la jeune servante sans voix, mais rapidement elle court à travers toute la maisonnée pour qu'on apporte de la soupe. La chambre est vite envahie de larmes de joie. Câlins et embrassades se succèdent, avant que Yodalaï n'arrache le convalescent à ces débordements bien féminins.
- Laissez-le manger en paix!
Les femmes parties, le calme revenu, l'estomac rempli, Samson peut enfin poser les questions qui le taraudent.
- Comment m'avez-vous sorti de là?
- C'est ton parrain qui t'a sauvé.
- Mon parrain?
- Le père Custanius, il était à Adribard quand Doria est allé alerter le père John.
- Je ne le connais pas.
- Personne d'autre que lui n'aurait eu le cran d'arrêter le massacre. Il t'a prodigué les premiers soins et t'a ramené ici.
- Il faudra que je le remercie.
- Il est parti, il y a une semaine.
- Je suis resté combien de temps au lit?
- Trop longtemps.
- Mais vous? Comment êtes-vous là?
- C'est Doria qui est venu me chercher, c'est une jeune fille courageuse. C'est bien la première fois qu'une avalonienne s'aventure seule chez nous.
- Elle a traversé le pays demi-ogre en guerre?
- La guerre est finie.
Yodalaï lui raconte succinctement la mort de Rogart le blanc son maître, et comment il lui a succédé. Comment il affronté la noire, et l'a chassé du pays. Le nouveau blanc, ne s'attarde pas sur cette guerre mais lui assure que tout est changé, que l'espoir renaît en pays demi-ogre.
- La peur a fuit, l'avenir est serein, vous avez, toi et votre mère votre place parmi nous. C'est mon vœu le plus cher depuis des années. J'ai tout préparé, nous n'attendons plus que tu sois sur pied pour partir.
Le regard de Samson se voile.
- Ma mère est d'accord?
Yodalaï fronce les sourcils, il sent la réticence du jeune homme. Il interroge Samson du regard.
- Si tu viens, elle te suivra.
- Et si je ne viens pas?
- Pourquoi ne viendrais-tu pas? Tu y seras chez toi, avec des amis!
- Des amis qui nous ont chassés, il y a douze ans!
- Le vieux Rogart n'avait pas mauvais fond, les temps étaient difficiles, il pensait faire le bon choix. Tout est changé maintenant, ne tiens pas rigueur à ces gens qui souffraient.
- Je ne leur pardonne pas, il est trop tard, ils ont fait de moi un valet d'auberge, moins qu'un homme.
- Je sais que tu a vécu des moments très difficiles, ne laisse pas la colère l'emporter sur la raison. Que peux-tu faire d'autre? Rester ici? Ce n'est plus possible, tu le sais bien.
- Je ne resterais pas ici non plus, c'en est fini des brimades et des humiliations, je suis un homme, un guerrier, pas un valet!
La faible voix cassée du jeune garçon contraste avec son regard de feu.
- La voie des armes n'est pas une voie aisée Samson, surtout si on l'emprunte sous le coup de la colère.
- Je ne suis pas en colère, je suis furieux, je voudrais les tuer tous!
- Tu es un homme seul, c'est eux qui te tueront. Que veux-tu faire? Retourner dans la forêt, et avec ton ami Coco revenir avec une armée d'ogres pour te venger? Comme dans tes délires? Samson , je t'en prie, pense à ta mère! Vous pourriez être heureux au village.
La colère du jeune garçon ne faiblit pas.
- Je ne retournerai pas dans la forêt, même si j'y ai vécu mes meilleures années, ils nous ont chassés, eux aussi.
- Alors quel avenir pour toi et ta mère?
- Ma mère est très bien ici, c'est moi la source de ses ennuis, elle est tolérée par la plupart et appréciée par ceux qui la connaissent. Moi, je suis une bête, sans moi tout ira bien mieux.
- Elle est prête à nous rejoindre si tu viens.
- Elle est prête à se sacrifier, pour moi encore. En vérité, elle ne le souhaite pas. Il est temps que je prenne mon destin en main. Je ne suis le valet ni d'un avalonien ni d'un demi-ogre.
- Que comptes-tu faire?
- C'est la guerre dans le nord. Ici, les avaloniens se sont couchés devant les bretons du roy Arthur, mais les highlander résistent. On dit qu'ils recrutent des magiciens et des volontaires pour leur guerre.
- Ils te prendront toi? Le sauvage? La bête?
- J'irais voir Bors, je lui rappellerai que j'ai été son porteur d'arme, je ferai mes preuves au combat et je tuerai tous les avaloniens que je croiserai.


