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 quand un vicomte

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Marhalt
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PostSubject: quand un vicomte   Mon 18 Jun 2012 - 19:03

Le soleil au zénith, darde ses rayons dans un azure sans nuage. Les pentes neigeuses de la montagne en forme de tronc de cône, reflètent l'éclat de l'astre du jour. Quelques fumerolles vite dissipées osent défier les cieux. Dans les vallées écrasées de chaleur, quelques tâches de verdure se perdent dans la roche claire. Une jeune fille, tire sa jument blanche sous l'ombre des oliviers. La bête boite. La demoiselle à la queue de cheval, attire la tête de la jument contre sa poitrine, et la rassure en lui parlant à l'oreille.
- Lààà ma toute belle, nous sommes bientôt arrivés.
Elles ont fait tant de route. Elles sont venues de si loin. Personne ne peut fuir le soleil, et sa lumière. La fille porte des braies et un torque, à la mode gauloise. Le son cristallin de l'eau qui court entre les roches, fait dresser la tête de la jument qui hume l'air pour trouver le ruisseau. La jeune fille est entraînée par la force de sa monture jusqu'à tremper les pieds dans l'eau glaciale descendue de la montagne. Toutes deux se rafraîchissent et s'ébrouent du même geste. L'ombre et la fraîcheur sont une pause bienvenue dans la fournaise du jour. Enfin elle peut redresser la tête, pour regarder autre chose que le sol sans se blesser les yeux. La plaine verte, les champs de blés et les vergers d'oliviers au pied de la montagne. La mer turquoise qui scintille à l'horizon. Pas un souffle de vent pour balayer les ondes de chaleur renvoyées par le sol. La jeune fille embrasse la jument entre les naseaux. Elle n'a pas besoin de tirer sur la longe pour se remettre en route. Elles suivent un petit sentier de montagne. Le pas est lent, claudiquant, jusqu'à une plaie sombre dans le flanc de la roche. La jument renâcle, mais se laisse conduire par les caresses et les encouragements de sa maîtresse. La fraîcheur de la grotte met fin à ses réticences. La cavalière abandonne la jument dans la quiétude de l'entrée, et s'enfonce plus profondément dans les entrailles de la montagne.