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PostSubject: épisode 23   Tue 8 May 2012 - 11:23

Belouis monte les marches de la vieille tour en ruine, puis se retourne. Il plisse les yeux pour apercevoir Kal qui le suit en trainant les pieds. Ça fait deux jours qu'ils ont quitté Cardiff. Ils ont visité une tribu sans succès. Accueillis poliment mais froidement, le chamane n'a pas souhaité prendre un autre disciple, arguant du fait qu'il en avait déjà un. Le malaise des villageois, perceptible, ne s'est dissipé qu'a leur départ. Belouis et Kal n'ont pas échangé un mot depuis. Le maître d'arme pose son sac à dos sur les dalles froides, et descend ramasser du petit bois. Il veut passer la nuit ici, ce qui n'a pas l'air de plaire au jeune garçon.
- Si nous poursuivons vers le marais, nous pourrions être à Kuna avant la nuit.
- Je ne souhaites pas passer la nuit à Kuna.
- J'ai pas envie de dormir par terre, et de manger froid.
- Nous ferons un feu, pour griller des saucisses. Ramasse des feuilles et de la mousse pour te faire une couche bien moelleuse.
L'apprenti chamane ne pose pas son sac.
- Ça va j'ai compris! J’essaierai de marcher aussi vite que toi, pas la peine d'en faire des tonnes!
Le maître d'arme hausse les épaules.
- Ça n'a rien à voir, tu peux bien marcher aussi vite que tu veux, ou aussi lentement.
Le détachement du maître d'arme, exaspère le jeune garçon.
- J'ai compris, je te dis, allons-y, on y sera avant la nuit.
Belouis se redresse et hausse le ton.
- Nous passerons la nuit ici, nous arriverons demain matin à Kuna pour provoquer une réunion du conseil.
- Ça changera quoi qu'on passe une nuit à se peler, et à bouffer des saucisses pourries?!
- Ça changera qu'ils ne passeront pas une nuit à gamberger et à tous se persuader que te prendre comme apprenti est une mauvaise idée. C'est ce qui s'est produit la nuit passée!
Kal pose son sac et s'assoit sur les marches.
- Ça changera rien, ils seront juste moins polis si tu les prend à froid, et ils nous jetteront comme des malpropres sans même nous souhaiter bonne chance.
- J'ai promis de te trouver un maître.
Le maître d'arme reprend sa quête de bois mort. Kal le singe silencieusement, se moquant de l'entêtement du géant dans son dos.

Le feu crépite au centre de la pièce. Des gerbes d'étincelles, issue de la graisse des saucisses piquées sur des branches, illuminent ponctuellement les murs de la vieille tour. Belouis découpe une tranche dans la miche de pain sortie de son sac. Kal la refuse d'un mouvement de tête.
- Pas faim.
Il se rencogne dans son lit de feuilles au pied du mur. Belouis englouti une tranche de pain garnie de plusieurs saucisses.
- Tu as tort, c'est très bon.
- Une bonne potée au lard aussi, et un matelas de plumes.
- Arrête de bouder.
Kal détourne le regard, et laisse les bruits de mastication, et de déglutition dialoguer avec le crépitement des flammes.
Un gémissement se mêle à la conversation. Il évoque d'abord pour Kal un piaillement d'oiseau de nuit. Belouis ne semble pas l'avoir remarqué. Kal tend l'oreille, et fouille du regard les ténèbres au delà de la porte de pierre. Non pas un oiseau, le gémissement se rapproche. Le jeune garçon croit deviner un mouvement au delà du cercle de lumière. Belouis cesse de mastiquer, il tourne la tête en alerte, la main sur le couteau qui lui sert a découper le pain. Kal l'interroge, les yeux grands comme des soucoupes.
- Un spectre?
Le capitaine ne lui répond pas, fixant les ténèbres. Une truffe et deux yeux luisant le dévisagent plaintivement.
- Un loup?
- Un chiot.
Belouis cherche des yeux une pierre à lui jeter. Kal bondit de sa couche.
- Non! Il doit avoir faim le pauvre!
Le jeune garçon se saisit d'une branche et en décroche la saucisse brûlante. Belouis fronce les sourcils.
- Ne gaspille pas la nourriture!
- C'est ma saucisse! Ce ne sera pas gaspillé si cette pauvre bête en mange un bout!
Belouis grogne, faisant son deuil de la bonne saucisse grillée.
- Si tu manges, tu auras le droit de le nourrir. Pas question de gaspiller nos réserves pour un bâtard.
Rageusement Kal croque dans la saucisse, faisant gicler le jus à se brûler la langue. Il mastique bruyamment en défiant Belouis du regard.
- Cha va? T'es content?
Belouis hausse les épaules et découpe une tranche de pain et la tend à Kal.
- Prend-ça andouille. C'est trop chaud.
Kal ne répond pas, trop occupé à repousser la chair de saucisse ardente dans les coins de sa bouche. Il s'empare de la tranche de pain et s'en gave pour éteindre l'incendie provoqué par son insouciante spontanéité. Les gémissements de Kal couvrent ceux du chiot. Les oreilles pointées, les yeux suppliants, il dévisage les deux demi-ogres, quémandant une aumône. Kal achève d'apaiser le feu de sa bouche par une grande lampée d'eau de sa gourde. Il se découpe lui même une tranche de pain, dans laquelle il couche une saucisse crépitante. Il en tranche un bout et le jette en direction du chiot. Le petit animal n'a pas encore osé sortir tout entier du couvert des ténèbres. Le morceau de viande offert, est là, tout proche mais si loin à la fois. Kal s'en veut de ne pas l'avoir lancé assez loin et fait mine de se lever pour réparer son erreur. Le chiot détale aussitôt sous le regard désolé du jeune garçon. Kal rapproche le bout de saucisse de la porte, d'un petit coup de pied, et va se rassoir pour préparer d'autres bouts, l’œil aux aguets. Le calme et l'odeur rendent son courage à la petite bête, dont les reniflements ont remplacé les gémissements. Le visage de Kal s'éclaire d'un large sourire quand il voit le bout de saucisse disparaître d'un coup de langue. Rassuré le chiot lève un œil interrogateur, presque caché par une oreille tombante, sur le jeune garçon. Kal réjouit, lui lance une à une les boulettes qu'il lui à préparé. Le chiot gobe tout, sous le regard froid du maître d'arme. L'animal est famélique, le poil collé, crasseux. Il est maintenant en pleine lumière, Kal l'a habilement rapproché avec ses dons jetés de moins en moins loin. Le chiot regarde les saucisses cuir dans le feu réconfortant. Vif comme l'éclair, le petit chien happe une saucisse entière et disparaît sans demander son reste. Belouis manque de s'étouffer en éclatant de rire. Kal vexé prend les rires comme une critique implicite, il se sent trahi par le chiot. Le jeune garçon est le dernier à s'endormir, attendant vainement le retour du petit chien.

Le petit matin froid les saisit, le feu est éteint. Belouis tente de le ranimer en bougonnant. Il fait bouillir de l'eau pour le thé. L'odeur réveille Kal, tout courbatu, il maudit silencieusement le maître d'arme de l'avoir contraint à vivre cet inconfort. Belouis ouvre un pot de miel parfumé et en tartine du pain fraichement coupé. Kal s'assoit prés du feu, enveloppé dans sa couverture. Le petit déjeuner ravigote le jeune garçon, comme jamais il ne l'aurait crû d'un repas aussi frugale. Rapidement ils ont plié le camp et reprennent la route. Seul Kal jette un œil de regret derrière lui. Un petit jappement impératif lui donne le sourire.
- Le chiot! Regarde, il est revenu!
- Ce voleur?
Le petit chien trépigne et aboie, il n'approche pas, et fait mine de fuir quand Kal approche. Belouis s’énerve.
- Laisse tomber ce cabot, ne nous mets pas en retard.
- On dirait qu'il veut qu'on le suive!
- Ouais, il veut des saucisses. Il a trouvé une bonne poire.
Kal ignore la pique, et suit le chiot. Belouis les retrouve dans un buisson abrité. Le chiot jappe pour attirer l'attention sur son compagnon. Un pauvre chien efflanqué, couvert de sang gît sur le côté, une saucisse froide mâchouillée, prés de la gueule. Le chiot glapit en position de soumission devant Kal. Le jeune garçon, les larmes aux yeux, se jette à genoux prés du chien en détresse.
- C'est pas un voleur ! C'est pas un voleur! C'était pour son ami! Il lui a ramené la saucisse.
Belouis constate froidement.
- Il est trop faible pour se nourrir, il va mourir.
Le maître d'arme dégaine son couteau. Révolté, Kal bondit.
- Pas de ta main! Salaud ! Assassin!
- Soit raisonnable fils, il est trop mal en point!
Kal, les yeux noyés de larmes, martèle la poitrine du maître d'arme.
- Pas si je peux le soigner! Je suis chamane! Yodalaï t'aurait pas laissé faire! Il t'aurait pas laissé faire!
Touché par le jeune garçon, Belouis range sa lame.