Les parois de la grotte scintillent d'une lueur rouge, réfléchie par des minerais et pierres précieuses qui affleurent. Un rouge sanguin qui rend presque tangible la pulsation sourde qui bat dans les veines de la montagne. La jeune fille est sûre d'être au bon endroit, elle poursuit sa route d'un pas décidé. Parfois la pulsation cesse puis reprend, plus forte. La descente est rude, la température monte. L'odeur de souffre prend à la gorge, puis s'apaise. La jeune fille débouche dans une immense salle où coule un fleuve de lave. Une arche d'obsidienne conduit à une île au milieu du fleuve, le vacarme est assourdissant. Au cœur de l'île, des soufflets titanesques, activés par une machinerie démente, soufflent sur les braises d'une forge millénaire. Une enclume colossale, reçoit le martèlement de tonnerre porté par un forgeron bossu, aux jambes tordues. La flamme de la forge éclaire de rouge la face burinée de l'artisan assidu. Impressionnée, la jeune fille observe le travail du métal, le fer martelé puis replié, puis martelé encore. Des étincelles jaillissent en gerbe de chaque coup de marteau. Les coups cessent, le forgeron redresse la tête. De sa pince et ses mains gantées, il plonge la pièce de métal encore rouge dans un bain d'huile. Une vapeur épaisse et âcre se diffuse dans la forge. La jeune fille ose avancer sur l'arche, lentement. Le forgeron tire la pièce de son bain d'huile, et la plonge dans un bain d'eau. L'eau siffle, et crache son mécontentement. Le forgeron voit enfin la jeune fille à l'entrée de sa forge. Il pose ses outils, et ôte ses gants. Son regard de braise toise la jeune femme.
- Te voilà? Rhiannon la keltoi ?
La jeune fille acquiesce de la tête.
- C'est l'un des noms que l'on me donne. Je te salue Mulciber.
Le tablier de cuir du forgeron ne peut masquer une musculature puissante des membres supérieurs, qui contraste avec celle, chétive des membres inférieurs tordus. Mulciber plonge une mogue dans une vasque, et s'asperge d'eau largement.
- Il y a bien longtemps que je n'ai reçu de visite. Je ne suis pas un hôte bien agréable. Assieds-toi.
Le forgeron lui désigne un tabouret de bois à trois pieds. La jeune fille s'assoit sans façon. Le forgeron s'agenouille devant elle, en posant la vasque d'eau. Il lui délace les sandales et lui baigne les pieds. La jeune fille laisse faire l'antique coutume.
- Je t'offre l'hospitalité de ma demeure. Toi, et ton amie, avez fait une longue route pour voire un artisan oublié.
- Je suis ton obligée. Mon amie souffre beaucoup, c'est pour elle que je suis là. Je souhaite ton aide pour la soulager.
Le forgeron lève un sourcil incrédule.
- Comment cela? Toi? La déesse de la nature et de la fécondité? La maîtresse des chevaux? Tu veux l'aide d'un artisan? Tu souhaites l'aide d'une personne qui dompte la terre, le feu, et l'eau? Une personne qui dompte les éléments, qui contraint la nature? Renoncerais-tu a ton pouvoir sur les hommes? La lumière t'a-t-elle vaincue elle aussi?
La jeune déesse sourit avec bienveillance au dieu oublié.
- La lumière ne m'a pas vaincue, elle ne me vaincra jamais.
Le forgeron fronce les sourcils, et regarde la déesse par en dessous. La sérénité et l'humilité de sa posture, démentent ses paroles arrogantes.
- Pourtant ta jument est blessée, et c'est vers moi que tu te tournes. Si tu ne peux pas la soigner, comment le pourrais-je ? Si j'étais un soigneur, j'aurais redressé depuis longtemps le dos et les jambes de ce corps contrefait.
- Je peux la soigner, mais je ne peux éviter que ses blessures se répètent. Toi tu le peux ! Ta naissance t'a fait ce que tu es. Personne, pas même moi, ne peut te guérir. De ces difformités, de ces faiblesses, tu as fait une force. Tu ne peux modifier ton état, mais tu peux modifier ton environnement. Tu peux plier le monde à ta volonté, tu peux contraindre la terre, le feu, et l'eau à t'obéir. Tu es un bâtisseur, un créateur.
Le dieu de la montagne, se redresse, traîne la patte vers un haut siège de fer et s'y adosse. Il s'éponge d'une étoffe blanche rugueuse.
- De ta bouche coule le miel. Je me méfie des flatteries d'une déesse que je ne connais pas. Tu es protégée par les lois de l'hospitalité sous mon toit, et j'ai pitié de ta jument, dont la claudication, et la souffrance me touchent. Je t'écouterai donc.
La déesse s'incline devant son hôte.
- Sois en remercié Ô puissant Forgeron. Ma requête est simple, je souhaiterais que tu utilises ton art à confectionner des fers pour ma jument blanche.
L'immense caverne résonne du rire appuyé du dieu difforme.
- Toi la déesse de la nature ? Tu veux que je ferre ta jument ? Tu veux faire le jeu de la lumière ? Tu veux renoncer à tes principes ? Tu veux sombrer dans l'oubli ? Tes fidèles t'abandonnerons, et nul humain ne te priera plus !
La déesse joue avec son torque d'or.
- Rien de tout cela. Le monde se couvre de voies romaines, de routes pavées de pierre. De la pierre sur laquelle s'usent les sabots de nos chevaux, qui finissent par se blesser. Il leur faut des fers pour se protéger !
- Des voies romaines rectilignes, qui brisent la nature, qui tranchent montagnes et forêts, qui franchissent précipices et fleuves ! Des plaies par lesquelles se déversent les serviteurs de la lumière, par où s'insinue le venin de nos ennemis.
Epona s'étonne de la véhémence d’Héphaïstos.
- Tu n'apprécies pas toi, ces ouvrages d'art ?
- J’apprécie, l'équerre et le compas, le fil à plomb et la sueur du labeur. Les droites infinies, la courbe de l'aqueduc. Comment peux-tu chevaucher sur ses voies romaines ? Ces voies qui nous font sombrer dans l'oubli ?!
- Parce que c'est plus rapide !
Lance la déesse d'un œil pétillant.
- Tu tends le cou pour te faire trancher la tête !
Hallucine le forgeron. Epona se dresse, les poings sur les hanches.
- Comment crois-tu que je suis arrivée ici ? Comment crois-tu que je t'ai trouvé ? J'ai emprunté ces voies romaines ! Elles ne sont pas à sens unique ! Si les serviteurs de la lumière l'empruntent, les nôtres aussi ! La lumière ne me vaincra pas, elle ne te vaincra pas ! Nous ne sommes pas voués à l'oubli tant que des gens comme Fron MacFilness seront nommés vicomte par les rois humains.
- Fron MacFilness ?
- C'est un soigneur, un fidèle parmi les fidèles.
- Je le connais, c'est aussi un grand artisan.
- Je ne veux plus que ma jument se blesse, je ne veux pas faire parti du passé, je veux m'adapter. Je veux accompagner l'évolution des hommes. Je veux des fers pour ma jument !
Un silence pesant s'installe. Le forgeron se caresse la barbe, pendant que la cavalière se rassoit.

Le boiteux se lève enfin et se dirige vers un fatras de barres de métal.
- Dans quoi veux-tu que je forge ces fers pour ta jument ? En or, pour lui conférer majesté et beauté?
Un lingot d'or tombe aux pieds de la déesse.
- En argent , pour lui donner fluidité et vélocité ?
Une barre argentée cogne contre le lingot au sol.
- En airain ? Pour lui donner robustesse et endurance ?
Héphaïstos brandit une barre d'alliage. La déesse semble réfléchir pendant que le dieu réactive sa forge. Les soufflets se gonflent et soufflent sur des braises qui rougissent.
- Je ne veux pas de métaux précieux, les métaux de la convoitise. Je veux du métal humain, du métal d'artisan, le métal de la sagesse, de la ténacité, et de la pérennité. Donne lui du fer.
Le dieu Forgeron choisit une barre de fer et la pose dans les charbons ardents sous l’œil de la déesse des chevaux. Pendant que le métal rougit, il choisit ses outils et enfile une paire de gants. L'immense forge ne tarde pas de résonner des coups de marteau. La terre tremble et le métal rougeoie. La lave monte autour de l'île d'obsidienne. La montagne gronde sa colère. Du cône de l'Etna s'échappe une nuit de nuages noirs, marbrés de longues traînées de flammes dorées, qui masquent le soleil.
Le feu se ranime miraculeusement dans toutes les forges de l'univers. Les maîtres réveillent les apprentis. Les artisans battent le fer, les éclairs, et le tonnerre jaillissent de leurs coups.
Les anciens dieux ne sombreront pas dans l'oubli, tant que les forgerons allumeront leur forge, et que le vicomte Fron MacFilness priera la déesse Epona.
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