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Marhalt
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PostSubject: épisode 24   Tue 8 May 2012 - 11:37

Dongal se badigeonne le menton de graisse de porc consciencieusement. Debout entre deux tentes, comme d'autres jeunes highlander, il se rase. Il est le plus vieux de tous et fait presque figure d'ancien, il est le responsable de sa tente. Ça fait trois années qu'il a rejoint la blackwatch, après deux ans de maraude et de petits larcins. Atterré de lire la honte dans les yeux de sa mère quand il était venu lui quémander une aumône, il avait décidé de s'enrôler dans les troupes de Bors.
Le pays en guerre, en proie aux luttes de pouvoir des clans, a subi une série de défaites face aux armées du roy Arthur. La situation difficile, aggravant les dissensions, a incité Bors à créer une force armée indépendante des clans, obéissant directement au souverain, et non pas à une cascade d'allégeances douteuses. Des jeunes de tout le pays se sont présentés devant le mur de rondin du camp, des troisième ou quatrième fils, des déçus des défaites, des bâtards, des chrétiens, considérés comme peu fiables. Le camp est géré à la romaine, par d'anciens officiers demeurés après le départ des légions. Le collectif romain prend le pas sur l'individualisme celte, réussissant à concilier l'esprit clanique des Highlands à la rigueur militaire. Dongal s'est trouvé une nouvelle famille, des gens qui comptent sur lui et le considèrent comme l'un des leurs.
Dongal essuie la lame de son poignard contre la semelle de ses bottes, et enfile sa cote de maille. Il rejoint son peloton et le fait aligner sur la place pour la prise d'arme. Pour une semaine, ils vont prendre en charge la garde du camp, ce sont eux qui sont à la manœuvre au milieu des autres pelotons. Le pas cadencé et le décorum immuable, renforcent le sentiment de faire parti d'un tout. Le cri des sergents et le claquements des bottes scellent la cohésion de la troupe. La courte cérémonie terminée, Dongal dirige sa petite troupe pour la relève de la garde. La tournée s'achève à la porte principale du fort, où son homologue de la garde descendante lui transmet les consignes. Evan Fraser un gringalet diaboliquement adroit, le regarde en coin.
- Il est toujours là.
Dongal ne cache pas sa surprise, Evan parle d'un gaillard qui campe en dehors du camp depuis plus d'un mois. Comme il n'est pas du pays, l'entrée lui est interdite. D'abord ignoré, il a fini par agacer, et certains se sont autorisés une expédition punitive nocturne afin de décourager l'inconnu. Expédition hasardeuse et catastrophique qui a conduit le commandant à interdire tout contact avec la brute, sur les conseils du médecin du camp. L'étranger aurait sévèrement corrigé cinq têtes brûlées venues en découdre.
- Toujours? Que doit-on faire?
- Rien, s'il n'essaye pas d'entrer par force, ou par ruse.
- Il veut s'enrôler?
- Oui, il veut voir Bors, il dit qu'il le connait.
- Comment tu sais ça? Tu lui as parlé?
Evan sourit, faussement outragé.
- Tu n'y penses pas, c'est interdit voyons.
Dongal pensif, regarde cette grande asperge d'Evan s'éloigner nonchalamment. L'affaire lui trotte dans la tête toute la journée, au point de saisir n'importe quel prétexte pour jeter un œil, du chemin de ronde par dessus le mur d'enceinte. Mais rien n'est visible, ni personne, Evan se serait-il moqué de lui?

Comme dans l'ancienne Rome, tous les cultes sont tolérés dans le camp et les chrétiens y sont nombreux. Plusieurs moines y servent comme aumôniers ou infirmiers. Chaque soir un office est célébré en plein air, il n'y a pas d'église. Dongal a d'abord évité avec dégouts ces rassemblements qui lui rappelaient par trop le père Custanius. Ses compagnons, pour parti chrétiens se sont émus de cette attitude, ce qui a déclenché frictions et bagarres. Tous furent punis, Dongal dut servir d'ordonnance au frère Johannes pendant un mois. Le frère Johannes, un vieillard distrait et sympathique sut gagner la confiance de Dongal, il n'y eut plus d'incidents. Le jeune homme lui confia même son secret le plus terrible, le viol de Hélène, et sa honte inaltérée depuis ce moment dramatique. Dongal émit le souhait de présenter ses excuses à la jeune fille, mais jamais son service ne lui laissa le temps de le faire, aussi confia-t-il une partie de sa solde tous les mois au moine, contre la promesse de la transmettre à la jeune fille, en guise de dédommagement. Le repentir sincère du jeune garçon, et l'accueil compatissant qu'il reçut, le rapprochèrent des chrétiens, on le vit de temps en temps assister aux offices. C'est en revenant dans le noir de l'office du soir, qu'il monte une fois encore sur le chemin de ronde et aperçoit la lueur d'un feu de camp dans le bois faisant face au camp. Les paroles d'Evan lui reviennent en tête. Si un Fraser peut se risquer à rencontrer l'étranger, pourquoi pas un Campbell?

Une inspection du fossé ceinturant le camp, c'est l'excuse qu'il a invoqué pour sortir. Le scepticisme goguenard des gardes, ne laisse aucun doute sur ce qu'ils croient qu'il va réellement faire. Il y a de jolies filles dans la ville proche, et plus d'un meurt d'envie de les connaitre mieux. L'idée lui vient de pousser jusque là bas, mais le souvenir de Hélène lui noue les tripes. Il hâte le pas pour entrer dans le bois.

Un abri de toile, des caisses en bois, des barriques, un feu de camp constituent la retraite de l'inconnu. Dongal s'approche tout prés, mais n'ose pas interrompre le gaillard qui tourne un poulet à la broche. Il est immense, moche et couturé de cicatrices. Il l'interpelle dans le noir.
- Evan, j'ai ton tabac et ta bière, viens manger un bout!
Dongal est suffoqué d'avoir été repéré, et tout autant d'apprendre les trafics d'Evan Fraser. Voilà donc d'où lui viennent toutes les provendes dont il fait commerce discrètement dans le camp. Dongal s'avance du foyer lentement.
- Je ne suis pas Evan.
Le demi-ogre se lève, il est encore plus grand qu'il ne l'aurait crut, il porte une vieille armure de maille mais bien entretenue.
- Avé Décurio.
- Je ne suis pas décurion, ni même romain, tu dois bien le savoir.
- Assieds-toi, il y a assez à manger pour deux.
- Dongal accepte l'invitation et se présente.
- Je suis Dongal Campbell.
- Moi c'est Samson, je ne pensais pas te voir si tôt.
- Tu pensais me voir?
- Ils viennent tous, plus ou moins tard, et certains le regrettent.
Le demi-ogre arrache un morceau de viande à la cuisse qu'il vient de découper. Le regard de défi qui le frappe, fait comprendre à Dongal qu'il n'y a pas du y avoir qu'une seule expédition punitive.
- Tu n'as rien à craindre de moi si tu n'es qu'un trafiquant.
- Un trafiquant?
Samson se lève, fâché.
- Tu oses t'assoir autour de mon feu et m'insulter? C'est Evan le trafiquant! Je ne fais que lui rendre service!
- Un service dont tu tires profit! Mais pardonne moi, je n'ai pas à te juger, je te présentes mes plus plates excuses.
Dongal s'assoit et se brûle les doigts en arrachant la dernière cuisse du poulet. Samson se calme et se rassoit.
- C'est mieux que d'être voleur non?
Dongal ne le sait que trop bien.
- C'est provisoire, le temps de rencontrer le seigneur Bors et qu'il m'accepte parmi vous.
Samson à l'air sûr de lui, ce qui chagrine Dongal. Le demi-ogre n'as pas conscience du fossé qui les sépare.
- Si j'étais toi, je ne me ferais pas trop d'illusions, tu n'es d'aucun clan, tu n'es pas highlander.
Samson hausse les épaules, comme s'il entendait pour la millième fois ce discours.
- Vous êtes fiers, vous les highlanders, mais vous perdez la guerre. Vos querelles internes vous empêchent de vaincre les bretons.
- Toi, tu penses pouvoir les vaincre?
Non mais demande à tes amis s'ils préféreraient me voir en face. Votre roy fait appel à des mages étrangers, alors pourquoi pas des guerriers.
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PostSubject: épisode 25   Tue 8 May 2012 - 11:46

Belouis rentre bredouille au village de Kuna. Depuis que Kal s'occupe de soigner le chien, il ne peut plus se déplacer. Aussi, faute d'accepter de le former, les villageois les accueillent provisoirement. Belouis mets ce temps à profit pour visiter les villages voisins, toujours bien reçu, il n'a cependant rencontré aucun succès dans la mission qu'on lui a confié. Les longues promenades solitaires de village en village, lui laissent le temps de réfléchir à la façon de dénouer le problème. Tout semble suspendu, les conversations ne tournent qu'autour de la vacance de chef de Cardiff, des rédempteurs, et du déodande. Jamais on ne s'inquiète vraiment de Kal, comme si son sort était lié à la résolution de ces préoccupations. C'est la conclusion qu'en tire le maître d'arme, Toloméo l'a habilement orienté dans une impasse, pendant qu'il prend de l'avance par ailleurs. Belouis maudit le conseiller demi-ogre.
Kal vient à sa rencontre, suivit par le jeune chien jappant et le vieux clopinant.
- Tu vois, il est presque guéri, j'ai réussi.
- C'est parfait nous allons pouvoir reprendre la route.
Kal n'avait pas pensé à cette éventualité et tempère son enthousiasme.
- Pas trop vite hein! Il restera toujours boiteux!
Belouis observe les cicatrices de l'animal, surtout son œil, définitivement clos.
- Boiteux et à demi aveugle, tu parles d'une guérison, une vraie vie de chien.
Kal se renfrogne.
- Tu aurais préféré qu'il meurt?
- Moi oui, et peut-être lui aussi. Que vaut une vie d'estropié?
- S'il a mérité l'amour de Chouinot, alors il a mérité de vivre.
- Chouinot? Tu l'as baptisé?
- Non, pas baptisé, juste nommé, il n'est pas du demi-peuple.
- Ne joue pas avec les mots.
- Le baptême n'est pas un jeu!
Belouis renonce devant la véhémence du jeune garçon, qui est pointilleux sur ses attributs chamaniques.
- Chouinot, parce qu'il chouine, mais le vieux?
Le capitaine tente de détendre l'atmosphère et y réussi presque.
- Rôdeur.
Belouis garde ses réflexions acides pour lui. Un rôdeur boiteux...

Kal tique, quand il devient évident qu'ils prennent la route de la forêt de Campacorentin. Il n'y a pas de villages demi-ogre par là.
- Où m'emmènes-tu?
- A Camelot, chez ma grand-mère.
- Yvolaine Bones? Elle n'est pas chamane!
Belouis fronce les sourcils, en entendant le prénom de sa grand-mère, dans la bouche du gamin. Bien sûr il le connait, mais jamais on ne l'avait utilisé devant lui.
- Tu connais ma grand-mère?
- Non mais Yodalaï en parlait, il avait beaucoup de respect pour elle. Mais elle n'est pas chamane. Tu n'as trouvé personne? Pourquoi ne pas rentrer à Cardiff plutôt? Mara s'occupera de moi.
Belouis avait pensé à cette éventualité mais c'eût été admettre son échec devant Toloméo, et le laisser s'en servir comme argument à son encontre.
- J'ai des choses à faire à Camelot.
Belouis songe à la fine lame, emballée dans son sac.
- Arrange-toi pour que Rôdeur ne nous fasse pas perdre de temps.
Le sourd grognement du chien boiteux, avise le demi-ogre que celui-ci n'apprécie pas le ton qu'il emploie en parlant de lui.

Une douleur vive au poignet, réveille Belouis. Le maître d'arme se lève d'un bond, la hache à la main. La veille, ils ont installé leur bivouac un peu à l'écart du chemin de la forêt. La nuit est noire, le feu toujours vif, il n'y a aucun danger visible. Rôdeur gronde, les crocs découverts, face au maître d'arme. Belouis se frotte le poignet, et comprend que le chien l'a mordu.
- Sale bâtard!
Rôdeur évite le coup de pied et se tient soigneusement hors de portée de l'allonge du maître d'arme. Le manège du chien intrigue Belouis, qui seulement maintenant s'inquiète du bivouac. Rien, ni personne ne semblent manquer. Rôdeur s'interpose en grognant sourdement, quand Belouis veut vérifier si Kal va bien. Le gamin dort, Chouinot lové contre lui. Les crocs menaçant, Rôdeur présente le flanc au demi-ogre et hausse le ton quand celui-ci détourne les yeux. Assez fort pour que Belouis le remarque, mais pas suffisamment pour réveiller les dormeurs. Rôdeur gronde en direction de la forêt, à l'opposé de la route. Les idées du demi-ogre se mettent en place, le chien l'a alerté du danger, du mieux qu'il a pu. Sa défiance change de cible, qu'y a-t-il au delà des arbres? Le chien boiteux, satisfait d'obtenir l'attention du maître d'arme, cesse de gronder.
Belouis ranime une torche, et s'engage dans la forêt sombre. La vie suspend son cours, nul souffle, nul craquement, ne viennent troubler le silence nocturne. Belouis inspecte le sol autour du campement, est-ce une trace de pas? Un éclaireur pourrait le confirmer, Rôdeur la renifle et gronde, une très grande trace de pas, trop grande. Le chien hume l'air et fait mine de suivre la piste. Belouis ne le souhaite pas.
- Non! Reviens! Il ne faut pas laisser les petits sans protection.
Ils reviennent au camp, après avoir fouillé tous les buissons suspects.
L'aube les trouve en alerte, le petit-déjeuner servi. Kal se réveille avec l'odeur de bacon grillé et ne remarque pas la tension ambiante. Ce qui n'est pas le cas de Chouinot, qui renifle les environs en aboyant. Kal rigole en lui jetant des bouts de lard.
- Il est tout fou ce matin!
Rôdeur calme le petit chien d'un grondement sec. Chouinot vient chercher du réconfort auprès de Kal. Le gamin distribue largement une ration de câlins.
- Pas très jouasse le rôdeur!
L'allusion s'applique largement au maître d'arme. Belouis plie bagage sans commentaires, bien plus vite qu'à l'ordinaire, ce qui n'échappe pas à l'apprenti chamane.
- Pas si vite! Rôdeur a du mal à suivre! Je ne l'abandonnerai pas!
Sans mot dire, le maître d'arme se penche sur le chien et le prend dans ses bras. La petite troupe, reprend la route à un rythme très élevé.

Fatigué, Kal n'est pas mécontent de se faire contrôler par les forestiers de Campacorentin. La patrouille les interroge sur leur voyage et sur leurs rencontres. Elle les met en garde contre l'effervescence des tribus ogres dans la région. Belouis montre sa curiosité.
- Vous savez pour quelle raison? Ça se manifeste comment?
- Nous ne savons pas pourquoi, ils n'ont encore agressé personne. Ne prenez pas peur si une cinquantaine de guerriers franchit la route devant vous. Ne les provoquez pas.
- J'espère bien passer la nuit à Caer Ulfwych.
- Elle sera surement tombée quand vous y arriverez, ne perdez pas de temps.
Après avoir salué les gardes, Belouis charge un Rôdeur grognon sur ses épaules.
- T'as entendu Kal? Si tu veux un lit de plume et une bonne potée, il ne faut pas traîner.
Le gamin hausse les épaules, et houspille Chouinot qui aimerait lui aussi bénéficier d'un traitement de faveur.
Une paire d'yeux rouges, sous le couvert des arbres immenses de la forêt de Campacorentin, observe l'étrange petite bande sur la route de Caer Ulfwych.
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La trilogie noire 3: La proie du Déodande
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